La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
— Même si ce n’est pas une ruse, insista Ingtar, avant notre arrivée, Fain ou un des Suppôts auront eu le temps de sonner cent fois du Cor. Du coup, les héros revenus d’entre les morts combattront pour les Ténèbres.
— Fain aurait pu sonner cent fois du Cor avant de quitter Fal Dara, rappela Verin. Et il ne se serait pas gêné, s’il avait su ouvrir le coffre. Le problème, c’est qu’il peut rencontrer quelqu’un qui en soit capable. Voilà pourquoi nous devons emprunter nous aussi les Chemins.
Perrin sursauta, Mat se pétrifia dans son fauteuil et Loial ne put retenir un gémissement.
— Même si nous parvenons à tromper les gardes de Barthanes, dit Rand, Massin Shin nous barrera encore le passage. Les Chemins sont inaccessibles pour nous.
— Combien d’entre nous pourraient s’introduire chez Barthanes au nez et à la barbe de ses gardes ? demanda Verin. Rand, il y a d’autres Portails ! Le Sanctuaire Tsofu n’est pas très loin de la capitale, au sud-est. C’est un jeune Sanctuaire, retrouvé il y a seulement six cents ans, mais à cette époque les Anciens développaient encore les Chemins. Il y aura un Portail là-bas ! Et c’est pourquoi nous partirons dès les premières lueurs de l’aube.
Loial gémit un peu plus fort – à cause du Portail, ou à l’idée d’approcher d’un Sanctuaire ?
Ingtar n’était toujours pas convaincu. Mais, quand elle l’avait décidé, Verin pouvait se montrer aussi puissante et aussi impitoyable qu’une avalanche en haute montagne.
— Ingtar, fais en sorte que tes soldats soient prêts au départ. À ta place, j’enverrais Hurin prévenir Uno. Pour l’heure, nous devrions tous filer nous reposer. Les Suppôts ont une bonne journée d’avance sur nous, et j’entends commencer dès demain à combler notre retard.
Avant même d’avoir terminé sa tirade, l’Aes Sedai boulotte à l’air si inoffensif était déjà en train de pousser Ingtar vers la porte.
Rand sortit avec les autres, mais il s’arrêta sur le seuil de la salle et regarda Mat descendre lentement le couloir illuminé par des bougies.
— Pourquoi semble-t-il si mal en point ? Ne l’avez-vous pas soigné assez bien pour qu’il ait un peu de temps devant lui ?
Pour répondre, Verin attendit que tous leurs compagnons soient hors de vue.
— La thérapie a moins bien fonctionné que nous l’avions cru… Sa maladie se développe d’une façon très curieuse. Ses forces ne déclinent presque pas, et il les gardera jusqu’à la fin. Mais son corps se détériore. Il lui reste quelques semaines, avec un peu de chance… Tu vois, il y a une bonne raison de se presser.
— Je n’ai pas besoin d’un autre aiguillon, Aes Sedai ! dit Rand, appuyant agressivement sur le titre de son interlocutrice.
Mat… Le Cor… Les menaces de Fain… Egwene en danger, au bout du compte. Non, je n’ai vraiment pas besoin d’un autre aiguillon !
— Et toi, Rand al’Thor, comment vas-tu ? Combats-tu toujours l’évidence, ou t’es-tu résigné à la victoire de la Roue ?
— J’irai avec vous à la poursuite du Cor, répondit Rand. À part ça, plus rien ne me lie ni ne me liera jamais aux Aes Sedai. Est-ce bien clair ? Plus rien !
Verin ne réagit pas. Se détournant, Rand la planta là. Mais, quand il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, il vit qu’elle ne le quittait pas des yeux sous ses sourcils pensivement froncés.
34
La Roue tisse
Les premières lueurs de l’aube dansaient déjà à l’horizon lorsque Thom Merrilin quitta enfin le manoir du seigneur Barthanes. Sur le chemin de La Grappe de Raisin, alors qu’un calme rare régnait sur la Ceinture – même dans le quartier des tavernes et des salles de spectacle, il fallait bien que les gens se reposent –, le trouvère ne se serait même pas aperçu qu’un incendie faisait rage autour de lui.
Une partie des invités avaient insisté pour le garder jusqu’au bout de la nuit, bien longtemps après que leur hôte et la majorité des convives se furent retirés. Hélas, il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. Quelle mouche l’avait piqué pour qu’il délaisse La Grande Quête du Cor en faveur des histoires et des chansons qu’il interprétait dans les villages ? Comment Susa soumit à sa volonté Jain l’Explorateur ! Le Conte de Mara et des trois rois stupides ! Sans parler des anecdotes piquantes sur Anla le conseiller philosophe. Dans son esprit, il s’agissait d’une moquerie – un commentaire ironique sur la bêtise et la vanité de ces nobles. Comment était-il possible que ces idiots se soient mis à l’écouter à partir de là ? Et à en redemander sans cesse ? Bien sûr, ils riaient aux mauvais moments et des mauvaises choses. Ils se moquaient aussi de lui, le croyant trop abruti pour comprendre. Ou assez vénal pour qu’une bourse bien remplie glissée dans sa poche suffise à apaiser son honneur outragé. Fou de rage, Thom avait déjà failli jeter deux fois la maudite bourse !
Mais cet argent qui lui brûlait les doigts et bafouait son orgueil n’était pas la seule raison de sa mauvaise humeur. Non content de le mépriser, ces fichus nobles l’avaient bombardé de questions sur Rand. Avec un trouvère, ils oubliaient les subtilités du Grand Jeu. Que faisait al’Thor à Cairhien ? Pourquoi un seigneur du royaume d’Andor avait-il eu une conversation privée avec un vulgaire saltimbanque ? Pris de court, Thom doutait d’avoir toujours trouvé la bonne réponse. Quand on ne pratiquait plus le Daes Dae’mar, les réflexes s’émoussaient vite.
Avant de regagner son auberge, Thom avait fait un détour par le Grand Arbre. À Cairhien, il n’était jamais bien difficile d’apprendre où était descendu quelqu’un. La raison de cette visite ? Il n’aurait su la préciser lui-même. De toute façon, Rand était déjà parti en compagnie de ses amis et de l’Aes Sedai. Une rencontre ratée qui laissait au trouvère un sentiment d’inachevé.
Mais le garçon vole de ses propres ailes, désormais. Et moi, je suis hors du coup !
Une fois à l’auberge, le trouvère traversa la salle commune déserte – là encore, un spectacle rare – et gravit les marches de l’escalier deux par deux. Du moins, il essaya. Sa jambe droite refusant de se plier assez, il trébucha et faillit se casser la figure. De plus en plus agacé, il acheva l’ascension à un rythme plus raisonnable, gagna sa chambre et ouvrit doucement la porte pour ne pas réveiller Dena.
Malgré sa morosité, il sourit lorsqu’il la vit étendue sur le lit, tout habillée, le visage tourné vers le mur.
Elle s’est endormie en m’attendant, la petite idiote !
Une pensée pleine de tendresse. Quoi que fasse la jeune femme, il lui trouvait toujours une excuse, n’imaginant pas ce qu’il pourrait être un jour incapable de lui pardonner.
Sur une impulsion, il décida qu’elle donnerait sa première représentation le soir même. Content de lui, il posa l’étui de sa harpe au pied du lit et saisit Dena par l’épaule, la secouant afin de lui annoncer la bonne nouvelle.
La jeune femme roula sur le dos, ses yeux vitreux fixés sur le plafond sans le voir. Une plaie lui barrait la gorge et, du côté du mur, la literie était rouge de sang.
S’il n’avait pas eu la gorge si serrée, Thom aurait hurlé ou vomi. Peut-être les deux en même temps…
Un grincement de porte d’armoire l’avertit du danger. Il se retourna, ses couteaux jaillissant de ses manches puis de ses mains. Le premier transperça la gorge d’un gros type chauve qui brandissait une dague. Tandis que celui-ci s’écroulait en portant les mains à son cou, le deuxième couteau se ficha dans l’épaule d’un second agresseur occupé à sortir de l’autre armoire. Le tueur au visage balafré lâcha son coutelas, baissa les yeux sur son bras désormais inerte et tenta de bondir vers la porte.