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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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L’officier ne se démonta pas :

— Vu ton accent, l’ami, tu n’es pas du coin. As-tu prêté les serments ?

— J’obéis, j’attends et je servirai, récita Fain.

Tous les gens qu’il avait interrogés s’étaient répandus sur les fameux « serments », même s’ils ne comprenaient absolument pas leur signification. Si les Seanchaniens voulaient des serments, ça ne le dérangeait pas. Au fil du temps, il avait perdu le compte de tous ceux qu’il avait prêtés avant de les oublier l’instant d’après.

L’officier fit signe à deux soldats d’aller voir ce qui se cachait sous la couverture. Grognant de surprise à cause du poids de l’objet, qu’ils posèrent très vite par terre, les deux hommes crièrent de surprise dès qu’ils eurent retiré la couverture. Impassible, l’officier regarda le coffre en or décoré d’argent, puis il se tourna vers Fain :

— Un cadeau digne de l’Impératrice… Suis-moi, étranger…

Un soldat fouilla Fain sans la moindre douceur, mais le colporteur prit son mal en patience. Du coin de l’œil, il remarqua que les deux soldats et l’officier s’étaient défaits de leurs armes avant d’entrer. Chaque nouveau détail qu’il découvrait sur ces gens, y compris le plus infime, pouvait l’aider, même si son plan lui paraissait depuis le début très ingénieux. Quand des seigneurs redoutaient d’être assassinés par leurs propres sbires, la situation était encore plus favorable pour un homme tel que lui.

Alors qu’il franchissait la porte, Fain vit que l’officier lui jetait un regard noir. Mais pourquoi ça ?

Bien entendu, les créatures à trois yeux !

Habitué à la compagnie des Trollocs, voire à celle des Myrddraals, Fain n’avait accordé aucune attention aux deux monstres. Malgré toute sa bonne volonté, il était un peu tard pour faire mine d’en avoir peur. Sans un mot, le Seanchanien précéda l’ancien colporteur dans les entrailles de la demeure.

Comme c’était prévisible, Fain se retrouva prosterné sur le sol – carrément face contre terre – pendant que l’officier présentait au haut seigneur Turak l’homme qu’il lui amenait et sa généreuse proposition. Quand des serviteurs apportèrent une table afin que le haut seigneur n’ait pas à se baisser, Fain aperçut uniquement la pointe de leurs chaussures. Stoïque, il attendit que ça passe. Un jour ou l’autre, probablement très proche, ce ne serait plus à lui de s’incliner ainsi…

Une fois les soldats renvoyés, on daigna enfin l’autoriser à se lever. Il le fit sans hâte, profitant de l’occasion pour étudier le haut seigneur – un chauve aux ongles démesurément longs assez ridicule dans sa robe bleue à fleurs – et l’homme qui se tenait à ses côtés, la partie non rasée de ses cheveux blonds formant une très longue tresse. Ce personnage-là était un larbin, Fain en aurait mis sa main au feu, mais les serviteurs, surtout de haut vol, pouvaient se révéler très utiles selon l’estime que leur accordait leur maître.

— Un merveilleux cadeau, dit Turak. (Il cessa de regarder le coffre pour s’intéresser à l’ancien colporteur.) Cela dit, la question tombe sous le sens : comment un miteux comme toi est-il entré en possession d’un coffre que bien des nobles ne pourraient pas s’offrir ? Serais-tu un voleur ?

Fain tira sur les plis de sa veste très modérément propre.

— Parfois, un homme doit avoir l’air très inférieur à ce qu’il est vraiment. Haut seigneur, grâce à mon air miteux, j’ai pu t’apporter ce présent sans qu’il m’arrive malheur.

» Ce coffre est très vieux, aussi vieux que l’Âge des Légendes, et il contient un trésor que très peu d’yeux ont jamais contemplé. Très bientôt, je serai en mesure de l’ouvrir, et de te donner tout ce qu’il te faudra pour conquérir ce continent jusqu’à la Colonne Vertébrale du Monde et même au-delà du désert des Aiels, si ça te chante. À partir de ce moment-là, seigneur, plus rien ne te résistera et…

Fain s’interrompit, inquiet de voir Turak passer ses doigts aux ongles absurdement longs sur les motifs gravés qui ornaient le coffre.

— J’ai déjà vu des coffres qui datent de l’Âge des Légendes. C’est de loin le plus beau, je dois le dire. En principe, il faut connaître un code pour les ouvrir, mais je… Ah ! voilà, c’est fait !

Avec un « clic » sonore, le mécanisme se déverrouilla et Turak souleva le lourd couvercle. Baissant les yeux, il parut franchement déçu par ce qu’il découvrit.

Fain dut se mordre l’intérieur des joues jusqu’au sang pour ne pas crier de rage. Ne pas être celui qui avait ouvert le coffre affaiblissait un peu sa position, mais rien n’était perdu s’il savait rester patient.

Comme c’était difficile, après avoir attendu si longtemps…

— Ce seraient des trésors de l’Âge des Légendes ? demanda Turak en soulevant le Cor d’une main et la dague de l’autre.

Fain serra les poings pour ne pas céder à la tentation de s’emparer de la dague.

— L’Âge des Légendes, répéta Turak en suivant avec la pointe de la dague l’inscription en argent qui faisait le tour du pavillon de l’instrument.

Le haut seigneur arqua un sourcil dubitatif – la première expression, si on pouvait dire, que Fain lui voyait depuis le début de l’audience. Mais, une seconde plus tard, Turak reprit son visage de marbre.

— Tu sais ce que c’est ? demanda-t-il.

— Le Cor de Valère, répondit Fain d’un ton prosaïque – mais en se réjouissant de voir le type à la tresse en rester bouche bée.

Turak se contenta de hocher la tête, comme si la nouvelle ne l’étonnait pas.

Le haut seigneur se détourna. Surpris, Fain ouvrit la bouche, mais le type à la tresse blonde lui fit signe de se taire et d’avancer.

Turak entra dans une autre salle qu’on avait vidée de son mobilier d’origine. Des paravents et des tentures voilant les murs et les fenêtres, il y avait en tout et pour tout un grand fauteuil placé devant un grand cabinet circulaire. Tenant toujours le Cor et la dague, Turak contempla un moment le meuble, puis il se tourna vers le semi-chauve blond. Il ne lui dit rien, mais l’autre Seanchanien, comme s’ils avaient communiqué quand même, lança une série d’ordres très brefs. Aussitôt, des hommes en longue tunique de laine entrèrent par une porte cachée derrière un des paravents. Portant une table similaire à la précédente, ils vinrent la poser à côté du fauteuil. Une femme aux cheveux blond si clair qu’ils en paraissaient blancs marchait sur leurs talons, les bras chargés de socles en bois poli de formes et de tailles diverses. Sa robe de soie étant très fine, la jeune beauté ne dissimulait presque rien de ses charmes, mais Fain n’avait d’yeux que pour la dague. Si le Cor jouait un rôle capital dans son plan, l’arme était une partie de lui-même…

Turak toucha du bout d’un index un des socles que la jeune femme posa aussitôt au centre de la table. Obéissant au type à la tresse blonde, les hommes disposèrent le fauteuil en face de la table. Quand ce fut fait, ils se retirèrent en s’inclinant si bas que leur tête en touchait presque leurs genoux.

Turak posa le Cor bien droit sur le socle, plaça la dague devant et prit place dans le fauteuil.

Fain ne put plus se retenir et tendit le bras pour s’emparer de l’arme.

Le Seanchanien à moitié chauve lui saisit le poignet au vol.

— Espèce de chien hirsute ! beugla-t-il. Sache que toute main qui se pose sans autorisation sur un bien du haut seigneur est aussitôt coupée !

— La dague est à moi…, souffla Fain.

Allons, sois patient… Tu attends depuis si longtemps.

S’adossant à son fauteuil, Turak tendit simplement un doigt à l’ongle bleu vers l’ancien colporteur. L’autre Seanchanien le tira alors sur le côté, afin qu’il n’y ait plus d’obstacle visuel entre son seigneur et l’artefact.

— À toi ? lança Turak. Dans un coffre que tu ne sais pas ouvrir ? Si tu te montres assez intéressant, il se peut que je t’offre cette arme. Même si c’est un vestige de l’Âge des Légendes, je n’en ai pas grand-chose à faire… Mais, avant tout, réponds à cette question : Pourquoi m’as-tu apporté le Cor de Valère ?

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