Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
Le hasard donne parfois au crime le déguisement de la beauté. Coyatier, dit le marchef, n’était pas beau, mais il devait être terrible à la besogne. Landerneau, dit Trente-troisième, avait la tournure d’un ouvrier charpentier.
Coterie était un maçon.
Ils se penchaient tous les trois au-dessus de Jean Labre, qui était mort sur le coup, foudroyé, et gardait la pose que lui avait donnée sa chute.
Ils tressaillirent tous les trois, parce que la porte de Mme Soûlas grinça de l’autre côté du carré.
– Motus! fit le marchef qui ôta ses souliers et alla soulever le matelas pour mettre son œil à une fente.
Thérèse, en déshabillé de nuit, était sur le seuil de sa chambre, une chandelle à la main:
– Mou! mou! mou! appela-t-elle doucement. Faudra-t-il que je rallume, maintenant, pour te chercher, mauvais sujet!
L’infortuné matou n’avait garde de répondre ou de venir.
Mme Soûlas appela encore, puis flétrissant du nom de libertin la pauvre bête assassinée, elle referma sa porte en lui promettant une correction.
Coyatier revint et remit ses souliers. Il n’avait rien perdu de son sang-froid obtus.
– Pour avoir été fait à tâtons, dit-il tranquillement, ça y est.
– Ça y est, répéta Coterie, dans le cinq-cents!
Mais Landerneau ajouta:
– Seulement, ce n’est pas le général.
– Bon! fit Coterie, es-tu sûr?
– Sûr et certain.
Coyatier pétrissait un énorme bout de tabac pour en faire une chique. Il resta un instant déconcerté.
– C’est sûr aussi que les finauds de là-bas sont plus bêtes que des dindons avec tout leur esprit, dit-il; à quoi ça sert d’écrire un nom sur une porte quand il fait nuit?
– On ne pouvait pas pendre une girandole sur le carré de la gargote des inspecteurs! ajouta Landerneau. Il n’y a pas de notre faute.
– Avec ça, conclut Coterie, que le général est peut-être venu. Voilà plus d’une heure qu’on a rentré le foulard rouge.
– Et que nous croquons le marmot l’arme au bras! gronda le marchef. L’ouvrage est fait, il faut le ramasser. Il n’y a place que pour un là-dedans. On nous a dit qu’un homme viendrait, l’homme est venu; nous lui avons fait ce qu’on nous avait dit de lui faire. Ceux qui ne seront pas contents iront le dire au parquet. L’argent est gagné, nous allons passer au bureau. Donnez-moi un coup de main pour le ménage.
Tout fut bientôt en mouvement, et le «ménage» se fit avec une miraculeuse rapidité. Le marchef s’occupa du cadavre qu’on plaça dans le trou. Coterie maçonna, Landerneau menuisa.
Puis on lava le carreau et l’on inventoria la valise.
Une demi-heure après, les trois malfaiteurs se glissaient hors de l’allée noire qui était l’entrée de la maison Boivin.
Coterie et Landerneau entrèrent au cabaret, Coyatier prit le quai des Orfèvres en descendant vers le Pont-Neuf. Il avait déjeté sa robuste taille de façon à paraître souffreteux; il marchait en boitant, et l’un de ses bras, tordu par la paralysie, pendait inerte le long de son flanc.
Il s’arrêta un peu avant l’angle de la rue Harlay-du-Palais, et après avoir regardé tout autour de lui, pour voir s’il n’était point suivi, il souleva le marteau de la seule porte bourgeoise qui s’ouvrait sur le quai.
Cette porte appartenait à la maison à deux étages que nous avons observée déjà par la fenêtre de Paul Labre: la maison où nous avons vu le foulard rouge pendu au balcon du second, et, au premier, à travers les carreaux d’une belle et haute croisée, la gracieuse silhouette d’une jeune femme qui attendait.
La soirée avançait; les cabinets de l’établissement Boivin s’étaient vidés l’un après l’autre. Le rez-de-chaussée lui-même allait perdant peu à peu ses chalands.
Dix minutes après le départ de Coyatier et de ses deux compagnons, au milieu du silence profond qui emplissait maintenant la cage de l’escalier tournant, un bruit de pas précipités se fit entendre.
Deux hommes montaient en courant. Celui qui allait le premier portait une petite lanterne.
– Tu es sûr d’avoir reconnu Coyatier, le marchef? dit-il, essoufflé qu’il était en enfilant la troisième volée.
– Assez, répondit l’autre dont la respiration n’était nullement troublée.
Le gamin de Paris peut monter aux tours de Notre-Dame sans souffler ni suer.
– Et que faisais-tu là, sur le carré, à cette heure?
– J’étais à la chasse, monsieur Badoît: faut bien travailler.
– Misérable créature! gronda M. Badoît qui sortait de son caractère. On ne fera jamais rien de toi!
– En chassant, riposta Pistolet, je vous ramasse des renseignements curieux, et vous vous fâchez! Je vous donnerai congé, monsieur Badoît.
L’inspecteur haussa les épaules.
– Tu as bien lu le nom de Gautron? demanda-t-il.
– Couramment.
– Et tu ne pouvais pas me prévenir?
– Y a du temps que j’ai idée de me ranger, répliqua paisiblement Pistolet, mais ce n’est pas encore commencé, et, jusque-là, faut bien s’amuser, pas vrai? J’avais ma femme à Bobino; vous savez, Mèche, la flambante des flambantes. C’est pas moi qui la ferais attendre, non!
– Quatre heures de perdues! grommela M. Badoît. Le marchef va vite en besogne. Qui sait ce qui a pu arriver?…
Clampin, dit Pistolet, ne répondit point. Il sifflotait entre ses dents le plus joli des airs de vaudeville qu’il eût entendus, ce soir, au théâtre.
En atteignant le palier, M. Badoît alla droit à la porte n° 9 sur laquelle il promena l’âme de sa lanterne.
La porte avait été récemment lavée et restait humide par places.
On ne distinguait plus rien des caractères effacés, mais des vestiges de craie jaune restaient visibles çà et là.
– Le coup est fait! pensa tout haut M. Badoît avec consternation. Pistolet, qui avait ses mains dans ses poches jusqu’aux coudes, ajouta:
– Alors, c’est tout frais. On va flairer.
Il appliqua son oreille aux différentes fentes de la porte:
– Ça a l’air, en effet, dit-il, que les pierrots sont dénichés. Badoît le saisit au collet et le secoua, disant:
– Ce soir, méchant coquin, tu as peut-être causé la mort d’un homme!
Pistolet se dégagea sans trop d’efforts et prit la pose noble du boxeur français.
– Ça passera encore une fois en conversation, monsieur Badoît, dit-il avec dignité, mais j’aime pas qu’on m’affronte, c’est mon caractère. Aussi vrai comme le soleil nous éclaire – pas ici, par exemple, mais sur la place de la Concorde, en plein midi, quand il fait beau -, si vous recommencez ces jeux de vilain avec moi, je lève la jambe et je vous colle une tape à l’œil, premier numéro, cachet de l’affection et du respect.
L’inspecteur tourna le dos et se rapprocha de la porte du milieu, à laquelle il frappa:
– Paul Labre! monsieur Paul Labre! appela-t-il.