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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Il s’agita sur son rocher. Mais pas question de me laisser aller au farniente ! Il me faut une activité susceptible de me distraire.

Cette fille qui s’est retrouvée embarquée dans l’équipée péruvienne, Wanda Tamberly… Son souvenir demeurait vif, et il franchit sans peine plusieurs mois de ligne de vie et trois millénaires d’histoire. Mais oui. Pas de problème. Elle a accepté la proposition de la Patrouille. Si je peux la localiser entre le jour où nous avons dîné ensemble et celui où elle doit partir pour l’Académie… Deviendrais-je un amateur de tendrons ? Non, bon sang ! J’ai envie de m’amuser, c’est tout ; on fera la fête pour célébrer sa nouvelle vie et, quand on se sera dit adieu, j’aborderai le côté plus leste de ma permission.

209 av. J.C.

Au fil des siècles, l’enseignement de Bouddha finirait par être quasiment oublié dans son Inde natale. En ce temps-ci, il était encore florissant et se répandait avec vigueur dans les contrées voisines. Pour le moment, Bactres ne comptait encore que quelques convertis. Les stupas dont Everard avait contemplé les ruines dans l’Afghanistan du XXe siècle ne seraient pas bâtis avant plusieurs générations. Il y avait néanmoins suffisamment de fidèles à Bactres pour qu’il y trouve un vihara, qui accueillait et hébergeait les coreligionnaires de passage ; et ces derniers étaient fort nombreux et venus d’horizons fort divers, qu’ils soient marchands, caravaniers, gardes, mendiants, moines ou simples voyageurs. Du coup, cet endroit constituait un terrain de chasse idéal pour un historien travaillant sur le terrain.

Everard s’y rendit le lendemain de son arrivée. Le sanctuaire hôtelier était un modeste bâtiment en pisé, anciennement à usage locatif, sis dans l’allée d’Ion qui donnait sur la rue des Tisserands, coincé entre des immeubles serrés les uns contre les autres et dont il se distinguait par les motifs peints sur sa façade : le lotus, le joyau, la flamme. Lorsque le Patrouilleur toqua à la porte, un homme basané en robe jaune lui ouvrit et le salua d’un air affable. Everard demanda à voir Chandrakumar de Pataliputra. On lui répondit que cet estimé philosophe demeurait bien ici, mais qu’il était parti effectuer sa promenade socratique, à moins qu’il ne se soit installé dans un coin tranquille pour y méditer à son aise. Il serait de retour dans la soirée.

« Merci », fit Everard, qui pesta intérieurement. Non que ce contretemps soit surprenant. Il n’avait aucun moyen de fixer un rendez-vous à l’avance avec Chandrakumar. Celui-ci était censé collecter les informations négligées par les chroniques, non seulement en matière de politique, mais aussi dans les domaines de l’économie, de la sociologie, de la culture et de la vie quotidienne. Le meilleur moyen de le faire était de se mêler aux citoyens.

Everard s’éloigna. Peut-être tomberait-il sur lui par hasard. À moins qu’il ne trouve des indices précieux en fouinant un peu partout. Il regrettait cependant d’être aussi peu discret, lui qui apparaissait comme un véritable géant dans ce milieu, sans parler de ses traits qui suggéraient davantage le Gaulois que le Grec ou l’Illyrien. (Il s’était déjà fait passer pour un Germain, mais les Angles, les Saxons et autres tribus étaient encore totalement inconnus dans cette partie de l’Asie.) Un détective doit avant tout se fondre dans le décor. D’un autre côté, la curiosité qu’il suscitait pouvait amener les gens à l’aborder dans la rue pour converser avec lui ; et les Exaltationnistes n’avaient aucune raison de soupçonner la Patrouille d’être sur leur piste.

Si tant est qu’ils soient bien ici. Peut-être n’avaient-ils jamais mordu à l’hameçon qu’on leur avait présenté, soit qu’ils ne l’aient pas vu, soit qu’ils s’en soient méfiés.

Quoi qu’il en soit, et abstraction faite de sa physionomie, il était le candidat idéal pour cette mission, du fait de ses capacités comme de son expérience. La Patrouille souffrait d’une pénurie d’effectifs chronique, et cela n’avait rien de nouveau. Il faut bien se contenter de ce qu’on a.

Les rues grouillaient de monde. En plus de la puanteur qui y régnait de façon permanente, on y humait un fort parfum d’angoisse. Les crieurs publics annonçaient un peu partout le retour imminent du glorieux roi Euthydème à la tête de son armée. Ils ne précisaient pas qu’il battait en retraite à l’issue d’une défaite, mais le peuple était déjà parvenu à cette conclusion.

Personne ne paniquait. Les hommes comme les femmes vaquaient à leurs tâches quotidiennes ou s’affairaient à des préparatifs d’urgence. Ils n’exprimaient que rarement les craintes qui leur rongeaient l’esprit : un siège, la faim, les épidémies, la mise à sac. Autant se meurtrir soi-même les chairs. Par ailleurs, la plupart des habitants de l’ancien monde étaient plus ou moins fatalistes. Les événements à venir pouvaient tourner pour le mieux ou pour le pis. Nul doute que nombre d’entre eux réfléchissaient au meilleur moyen de profiter de la situation.

Toutefois, les conversations étaient bruyantes, les gestes saccadés, les rires stridents. Les épiceries se vidaient de leur stock, les accapareurs s’emparant de ce que les granges royales n’avaient pas encore mis de côté. Oracles, devins et vendeurs de charmes faisaient des affaires en or. Everard n’eut aucune difficulté à nouer de nouveaux contacts. Il n’eut même pas besoin d’offrir à boire à quiconque. On se bousculait pour avoir des nouvelles du dehors.

Dans les rues, sous les arcades de la place du marché, dans les tavernes, chez les épiciers, dans le bain public où il se réfugia pour souffler un moment, il ne cessa d’éluder les questions en faisant montre d’une amabilité inébranlable. En guise d’informations, il n’obtint pas grand-chose. Personne n’avait entendu parler de ses « Aréconiens ». Ce qui n’avait rien que de très prévisible, même si deux ou trois personnes croyaient se rappeler avoir entrevu des quidams correspondant à sa description. Peut-être étaient-elles sincères, mais sans doute n’avaient-elles aperçu que des hommes appartenant à ce milieu et venus d’une lointaine contrée, d’une tribu inconnue. Peut-être leur mémoire les trahissait-elle. Peut-être disaient-elles tout simplement à Méandre ce qu’il souhaitait entendre ; c’était une coutume orientale remontant à la nuit des temps.

Au temps pour les aventures trépidantes du Patrouilleur, songea Everard, s’adressant à une image mentale de Wanda Tamberly. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent de notre travail consiste en des tâches de routine, comme il en va dans toutes les forces de police.

Il finit par faire une touche, ou à tout le moins par dégoter des éléments d’information un peu moins flous que les autres. Dans les thermes, il lia connaissance avec un dénommé Timothée, un marchand d’esclaves velu et grassouillet qui se révéla porté sur les révélations salaces dès que Méandre l’orienta vers ce sujet. Le nom de Théonis s’inséra naturellement dans leur conversation. « Oui, j’ai entendu parler d’elle. Mais je ne sais vraiment que croire.

— C’est aussi notre cas, mon ami. Notre cas à tous. Tout ce que racontent les ragots, ça paraît trop beau pour être vrai. » Timothée s’essuya le front et fixa la pénombre devant lui, comme pour faire apparaître l’image de l’hétaïre dans les volutes de vapeur. « Un avatar d’Anahita. » Il esquissa un signe de dévotion du bout de l’index. « Avec tout le respect que je dois à la déesse. Je ne sais que ce qui se dit dans le monde, ce que je tiens de la bouche de mes amis et de mes serviteurs. Ses amants sont fort rares et ils appartiennent à l’élite, tous jusqu’au dernier. Et ils ne se montrent pas très bavards. Sans doute ne souhaite-t-elle point qu’ils le soient. Sinon, sa réputation en ferait l’égale de Phryné, d’Aspasie ou de Laïs. Mais il arrive à ses hommes de laisser échapper une remarque, et celle-ci se répand bien vite. Peut-être l’enjolive-t-on ce faisant, je ne saurais le dire.

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