L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
— Que le diable vous emporte, dit Muller d’une voix douce.
Le lendemain matin, ils prirent un appareil qui devait les mener rapidement à l’hôtel de Boardman. Muller se souvenait de ce voyage comme s’il remontait au mois dernier et pourtant il y avait presque quinze ans de cela. Ils frôlaient les sommets enneigés de si près qu’ils virent distinctement un magnifique chamois géant à longues cornes recourbées sautant par-dessus de luisantes coulées de glace. Il était splendide : deux tonnes de muscles et d’os grimpant avec une incroyable légèreté sur des cimes vertigineuses. Marduk n’offrait pas de chasse plus chère. En une vie entière, certains hommes ne gagnaient pas ce que coûtait la licence pour tuer une de ces merveilleuses bêtes. C’était encore trop bon marché, pensa Muller.
Ils tournèrent trois fois autour du gracieux animal puis, après avoir sauté un dernier pic, ils plongèrent en suivant la pente de la montagne. La vallée constituait la taille du continent ; elle était émaillée d’une multitude de petits lacs qui étincelaient au soleil comme un collier de diamants. À midi, ils atterrirent devant l’hôtel de Boardman. Celui-ci avait loué la suite la plus luxueuse, toute en fausses cloisons et en trompe-l’œil. Il étreignit le poignet de Muller pour le saluer et il serra Marta dans ses bras avec une évidente convoitise. La jeune femme resta froide et distante ; il était clair, que cette visite lui semblait être une perte de temps.
— Avez-vous faim ? demanda Boardman. Nous déjeunerons d’abord, ensuite nous parlerons.
Il leur versa à boire du vin ambré dans des gobelets en cristal de roche bleu taillés sur Ganymède. Puis ils embarquèrent sur une capsule-restaurant et quittèrent l’hôtel pour survoler les forêts mauves et les lacs. Ils étaient étendus sur des sièges gonflables dans une sorte de nacelle transparente, comme suspendus en plein ciel. La nourriture leur parvenait automatiquement. Salade frisée, poisson grillé de la planète, légumes importés saupoudrés de fromage râpé du Centaure, flacons de bière de riz fraîche et, pour terminer, une épaisse et sirupeuse liqueur verte épicée. Entièrement passifs, bercés dans leur capsule mobile, ils acceptaient la nourriture, les boissons, les paysages ; ils respiraient cet air pétillant pompé de l’extérieur, tout en regardant des oiseaux aux couleurs éclatantes voltiger autour d’eux avant de plonger se perdre dans les forêts touffues de conifères. Boardman avait soigneusement mis tout cela au point afin de créer une ambiance favorable, mais ses efforts ne serviraient pas à grand-chose, songea Muller. On ne pouvait l’endormir aussi facilement. Il accepterait peut-être la mission que lui proposerait Boardman, mais il se déciderait en toute conscience.
Marta s’ennuyait. Elle l’exprimait par le profond désintérêt avec lequel elle accueillait les coups d’œil langoureux de Boardman. Sa tenue de jour scintillante était destinée à montrer le plus possible d’elle. La texture moléculaire mobile du tissu était subtilement programmée pour dessiner des petites ouvertures de différentes formes qui découvraient soit un morceau de cuisse et un sein, soit le ventre et les reins, soit un bout de hanche et les fesses. Boardman appréciait visiblement ce qu’il voyait et semblait prêt à prendre possession de ce qui lui était si généreusement montré, mais Marta faisait mine d’ignorer ses propositions non formulées. Muller s’amusait de cette petite comédie. Ce n’était pas le cas de Boardman.
Après le déjeuner, la capsule se posa sur la rive d’un lac argenté. La cloison s’ouvrit devant les eaux profondes et claires.
— Peut-être notre jeune amie préférera-t-elle aller nager pendant que nous discuterons de nos ennuyeuses bêtises ? proposa Boardman.
— Bonne idée, répondit Marta platement.
Elle se leva et détacha l’agrafe sur son épaule. Sa robe glissa le long de son corps et tomba à ses pieds. Boardman se précipita et pendit ostensiblement le léger vêtement avec le plus grand soin. Elle lui sourit froidement pour le remercier et lui tourna le dos pour descendre vers la berge. Sa peau bronzée brillait merveilleusement sous les rayons du soleil qui filtraient à travers les arbres. Les pieds dans l’eau, elle s’arrêta un instant, exposant à leurs regards son dos cambré et ses fesses rondes et hautes, puis elle plongea résolument dans le lac et s’éloigna rapidement, laissant une mince tramée d’écume derrière elle.
Boardman se retourna vers Muller :
— Elle est vraiment adorable, Dick. Qui est-ce ?
— Une fille. Assez jeune, je crois.
— Plus jeune que celles que je vous ai connues, en tout cas. Avec un je ne sais quoi de déjà défloré, si je peux me permettre. Vous la connaissez depuis longtemps ?
— Depuis l’année dernière. Elle vous intéresse ?
— Naturellement.
— Je le lui dirai, dit Muller. Dans quelque temps.
Boardman lui répondit par un sourire énigmatique de bouddha et il avança la main vers la console portant les liqueurs. Muller refusa d’un mouvement de tête. Au loin, Marta nageait sur le dos. Seuls les deux bouts roses de ses seins étaient visibles sur la surface immobile du lac. Les deux hommes se considéraient. Ils semblaient avoir à peu près le même âge, vers la cinquantaine ; Boardman était légèrement empâté alors que Muller était mince, mais ils grisonnaient tous les deux et ils dégageaient la même impression de force. Assis, ils semblaient aussi avoir la même taille. Les apparences étaient trompeuses : d’une part Boardman avait une trentaine d’années de plus que Muller, d’autre part ce dernier mesurait quinze centimètres de plus que son aîné. Ils se connaissaient depuis trente ans.
Dans un sens, leurs professions étaient plus ou moins identiques. Leur rôle consistait à préserver les structures de la société humaine dispersée dans la galaxie, bien que ni l’un ni l’autre n’aient aucun rang officiel dans un corps administratif quelconque. Ils étaient animés par une même obéissance à leurs tâches et un même désir de servir l’humanité. Muller respectait Boardman pour l’utilisation qu’il avait faite de ses multiples talents pendant sa longue et impressionnante carrière, sans toutefois pouvoir dire qu’il l’appréciait. Il savait Boardman intelligent, entièrement dévoué à la cause humaine et totalement dépourvu de scrupules. Ce genre d’individu est toujours dangereux.
D’une poche de sa tunique, Boardman sortit un cube de vision de six ou sept centimètres de côté et le posa devant Muller. On aurait dit un élément oublié d’un jeu compliqué. Sa couleur jaune pâle se reflétait sur le marbre noir poli de la table.
— Branchez-le, dit Boardman, la visionneuse est derrière vous.
Muller glissa le cube dans le logement prévu. Du centre de la table s’éleva alors un cube plus grand. Sur ses faces, de près d’un mètre de côté, apparurent des images. Muller vit une planète, entourée par une masse de nuages gris. Ce pouvait être Vénus. Puis des veines d’un rouge sombre strièrent le gris.
Ce n’était donc pas Vénus. L’œil traversa l’épaisseur nuageuse et révéla une planète non familière, totalement différente de la Terre.
Sur le sol, d’apparence spongieuse et humide, s’élevaient des arbres caoutchouteux qui ressemblaient à de gigantesques champignons vénéneux. Il était difficile de juger des hauteurs, mais ils semblaient grands. Les troncs blafards, léchés par de longues fibres déchiquetées, se tordaient lamentablement et étaient protégés, jusqu’à peu près le cinquième de leur hauteur, par des sortes de cuirasses constituées par des excroissances d’apparence morbide. Au-dessus, aucune branche ni aucune feuille, seulement quelques coupelles végétales, largement évasées, plissées et mouchetées par un phénomène de moisissure. Soudain, à travers cette ténébreuse plantation, apparurent trois silhouettes étranges. Elles étaient très allongées. De leurs épaules étroites pendaient des grappes de huit ou dix membres articulés qui les faisaient presque ressembler à des araignées. Les têtes étaient coniques, bordées de plusieurs yeux, et portaient des excroissances de chair qui pointaient verticalement et qui devaient être les narines. Les bouches s’ouvraient sur les côtés. Ces êtres marchaient debout sur des jambes élégantes terminées par des petits piédestaux ronds qui leur tenaient lieu de pieds. Ils étaient nus, à l’exception de petites bandes d’étoffe, probablement ornementales, nouées entre leur premier et deuxième poignet, et pourtant Muller n’arrivait pas à découvrir sur eux le moindre équivalent d’un appareil de reproduction ou de fonctions mammifères. La peau n’était pas pigmentée, partageant la teinte grise de ce monde triste, et semblait râpeuse, comme si elle était recouverte d’une couche de petites écailles à multiples facettes.