La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Thom estima la distance et prit une grande inspiration.
— Tu devrais peut-être songer à t’en aller aussi, dit-il à Zera. On dirait bien que quelqu’un est en train d’incendier les silos à grain, du côté du port.
— J’ai déjà survécu à des émeutes… Fiche le camp, Thom !
Après un dernier regard à Dena, sous son linceul de hasard, Thom prit ses bagages, mais Zera le retint en lançant :
— Je n’aime pas la lueur qui brille dans tes yeux, Thom Merrilin. Imagine Dena assise sur ce lit, en pleine santé. Que dirait-elle ? Te laisserait-elle te suicider pour une vengeance qui ne changera plus rien ?
— Je ne suis qu’un vieux trouvère…, soupira Thom en franchissant la porte.
Et Rand al’Thor, lui, n’est qu’un simple berger. Mais nous faisons tous les deux notre devoir.
— À qui pourrais-je faire du mal, dans mon état ?
Dès qu’il fut sorti et eut fermé la porte sur Zera et sur ce qui restait en ce monde de Dena, un sourire de prédateur étira ses lèvres. Sa jambe lui faisait un mal de chien, mais il la sentit à peine en descendant les marches – et plus du tout lorsqu’il eut quitté l’auberge.
Padan Fain tira sur les rênes de sa monture et l’immobilisa au cœur d’un des rares bosquets encore présents au sommet de la colline qui dominait la cité de Falme. Surpris, le cheval de bât qui transportait le coffre faillit s’emmêler les jambes. Sans daigner le regarder, Fain flanqua un coup de pied dans le flanc de l’animal attaché au pommeau de sa selle par une longe. Renâclant, l’équidé s’arrêta lui aussi.
La femme avait catégoriquement refusé de lui céder son cheval et les Suppôts qui l’accompagnaient s’étaient écriés qu’ils ne resteraient sûrement pas seuls – à savoir hors de la présence protectrice de Fain – dans les collines avec les Trollocs. L’ancien colporteur avait résolu les deux problèmes en un tour de main. Un ragoût mis à cuire dans un chaudron trolloc n’avait pas besoin d’une monture, pas vrai ? Déjà secoués par le voyage sur les Chemins – un périple entre le Portail de Cairhien et celui d’un Sanctuaire abandonné, sur la pointe de Toman –, les compagnons de la malheureuse, contraints à regarder les Trollocs préparer leur repas, s’étaient transformés en une bande de Suppôts dociles comme des agneaux.
Restant à l’abri des arbres, Fain étudia la cité dépourvue de fortifications et eut un ricanement méprisant. Une courte caravane de marchands venait d’entrer dans le labyrinthe d’écuries, d’enclos à chevaux et de cours à chariots qui s’étendait à la périphérie de la ville et une autre en sortait, les deux soulevant un minimum de poussière sur la route en terre battue compactée par des années de trafic intensif. Les conducteurs des chariots et les cavaliers qui les escortaient étaient des gens du coin, si on en jugeait par leur tenue. Les gardes du corps, c’était visible, portaient tous une épée au côté et quelques-uns avaient en plus une lance ou un arc. Les rares soldats que Fain repéra ne semblaient pas enclins à surveiller les hommes armés qu’ils étaient pourtant censés avoir vaincus et soumis à leur joug.
Après un jour et une nuit passés sur la pointe de Toman, Fain avait appris pas mal de choses au sujet des Seanchaniens. En tout cas, dans la mesure de ce que savaient de l’occupant les habitants de Falme. En trouver un en balade n’était jamais bien difficile et, quand on savait les questionner, ces gens ne répugnaient jamais à répondre.
Les hommes collectaient des tombereaux d’informations sur les envahisseurs – comme s’ils pensaient devoir les utiliser un jour, peut-être comme des armes. Hélas, ils se montraient moins loquaces que les femmes. Essentiellement décidées à continuer de mener leur petite vie, quels que soient les maîtres de la cité, celles-ci remarquaient cependant des détails qui échappaient à leurs compagnons. De plus, une fois qu’elles cessaient de crier, elles se montraient remarquablement volubiles. Les enfants, enfin, se laissaient très vite délier la langue, mais ils n’avaient en général pas grand-chose à dire d’intéressant.
En homme d’expérience, Fain avait écarté les trois quarts de ce qu’on lui racontait – un ramassis de rumeurs et d’idioties que tout le monde répétait par paresse intellectuelle. À présent, il était obligé de revenir sur une partie de ses « excommunications ».
Comme on le lui avait dit, n’importe qui pouvait entrer et sortir de Falme – une situation pas banale, dans une ville conquise. Mais impossible d’en douter avec le spectacle qu’il avait sous les yeux.
Voyant une vingtaine de soldats partir en patrouille, Fain dut réhabiliter une autre information qu’il avait dédaignée. Même s’il était trop loin pour distinguer les montures des militaires, il ne s’agissait pas de chevaux, ça sautait à l’œil. Avançant avec une fluidité rare, ces créatures brillaient au soleil du matin, comme si elles étaient couvertes d’écailles. Tendant le cou pour les regarder s’éloigner, Fain attendit qu’elles soient hors de vue, puis il talonna sa monture et se dirigea résolument vers la ville.
Les habitants qui vaquaient à leurs occupations entre les écuries, les enclos et les cours à chariots n’accordèrent pratiquement pas un regard au nouveau venu. Leur rendant au centuple leur indifférence, Fain entra dans la cité elle-même dont toutes les rues pavées descendaient vers le port. De sa position, il voyait très bien les énormes bateaux seanchaniens arrimés aux quais. Tandis qu’il tentait de s’orienter dans des rues qui n’étaient jamais pleines de monde ni totalement vides, personne n’ennuya l’ancien colporteur. Au cœur de la cité, on croisait plus de soldats et les citadins marchaient la tête basse. Tous saluaient les militaires, mais sans jamais obtenir de réponse, comme s’ils étaient transparents aux yeux des conquérants. Malgré les navires de guerre et la force d’occupation, tout semblait paisible, mais ce n’était qu’une façade. Sous cette couche de maquillage, on devinait une tension permanente. L’idéal pour Fain, qui se sentait comme un poisson dans l’eau partout où les gens étaient anxieux et terrorisés.
Arrivé devant un grand bâtiment gardé par une dizaine de soldats, Fain immobilisa sa monture et mit pied à terre. À l’exception de ce qui devait être un officier, tous les hommes portaient une simple armure noire et leur casque les faisait ressembler à des insectes géants – des sauterelles, peut-être. Deux créatures à la peau parcheminée, trois yeux brillants au-dessus du bec qui leur tenait lieu de nez et de bouche, flanquaient la porte, accroupies sur les pattes arrière comme des grenouilles prêtes à bondir. À côté de chaque monstre, un soldat au plastron orné de trois yeux montait la garde. Sur le toit, une bannière blanche à encadrement bleu représentait une aigle jaune aux ailes déployées.
Fain ricana intérieurement et avança vers les gardes.
De l’autre côté de la rue, des femmes sortaient deux par deux d’une assez grande maison. Une laisse d’argent reliait chaque binôme, mais ça n’avait rien de nouveau pour Fain, qui avait entendu parler des damane par plusieurs villageois. Plus tard, ces étranges duos lui seraient peut-être utiles. Pour l’instant, il n’en avait rien à faire.
L’officier en armure rouge, or et vert fit un pas vers l’ancien colporteur, qui se fendit d’un sourire d’une répugnante humilité.
— Messire, j’ai avec moi quelque chose qui intéressera votre haut seigneur. Dès qu’il saura, il voudra voir ce que je lui apporte et me parler face à face.
Fain désigna le coffre toujours enveloppé d’une banale couverture.