L'Homme aux cercles bleus
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #1
- Год: 1996
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878580761
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «L'Homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite « suintent » la cruauté. Il le sait, il le sent : bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique.
— Oui, et ne le dites pas trop fort, parce qu’on vous soupçonnerait d’avoir suivi l’homme aux cercles ce soir-là, puis d’avoir transporté votre victime assommée dans votre voiture jusqu’à la rue Pierre-et-Marie-Curie, enfin de l’avoir égorgée sur place, au centre du cercle, en veillant bien à ce qu’elle ne dépasse pas du trait. Mais ça paraît fastidieux, non ?
— Non. Je trouve que ça vaut même drôlement le coup, si c’est pour faire accuser un autre. C’est même très tentant, ce maniaque qui s’offre à la justice sur un plateau, et qui prépare en plus des cercles de deux mètres de diamètre, juste vastes pour un corps. Ça a pu donner envie de commettre un meurtre à pas mal de monde en fait.
— Et où la justice trouverait-elle le mobile, s’il est prouvé que la victime est une parfaite inconnue pour l’homme aux cercles ?
— La justice conclura à un crime gratuit de maniaque.
— Il n’en présente aucun des signes classiques. Alors comment le meurtrier « vrai », selon votre hypothèse, pourrait-il être certain que l’homme aux cercles sera condamné à sa place ?
— Quelle est votre idée, Adamsberg ?
— Aucune, madame, aucune en vérité. Simplement, je sens ces cercles charrier leur malaise depuis le début. Je ne sais pas si leur auteur a tué cette femme à présent, et il se peut que vous ayez raison. Peut-être l’homme aux cercles n’est-il qu’une victime. Vous semblez réfléchir et tirer des conclusions bien mieux que moi, vous êtes une scientifique. Je ne procède pas avec ces étapes et ces déductions. Mais tout ce que je ressens pour le moment, c’est que l’homme aux cercles n’est pas un tendre, même s’il est votre protégé.
— Mais vous n’avez aucune preuve ?
— Aucune. Mais j’ai voulu tout savoir sur lui depuis des semaines. Il était déjà dangereux à mes yeux quand il cerclait les cotons-tiges et les bigoudis. Il le reste donc aujourd’hui.
— Mais mon Dieu, Adamsberg, vous travaillez complètement à l’envers ! C’est comme si vous disiez qu’un plat est pourri pour la seule raison que vous avez mal au cœur avant de passer à table !
— Je sais.
Adamsberg avait l’air contrarié par lui-même, ses yeux s’enfuyaient vers des rêves ou des cauchemars où Mathilde ne pouvait plus le suivre.
— Venez, dit-elle, on file à Saint-Georges. Si on a la chance de le voir, vous comprendrez pourquoi je le défends contre vous.
— Et pourquoi ? dit Adamsberg en se levant avec un sourire triste. Parce qu’un homme qui vous fait signe de la main ne peut pas être tout à fait mauvais ?
Il la regardait, la tête penchée de côté, les lèvres entremêlées on ne savait trop comment, et il était si beau comme cela que Mathilde sentit à nouveau qu’avec cet homme-là, la vie, ça allait aller un peu mieux. Charles, il fallait lui refaire les yeux, Clémence, il fallait lui refaire les dents, mais lui, il aurait fallu tout refaire sur son visage. Soit parce que c’était de travers, soit parce que c’était trop petit, soit parce que c’était trop grand. Mais Mathilde aurait interdit qu’on touche à quoi que ce soit là-dedans.
— Vous êtes trop joli, Adamsberg, dit-elle. Vous n’auriez pas dû être policier, vous auriez dû être pute.
— Mais je suis aussi une pute, madame Forestier. Comme vous.
— Alors ça doit être pour ça que je vous aime bien. Ça ne m’empêchera pas de vous prouver que mon intuition sur l’homme aux cercles vaut la vôtre. Attention, Adamsberg, vous ne le touchez pas ce soir, pas en ma présence, j’ai votre parole.
— C’est promis, je ne toucherai à rien du tout, dit Adamsberg.
En même temps, il pensa qu’il essaierait de faire pareil avec Christiane qui l’attendait toute nue dans son lit. Pourtant, une fille nue, ça ne se refuse pas. Comme disait Clémence, il y avait quelque chose qui clochait ce soir. Clémence clochait aussi d’ailleurs. Quant à Charles Reyer, c’était pire que clocher, il tressautait, au bord du hurlement intérieur, au bord du grand virage.
Quand il repassa dans la grande pièce à l’aquarium pour suivre Mathilde qui prenait son manteau, Charles parlait toujours à Clémence, qui l’écoutait avec intensité et tendresse, en tirant sur sa cigarette comme une apprentie. Et Charles disait :
— Ma grand-mère, elle est morte un soir parce qu’elle avait mangé trop de nonettes. Mais le vrai drame familial, ç’a été le lendemain quand on a trouvé papa attablé en train de finir les nonettes.
— D’accord, dit Clémence, mais qu’est-ce qu’on met pour ma lettre au type de soixante-six ans ?
— Bonne nuit, mes oiseaux, dit Mathilde au passage.
Mathilde, elle était déjà dans l’action, elle courait vers l’escalier, elle filait vers Saint-Georges. Mais Adamsberg n’avait jamais su se dépêcher.
— Saint Georges, lui cria Mathilde dans la rue en cherchant un taxi, ce n’est pas lui qui a terrassé le dragon ?
— Je ne sais pas, dit Adamsberg.
Un taxi les déposa à Saint-Georges à dix heures cinq.
— Ça va, dit Mathilde, on est dans les temps.
À onze heures et demie, l’homme aux cercles n’était toujours pas passé. Il y avait tout un tas de mégots autour des pieds de Mathilde et d’Adamsberg.
— Mauvais signe, dit Mathilde. Il ne viendra plus.
— Il s’est méfié, dit Adamsberg.
— Méfié de quoi ? D’être accusé du meurtre ? C’est absurde. Rien ne nous prouve qu’il ait écouté la radio, rien ne nous prouve qu’il soit au courant. Vous savez bien qu’il ne sort pas toutes les nuits, c’est aussi simple que ça.
— C’est vrai, il ne sait peut-être pas encore. Ou bien alors il sait et il s’est méfié. À présent qu’il se sait surveillé, il va modifier ses itinéraires. C’est certain. On va avoir un mal de chien à le trouver.
— Parce que c’est lui qui a tué, c’est ça, Adamsberg ?
— Je ne sais pas.
— Combien de fois par jour dites-vous « Je ne sais pas » et « Peut-être » ?
— Je ne sais pas.
— Je suis au courant de tout ce que vous avez réussi jusqu’ici, et sacrément réussi. Mais tout de même, quand on vous voit, on se demande. Vous êtes sûr que vous êtes bien à votre place dans la police ?
— Certain. Et puis je ne fais pas que ça.
— Par exemple ?
— Par exemple je griffonne.
— Griffonne quoi ?
— Des feuilles d’arbre et des feuilles d’arbre.
— Et c’est intéressant ? Parce qu’à moi, ça me paraît emmerdant comme la mort.
— Vous vous intéressez bien aux poissons, ce n’est pas mieux.
— Qu’est-ce que vous avez tous contre les poissons ? Mais pourquoi ne pas griffonner des visages ? C’est plus marrant tout de même.
— Plus tard. Bien plus tard ou bien jamais. Faut d’abord commencer par les feuilles d’arbre. N’importe quel Chinois vous le dira.
— Plus tard… Mais vous avez déjà quarante-cinq ans, non ?
— C’est vrai, mais je n’en crois pas un mot.
— Tiens, c’est comme moi.
Et puis comme Mathilde avait une flasque de cognac dans son manteau et que ça se rafraîchissait rudement, elle dit, c’est tranche 2, tout rate, on peut bien boire un coup.
Quand les grilles du métro se fermèrent, l’homme aux cercles n’était toujours pas apparu. Mais Adamsberg avait eu le temps de raconter à Mathilde que la petite chérie avait crevé quelque part dans le monde et qu’il n’avait même pas été là pour faire quelque chose contre. Mathilde avait eu l’air de trouver toute l’histoire passionnante. Elle avait dit que c’était une honte de laisser crever la petite, que le monde elle le connaissait comme le fond de sa poche, et qu’elle saurait bien trouver si la petite avait été enterrée avec son ouistiti ou non. Adamsberg se sentait surtout saoul comme une vache, parce qu’il n’avait pas trop l’habitude de boire. Il n’arrivait pas à prononcer correctement « Ouahigouya ».