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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Dans cette histoire, Louis n’a qu’une réplique à dire sur la scène divisée en deux, dans des décors signés Lila de Nobili. D’un côté Arletty, de l’autre une table placée dans l’obscurité autour de laquelle trois hommes jouent au poker : Daniel Ivernel, Maurice Régamey et Louis de Funès. Au milieu de bouteilles de bière, à la fin de la partie, Louis, en se levant, doit se contenter de dire : « Ma veste.  » Au soir de la première, toute la troupe sent que la partie est gagnée et que ce Tramway nommé Désir sera le triomphe de la rentrée théâtrale[58]. Jour après jour, Louis prend du plaisir à tenir son petit rôle en même temps qu’il se livre à quelques facéties en coulisses. Il fait rire ses camarades, se moque de lui-même et cultive l’humour à froid. Un soir, il se risque à s’amuser sur scène avec Maurice Régamey. Autour de la table de jeu, alors qu’Arletty interprète une scène importante, Régamey se lève, se dirige vers le réfrigérateur du décor, l’ouvre, sort une canette de bière et revient vers la table. Quand il pose brutalement la bouteille, le liquide mousseux sort de son logement et déborde. Le public commence à rire, abandonnant un instant Arletty… Louis enchaîne, prend de la bière sur son majeur et se l’applique derrière les oreilles. Nouveaux rires… Régamey renchérit en allant chercher une serviette pour éponger son partenaire… et ainsi de suite. La salle rit à perdre haleine et Arletty, loin de s’en offusquer, sourit à son tour. Les effets marchent à ce point que les deux compères recommencent chaque soir. Hélas, lors d’une représentation, tapi dans l’ombre, Rouleau assiste à ce singulier manège. À l’issue du spectacle, les drôles en prennent pour leur grade. Qu’importe, ils n’hésiteront pas à récidiver.

Lorsqu’il sort d’Édouard-VII, Louis file au cabaret La Tomate, rue Pigalle, où il se produit pendant quelques semaines dans Le Journal de Jules Renard tout en pianotant. Quelques rues plus loin, la pièce qu’on donne depuis une année au Théâtre La Bruyère l’obsède. Il se glisse dans la salle pour applaudir les Robert Dhéry, Colette Brosset, Jacques Legras, Micheline Dax… dans un spectacle qui fait courir le Tout-Paris depuis le 20 avril 1948. Avec Les Branquignols, farce burlesque primitivement baptisée Les Gaufrettes, Robert Dhéry et ses complices créent un style. Un humour français désopilant adapté d’un humour très « british ». Louis rôde autour de cette équipe mais il n’ose aborder ni Dhéry ni son épouse Colette Brosset qui, pourtant, fréquentent de temps à autre La Tomate où ils ont remarqué ce « petit bonhomme » électrique. Ils ne se parlent qu’une seule fois. Bravant sa timidité, Louis leur fait part de son envie de jouer avec eux. Il obtient pour toute réponse de la bouche de Robert Dhéry : « Pourquoi pas, on va y penser.  »

En cette année 1949, Louis de Funès a hanté les studios et prêté son physique à quelque onze longs métrages. Cela ne le fait pas pour autant vraiment remarquer par les producteurs et les réalisateurs, à part une toute petite poignée d’entre eux. Devenu acteur presque par défaut, n’ayant appris aucun métier et le piano ne nourrissant plus son homme, il décide de tenter de passer à la vitesse supérieure en confiant sa destinée à un agent artistique. L’idée lui a été soufflée par Maurice Régamey qui le présente à José Béhars. La spécialité de cet homme haut en couleur est de fournir aux réalisateurs des acteurs capables de tenir des petits rôles, voire des rôles secondaires. Très au fait de ce qui se prépare, il assiège les studios, harcèle les metteurs en scène de coups de téléphone passés depuis son bureau du 72, avenue des Champs-Élysées. Béhars, qualifié par certains d’« agent des ringards », possède dans son écurie une kyrielle de comédiens capables d’endosser n’importe quel costume. On a besoin d’un facteur, il a un facteur. On a besoin d’un bedeau, il a un bedeau. On a besoin d’un croque-mort, il a un croque-mort, etc. Il n’hésite pas à offrir un « lot de comédiens » s’il le faut, et cela à des prix très avantageux. Peu lui importent les talents des membres de son écurie, seul compte à ses yeux de les faire engager là où les metteurs en scène, trop occupés avec leurs têtes d’affiche, n’ont pas le temps de chercher un acteur de complément. Louis, tout comme Régamey, Jean Carmet ou Michel Serrault, met donc son destin cinématographique entre les mains de José Béhars. En ce début de l’année 1950, Louis de Funès ne fait pas de plan de carrière. Il n’a qu’une obsession : travailler le plus souvent possible pour nourrir Jeanne et leurs deux enfants. Il aimerait aussi pouvoir trouver un autre appartement, plus grand, afin d’offrir aux enfants un meilleur confort et ne plus être le débiteur de Robert Deiss.

Tout en continuant à jouer au poker sur la scène du Théâtre Édouard-VII, il se retrouve embarqué dans une série de films sans véritable intérêt. Un jour gangster dans Le Roi du bla-bla-bla, un autre jour jeune père dans Sans laisser d’adresse, le lendemain bandit dans La Rue sans loi, une autre fois pêcheur à la ligne dans Bibi Fricotin… Il ne fait souvent que de bien petites choses, mais il veille à se perfectionner et à apporter sa touche personnelle. À ses yeux, ces rôles sans importance sont salutaires. « Je me laisse porter par la vie, dira-t-il une fois devenu vedette[59]. Vous voyez cette cour, on vous dit : “Traversez-la.” Vous traversez mais en route il vous arrive plein de trucs : vous mettez le pied dans une flaque, vous perdez votre chapeau, vous cognez quelqu’un. Voilà ce que je fais. Je respecte l’histoire et j’ajoute les petits gags qui pourraient arriver dans la vie. Ça fait naturel, ça fait vrai, ça fait rire. C’est ce que faisait Charlot.  » Ces panouilles, ces quasi-figurations lui donnent aussi l’occasion d’observer les vedettes qu’il côtoie. Elles se nomment Pierre Fresnay, Henri Vidal, Jean-Pierre Aumont et surtout Fernandel. Celui-ci n’est pas avare de conseils dans l’unique scène qu’ils tournent ensemble dans Boniface somnambule. Face à l’acteur fétiche de Marcel Pagnol, Louis, en pyjama et fusil de chasse à la main, doit le faire fuir alors que son amie laisse deviner ses seins. Il s’agit pour Louis d’être drôle devant le ridicule de la situation sans faire de l’ombre à Fernandel, lui explique le réalisateur Maurice Labro. Ce n’est pas l’avis de Fernandel, qui s’interpose et rassure Louis en lui disant de ne pas se soucier de lui : « Faites comme vous le sentez, c’est plus votre scène que la mienne. Ne vous retenez pas.  » Louis ne se fait pas prier et, bien des années plus tard, il confiera que cette leçon d’humilité lui aura été plus bénéfique que les longs discours d’un professeur de comédie[60].

Il en va de même avec Louis Jouvet dans le Knock signé Guy Lefranc après que Georges Lacombe, André Cayatte et Yves Ciampi eurent refusé de le réaliser. Louis doit son engagement à Jean Carmet, très ami avec Yvette Étiévant, l’une des maîtresses du « Patron ». Une fois de plus, il n’y a qu’une journée de tournage à Boulogne et le challenge est d’envergure. Il n’a droit qu’à une seule prise pour une unique réplique : « Ha ! Ha ! J’ai perdu cent grammes.  » Drapé de blanc dans sa toge, il n’en mène pas large. Mais, là encore, Louis Jouvet le rassérène et discute longuement avec lui, lui faisant part de ses propres angoisses quand il tourna son premier film dans les années trente. Jouvet le met à l’aise, et en moins de cinq minutes il a parfaitement rempli sa mission, méritant bien son cachet de 7 500 francs. 1950 est aussi l’année où de Funès se lance pour la première fois dans un exercice qui lui rapporte un peu d’argent : il double des acteurs italiens. C’est le cas dans Sa Majesté Monsieur Dupont d’Alessandro Blasetti et dans Pour l’amour du ciel de Luigi Zampa. Quelques mots à dire avec le ton juste et un travail rémunéré au nombre de lignes ! La famille de Funès est un peu plus à l’aise financièrement, mais il n’est pas question de jeter l’argent par les fenêtres, tout comme il n’est pas question pour Patrick d’être un mauvais élève. Il vient de boucler sa première année à l’école primaire et ses résultats laissent quelque peu à désirer. « Mes parents, surtout mon père, surveillaient de très près mon carnet de notes. Ils étaient extrêmement pointilleux et je me suis fait enguirlander plus souvent qu’à mon tour. Je ne sais pas comment mon père se débrouillait avec son emploi du temps plutôt chargé, mais il trouvait toujours une heure pour m’aider à faire mes devoirs. Il veillait aussi à ce que je sois moins dissipé en classe qu’il ne l’avait été lui-même », explique-t-il[61].

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58

La pièce tient l’affiche pendant quelque 284 représentations.

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59

Louis de Funès cité par Bertrand Dicale, Louis de Funès, grimaces et gloire, Éditions Grasset (2009), pp. 61–62.

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60

Pour cette unique journée de tournage, le 27 novembre 1950, Louis de Funès perçoit un cachet de 20 000 francs. Pour sa part, Fernandel est payé 4 millions de francs, rôle-titre oblige.

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61

Témoignage de Patrick de Funès à l’auteur.

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