Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Les allées et venues du couple de Funès finissent par lentement porter leurs fruits. Louis parvient à décrocher quelques petites panouilles, d’abord dans Six heures à perdre réalisé par Alex Joffé et Jean Levitte aux studios Pathé : un après-midi de tournage, où il se meut en chauffeur de maître au service de Jean Richard. Quelques semaines plus tard, il se voit confier l’espace d’une journée le « privilège » d’être un employé de wagon-restaurant dans Dernier refuge signé Marc Maurette, avant de figurer un simple client dans Le Château de la dernière chance sous la direction de Jean-Paul Paulin. Trois minuscules apparitions auxquelles personne ne prête attention, d’autant que son nom ne figure pas au générique.
En revanche, à l’automne 1946, un metteur en scène passionné de jazz lui offre une meilleure opportunité. Jacques Becker a plusieurs fois eu l’occasion pendant la guerre d’apprécier les talents du pianiste de Funès. En s’inspirant d’une anecdote que lui a contée Louise de Vilmorin au cours d’un dîner, il tient un sujet avec l’histoire d’un jeune couple ouvrier qui a acheté un billet de loterie gagnant. En allant récolter ses gains, le mari égare le billet, qu’il ne retrouvera jamais. Honteux, il refuse de rentrer chez lui. Décidé à mettre l’accent sur des personnages issus d’un milieu populaire parisien, Becker demande à ses scénaristes — Maurice Griffe et Françoise Giroud — d’écrire une fin plus optimiste, le mari finissant par retrouver le précieux ticket. Le cinéaste tient à engager dans Antoine et Antoinette[50] des acteurs peu connus pour se glisser dans les rôles du couple ouvrier. Il retient une débutante, Claire Mafféi, et Roger Pigaut, qui fut le partenaire en 1943 d’Odette Joyeux dans Douce de Claude Autant-Lara. Pour les encadrer, il a choisi des seconds rôles « emblématiques » comme Noël Roquevert, Annette Poivre ou Gaston Modot. Becker souhaite également donner leur chance à de jeunes comédiens dont il perçoit le potentiel. C’est le cas de Jean-Marc Thibault, Gérard Oury, Brigitte Auber, Nicolas Amato… et Louis de Funès.
À l’origine, celui qui vient de connaître un grand succès avec Falbalas, inspiré de la vie du couturier Marcel Rochas, n’envisage qu’un plan avec Louis dans l’épicerie du peu scrupuleux M. Roland (Noël Roquevert) où, avec deux autres livreurs, il finit de décharger un camion. M. Roland, furieux, surgit et crie : « Et alors ? On est fatigué ? » De Funès, le visage glabre, répond : « Y a plus rien », ce sur quoi M. Roland enchaîne : « Alors descendez, reprenez votre service au magasin. » Une courte scène qui vaut presque de l’or. Louis a prononcé une phrase, il sera donc payé non pas comme un figurant mais comme un comédien à part entière… puisqu’il a parlé. Satisfait du travail de Louis qui « joue vrai » devant la caméra, Becker lui offre un second emploi. Celui d’un invité au repas de noce au cours duquel débarque Antoine (Roger Pigaut), affolé, à la recherche du portefeuille où doit se trouver son billet de la Loterie nationale. En costume trois pièces, portant des lunettes d’écaille, de Funès taquine la taille d’une jeune fille et, d’un geste étudié, fait comprendre qu’il aime les cigares. Un rôle muet où, en quelques expressions bien choisies, il donne de l’épaisseur à son personnage. Becker lui conseille encore d’arriver tôt le matin et de se faire maquiller immédiatement afin de signer sa feuille de présence aux studios de Saint-Maurice. Ainsi, même s’il ne tourne pas, il touchera son cachet quotidien de 3 000 francs. Précieuse recommandation, car, souffrant, Jacques Becker doit s’absenter pendant une semaine, une semaine durant laquelle Louis et d’autres comédiens seront rémunérés à ne rien faire.
Lors de ce tournage, le plus long dans la jeune carrière de Louis de Funès, Becker parle musique en sa compagnie. Passionné de be-bop, il l’invite à sa table afin d’échanger quelques propos musicaux puis cinématographiques. Le réalisateur n’hésite d’ailleurs pas à l’assurer qu’il ne manquera pas de le faire tourner dans ses prochains longs métrages. Il fourmille d’idées et de projets. Sur ces bonnes paroles, Louis s’en retourne à la pêche au travail[51]. Mais, si l’année 1946 ne fut pas trop mauvaise, celle à venir ne se présente pas sous de très bons auspices. Il a beau poursuivre son manège sur les Champs-Élysées, frapper aux portes, pas le moindre engagement ne se présente. Il n’y a guère que Jean Richard qui lui propose de faire du cabaret dans sa revue Quelques pas dans le cirage au Théâtre Pigalle, dirigé par le comédien et producteur Max Revol, au mois de mai. Avec sa troupe, Les Burlesques de Paris, dans laquelle se produisent Roger Pierre, Jean-Marc Thibault, Max Revol, Jean Richard recherche un comédien capable de faire le pitre pendant les intermèdes. Thibault demande à Daniel Gélin s’il ne connaîtrait pas quelqu’un de disponible pour se prêter à cet exercice. Immédiatement, ce dernier souffle le nom de Louis de Funès. Jean Richard, se fiant à l’instinct de Gélin, engage Louis sur-le-champ. Il a peu de texte à apprendre, mais il doit être drôle. Roger Pierre le fait répéter dans les toilettes du théâtre avant qu’il n’entre en scène, habillé en Gaulois, pour dire en détachant bien chaque mot : « Un homme, deux hommes, la foule. » Le premier soir, Louis ne semble guère au point. Roger Pierre et Jean Richard le poussent à en « faire plus », à grossir le trait. Hélas, Louis ne se montre pas à la hauteur de la tâche et il est rapidement remplacé par Hubert Deschamps[52].
Heureusement pour Louis, un homme ne l’a pas oublié. Chargé de soigner les images de Jacques Becker dans Antoine et Antoinette, Pierre Montazel se lance dans la réalisation en adaptant un roman de Gabriel Vidal, L’aventure est à bord, où il est question d’une sombre affaire d’escroquerie financière à bord d’un yacht. Les vedettes se nomment Pierre Brasseur, Sophie Desmarets, Claude Dauphin. Dans cette Croisière pour l’inconnu, Montazel a demandé à son scénariste, Maurice Griffe, d’écrire spécialement un rôle pour Louis, celui du cuistot du yacht. Le tournage est prévu à l’été sur la Côte d’Azur. Il doit durer dix jours, avec à la clé un cachet de 50 000 francs et, pour la première fois, son nom figurera au générique en petits caractères. Louis ne se fait pas prier et, en compagnie de Jeanne et de Patrick, il se paie des vacances au soleil tout en peaufinant sa prestation et en se liant d’amitié avec Noël Roquevert, lui aussi du casting, dont il écoute les précieux conseils.
50
Présenté au Festival de Cannes en 1947, Antoine et Antoinette recevra le Grand Prix du Festival international du film ancêtre de la Palme d’or dans la catégorie « Amour et psychologie ».
51
Selon certaines sources, Louis de Funès aurait figuré dans la distribution de la pièce d’Henriette Valet, L’Île grande, au Théâtre de l’Œuvre en octobre 1946. Malgré nos recherches, notamment auprès de ce théâtre, il semble que ce ne fut pas le cas.
52
Deux années plus tard, Jean Richard engagera de nouveau Louis de Funès dans sa revue Popocatepetl en remplacement de Raymond Souplex. Cette fois encore, on ne le trouvera pas assez drôle pour poursuivre l’aventure au Théâtre Fontaine.