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L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]

Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:

« Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. »
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impi­toyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
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À sa manière particulière, la cité prenait soin de lui. Il avait une habitation… en fait, il en avait des milliers ; de temps en temps, il déménageait pour le plaisir de changer de point de vue. Tous les bâtiments étaient des boîtes vides. Avec des lanières de cuir, des os et des fourrures d’animaux, il s’était fabriqué un lit et une chaise ; il n’avait besoin de rien de plus. La cité lui fournissait l’eau. Les animaux sauvages étaient en si grand nombre ici qu’il ne risquait pas de manquer de nourriture tant qu’il serait assez fort pour chasser. De la Terre, il avait amené quelques objets de première nécessité. Par exemple, trois cubes de lecture et un de musique ; ils formaient une pile n’atteignant pas un mètre de haut et pouvaient nourrir son esprit pendant tout le reste de sa vie. Il avait aussi un petit magnétophone auquel il dictait parfois ses mémoires ; des cahiers à dessin ; des armes ; un détecteur de masse ; un diagnostat et un stock de médicaments régénérateurs. C’était bien suffisant.

Il mangeait régulièrement. Il dormait bien et sa conscience ne le tourmentait pas. Il avait presque fini par admettre et accepter son destin. Il avait isolé et inhibé la blessure d’où sourdait le poison de l’amertume.

Maintenant, il ne blâmait plus personne pour ce qui lui était arrivé. Ses propres désirs, son ambition étaient les coupables. Il avait essayé de dévorer l’univers, de devenir une sorte de dieu, et quelque force implacable l’avait rejeté impitoyablement de cette haute position, le brisant et l’écrasant. Pour tenter de rassembler ce qui restait de lui, il avait rampé comme un infirme vers cette planète morte.

Il retrouvait chaque étape principale qui l’avait conduit jusqu’ici. À dix-huit ans, par une chaude nuit d’été passée à contempler le firmament, il avait eu la révélation de ses hautes ambitions. À vingt-cinq ans, il avait commencé à les réaliser. Avant d’avoir atteint la quarantaine, il avait déjà visité des centaines de mondes et il était célèbre dans trente systèmes. La décennie suivante lui avait permis de connaître les joies et les désillusions inhérentes à la puissance. Puis, un jour de sa cinquante-troisième année, Charles Boardman était venu lui proposer une mission sur Bêta Hydri IV.

Cette année-là, il était en vacances sur Marduk, à une douzaine d’années-lumière de la Terre. Cette planète était la quatrième du système Tau Ceti. Elle servait de base de repos et de villégiature aux ingénieurs et aux mineurs qui extrayaient des fortunes en minerais radioactifs des autres planètes du système. Muller n’approuvait pas cette exploitation intensive qui confinait au pillage, mais cela ne l’empêchait pas de venir chercher une détente sur Marduk. Grâce à sa révolution non rotative, ce monde ne subissait presque pas le cycle des saisons ; sous l’éternel printemps, les quatre continents étaient baignés par une mer tranquille, jamais profonde. L’eau était d’un vert tendre, la végétation tendait vers le bleu pâle et l’air pétillait légèrement comme du champagne nouveau. Les hommes en avaient fait une sorte de copie de la Terre, mais une Terre comme elle dû être dans les temps plus doux et paisibles ; ce n’était que parcs et prairies, avec de-ci de-là quelques auberges accueillantes. Un monde reposant où n’existaient ni violences ni dangers. Les poissons géants dans les mers étaient peu vivaces et se laissaient prendre sans difficultés. Les montagnes aux sommets enneigés semblaient traîtresses et dangereuses, même si on portait des bottes à gravitation, mais personne ne s’y était encore perdu. Les grands et puissants animaux qui peuplaient les forêts chargeaient correctement, mais n’étaient jamais aussi féroces qu’ils le paraissaient. Muller désapprouvait en principe ce genre d’endroit, mais il était un peu rassasié d’aventures et il était venu ici pour chercher quelques semaines de paix, même contrefaite. De plus, il n’était pas seul.

Elle s’appelait Marta. Il l’avait rencontrée l’année précédente, à quelque vingt années-lumière de là. Elle était grande et mince ; ses grands yeux sombres étaient élégamment dessinés au crayon rouge et sa chevelure d’un bleu éclatant tombait souplement sur ses épaules douces. Elle semblait avoir tout juste atteint la vingtaine, mais naturellement elle aurait tout aussi bien pu avoir quatre-vingt-dix ans et en être à son troisième remodelage facial. Il était devenu impossible de deviner l’âge de quelqu’un, tout particulièrement d’une femme. Quoi qu’il en fût, Muller pensait qu’elle était véritablement jeune. Cette impression tenait plus à une certaine dose d’enthousiasme manifesté et à une véritable féminité qui, il aimait à le croire, ne devaient rien à un quelconque chirurgien, plutôt qu’à une souplesse ou à une gracieuse agilité qui pouvaient tout aussi bien être fabriquées. Marta avait la faculté de se donner entièrement à son plaisir, que ce fût en nageant, en se laissant flotter, en chassant ou en faisant l’amour ; ce qui prouvait à l’évidence que ces joies étaient relativement nouvelles pour elle.

Muller ne cherchait pas à trop approfondir ces questions. Il savait seulement qu’elle était riche, Terrienne, n’était pas embarrassée de liens familiaux et qu’elle était libre de ses mouvements. Il avait eu subitement envie de la voir. Il lui avait téléphoné, lui demandant de venir le rejoindre sur Marduk et elle était venue de son plein gré, sans poser de questions. Elle n’avait pas craint non plus de partager une suite d’hôtel avec lui. Visiblement, elle savait qui était Richard Muller, mais elle semblait être indifférente à sa célébrité. Pour elle ne comptaient que les mots qu’il lui disait, comment il la serrait entre ses bras et leurs jeux et leurs joies communs. Elle ne tenait aucun compte de son passé.

L’hôtel qu’ils habitaient était une spirale brillante, haute de mille mètres, dominant une vallée au milieu de laquelle scintillait un lac de forme ovale. Leurs chambres se trouvaient au deux centième étage. Ils prenaient leurs repas sur une terrasse accessible par un disque à gravitation, d’où ils pouvaient admirer les calmes paysages de Marduk. Il y avait une semaine qu’ils étaient ensemble. Ils ne s’étaient plus quittés une seconde. Le temps était beau. Muller se sentait bien. Les petits seins frais de sa compagne avaient la taille idéale pour la paume de ses mains ; ses longues jambes fines et musclées l’enserraient doucement pour l’étreindre avec une brutale et délicieuse ferveur à la montée de son plaisir. Huit jours après leur arrivée débarqua Charles Boardman. Il loua une suite dans un hôtel situé de l’autre côté du continent et téléphona aussitôt à Muller pour lui demander de passer le voir.

— Je suis en vacances, répondit Muller.

— Une demi-journée seulement, insista Boardman.

— Je ne suis pas seul, Charles.

— Je suis au courant. Amenez-la avec vous. Nous ferons un tour ensemble. C’est une affaire importante.

— Justement, je suis venu ici pour échapper aux affaires importantes.

— Il n’y a pas moyen d’échapper, Dick. Vous le savez bien. Vous êtes Dick Muller, vous vous souvenez ? Et nous avons besoin de vous.

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