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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Aux premiers jours de 1951, Louis a rendez-vous avec le théâtre. Satisfait de son travail dans Un tramway nommé Désir, Raymond Rouleau le sollicite pour un autre petit emploi dans une pièce écrite par Jean Davray. Copropriétaire des sources des eaux minérales gazeuses Perrier, cet auteur finance le spectacle qui doit être créé le 18 janvier au Théâtre Michel et il se montre intraitable sur le choix des comédiens, manquant ainsi de faire capoter son projet. S’il se moque bien des seconds couteaux, il ne partage pas l’avis de Raymond Rouleau qui souhaite confier à Jacques François[62] le rôle de Dominique. Réponse immédiate du metteur en scène : « Si vous ne voulez pas de Jacques François, je renonce à monter votre pièce.  » Davray signait là sa première comédie (les déboires d’un écrivain qui voit surgir dans sa vie privée le personnage de son roman). Il finit par lâcher prise devant un Raymond Rouleau qui en a vu d’autres. Louis se voit confier un texte de dix lignes pour entrer dans la peau d’un amoureux éconduit. Les costumes sont signés Paquin, les décors Marie Laurencin et sur l’affiche Louis est en quatrième position après Lucien Nat, Jacques François, Madeleine Delavaivre et devant Marcelle Tassencourt et André Devère. Le rideau s’ouvre à vingt et une heures du lundi au samedi et à quinze heures les dimanches et jours fériés. Bien accueilli par la critique, ce Dominique et Dominique tient l’affiche pendant six mois. Occasion aussi pour Louis d’être de nouveau remarqué par le journaliste Robert Kemp, qui écrit le 12 mai dans L’Aurore  : « Et, dans un rôle de dix lignes, monsieur de Funès a amusé tout le monde : c’est que le texte est drôle et que sa physionomie close et résignée d’éconduit amoureux est impayable.  »

Une critique qui le touche d’autant plus que Louis commence à mesurer le poids et l’importance de faire parler de soi dans les journaux. Il n’a pas la vanité de faire la couverture de Mon film, mais il sent bien qu’un écho par-ci, qu’un court portrait par-là ne peuvent que l’aider à creuser son sillon. Souvent, il va frapper à la porte du jeune journaliste Henri Marc à Paris-Presse — L’Intransigeant dans l’espoir qu’il consente à lui accorder quelque attention. « De Funès venait régulièrement dans mon bureau avant qu’on aille prendre un café au bistro du coin. Il me racontait ce qu’il faisait au théâtre, ce qu’il tournait pour le cinéma, etc. Il me parlait de ses enfants, de la dureté de son métier. Il n’était pas du genre à me supplier, mais il me faisait comprendre que si je pouvais faire un petit quelque chose… Il était très sympa, pas fier, et je lui ai rendu ces petits services de temps à autre. Il me remerciait en m’offrant des places de théâtre et puis, du jour où il est devenu une vedette, je ne l’ai plus jamais revu », se souvient Henri Marc[63]. Ce témoignage rejoint celui de Pierre Guénin, qui raconte[64] : « J’avais alors une rubrique consacrée aux acteurs de seconde zone. À cette époque, ce n’était pas un acteur qui roulait sur l’or. Je me souviens être allé le voir [chez lui. Il y avait] sa femme et ses deux enfants dans un tout petit appartement. Nous avons réalisé l’entretien puis je suis resté déjeuner chez eux. Je me rappelle une famille vraiment charmante. Par la suite, lorsque je le croisais il était toujours content de me voir. Personne ne faisait vraiment attention à lui. […] Lui-même me confiait qu’il n’était pas facile avec les journalistes. […] Nos rapports se sont dégradés lorsque j’ai réalisé une interview un peu avant Le Gendarme à New York. Cela s’était passé très vite, il ne m’avait pas dit grand-chose et j’avais par conséquent dû “meubler” ses propos pour rendre un article cohérent au journal. Apparemment il n’a pas apprécié […]. [À partir de ce jour-là], il est devenu vraiment froid avec moi. »

Le soir et les dimanches Louis est donc un amoureux malheureux et le reste du temps, il continue à flirter avec les caméras, d’autant que le programme mitonné par José Béhars est assez copieux. En vérité, une apparente richesse. Si la quantité est au rendez-vous, on ne peut pas en dire autant de la qualité. Du mois de février à la fin de l’année 1951, Louis promène sa silhouette de petits rôles en petits rôles, ce qui ne lui permet pas de sortir du lot quand ces films sont à l’affiche. Qui remarque le touriste de Ma femme est formidable  ? Qui fait attention au régisseur de Ils étaient cinq  ? Qui se soucie du passant de Agence matrimoniale  ? Qui, encore, note sa présence dans Monsieur Leguignon, lampiste de Maurice Labro ? Pourtant, il s’agit d’un vrai rôle. Celui d’un comptable mettant ses compétences au service des autres habitants de son quartier. Il travaille une quinzaine de jours pour un cachet de 195 000 francs mais ce long métrage est à ce point insipide que les critiques se refusent à en parler. Qui, une fois encore, retient sa présence dans La Poison de Sacha Guitry ? Le film connaît un énorme succès[65] mais on ne parle que du « Maître » et de Michel Simon. Louis est également présent dans des courts métrages programmés dans les cinémas avant l’entracte. Il occupe le terrain, il gagne raisonnablement sa vie, mais il est encore loin, très loin, le temps où son nom sera imprimé en gros caractères sur les affiches.

Après s’être accordé quelques jours de congés en Bretagne, il est de retour à Paris début septembre afin de créer au Pot-aux-Fous, un cabaret de la rive gauche, Vache de mouche, une revue déjantée dans laquelle, aux côtés de Micheline Dax, Jean Carmet et Christian Duvaleix, il se lance au piano dans une parodie d’un duo d’Ella Fitzgerald et de Max Ophuls. Ce Vache de mouche, sorte de laboratoire de talents en devenir — on parlerait aujourd’hui de café-théâtre —, est une jolie réussite jusqu’à la fin de l’année. À Noël, les de Funès passent les fêtes en famille rue de Miromesnil. Leur dernier Noël dans ce petit appartement, car ils vont déménager quelques jours plus tard pour se fixer 49, rue de Maubeuge dans un immeuble modeste. Est-ce pour autant que l’avenir professionnel de Louis de Funès sera plus clément ? Il l’espère. Les projets et les promesses ne manquent pas. Il masque ses inquiétudes et ses peurs du lendemain. Il mise davantage sur son opiniâtreté que sur la chance. Reste à savoir si ses efforts vont être enfin couronnés de succès.

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62

Jacques François avait été remarqué par Raymond Rouleau dans Une grande fille toute simple de Jacques Manuel en 1948.

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63

Témoignage de Henri Marc à l’auteur.

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64

Pierre Guénin à Franck et Jérôme in www.autourdelouisdefunes.fr.

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65

Tourné du 10 au 25 septembre 1951 dans les studios de Neuilly-sur-Seine, La Poison est sur les écrans le 30 novembre 1951.

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