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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Évidemment, elle était morte ! Qui l’a appelée à la galerie ?

— Comment voulez-vous que je le sache, commissaire ? Vous me répétez tout le temps les mêmes questions. Demandez plutôt à Peter, c’est lui qui a décroché le téléphone. Ce que je peux dire, c’est qu’elle avait l’air très contrarié.

— Qu’avez-vous fait ensuite, le soir du 24 décembre ?

— Nous avons réveillonné avec un groupe d’amis dans le 12e arrondissement. Jean-Christophe était tellement ivre que nous avons dormi sur place.

D’un signe de tête, Ughetti fit comprendre aux autres qu’ils allaient en rester là.

— Bien, ce sera tout pour aujourd’hui, dit-il. Votre témoignage concorde avec celui de votre ami. Nous vérifierons vos alibis. Nous n’écartons pas l’hypothèse d’une vengeance de la part de l’un de vos anciens employeurs, si je puis m’exprimer ainsi. Restez prudente. En cas de problème, n’hésitez pas à nous appeler, dit-il en lui tendant une carte de visite.

— Nadine avait beaucoup d’ennemis, vous savez, dit encore Clémentine.

— L’un d’eux la détestait suffisamment pour la tuer, nous nous employons à trouver qui était cette personne, fit le commissaire.

Bauer tendit à Clémentine une feuille blanche sur laquelle il la pria d’inscrire des noms, ceux de ses anciens employeurs, d’un côté, ceux des invités au vernissage, de l’autre. Clémentine s’exécuta entre deux reniflements.

13

Thibault Lavigne, l’ex-mari de Nadine Pascoli, n’avait pas supporté l’audition plus de quinze minutes, et devait être entendu de nouveau. C’était à peine si Pichot avait pu lui soutirer son emploi du temps, le soir de Noël. Lavigne avait quitté le Point-Virgule vers 19 h 30 pour se rendre directement chez Victor Lebrognec, rue Lepic. Sur son chemin, il s’était arrêté chez le caviste, François Caton, pour acheter du champagne et du vin. Il était arrivé chez Lebrognec vers 20 h 45. Gérard Sentenac les avait rejoints un peu plus tard, aux alentours de 21 heures. L’assistant de Lavigne, Yann Morlaix, avait également été entendu mais son témoignage n’avait pas éclairé davantage les enquêteurs, sa déclaration collant, point par point, à celle de son employeur. Sur la porte de la librairie, Lavigne avait collé une feuille de papier sur laquelle il avait écrit que le Point-Virgule était fermé en raison d’un deuil. Yann s’était proposé de prendre les choses en main, mais le propriétaire, abattu par le chagrin, avait décliné son offre. « Laissez-moi me remettre, lui avait-il dit, je ne sais plus où j’en suis. Nous ouvrirons après les fêtes. »

Par le terme « collatéraux », Ughetti ratissait large. Mme Oliveira, gardienne d’immeuble, n’était pas à proprement parler un collatéral mais sa fonction rendait son témoignage incontournable. Sa loge vitrée, sous le porche du 38, rue Eugène-Carrière, lui permettait de surveiller tous les mouvements des occupants. Le brigadier Loyrette avait été pressenti pour l’interroger. Loyrette s’acquittait de toutes les missions avec zèle. Au sein d’une armée de généraux, ce simple flic était capable de prendre des initiatives, de jongler avec les ordres, de louvoyer comme une couleuvre entre les susceptibilités des uns et des autres. Il avait fait ses classes dans un commissariat de province, puis dans celui d’un arrondissement de Paris avant d’intégrer le quai des Orfèvres, à sa demande. D’après Ughetti, ses méthodes de travail respiraient la France profonde. Son esprit terre à terre apportait un angle de vue différent que le divisionnaire Saulieu qualifiait de « rafraîchissant ».

Mme Oliveira était fière de ses origines portugaises bien que tout en elle témoignât d’un effort constant pour coller aux critères de l’assimilation accomplie. Le soin particulier qu’elle mettait à sa toilette et ses manières obséquieuses renforçaient l’impression de caricature que l’on avait en la voyant pour la première fois. La loge, coquette, faisait davantage penser au nid d’une cocotte qu’à l’habitation d’une concierge, avec sa débauche de tissus aux couleurs chatoyantes, achetés au marché Saint-Pierre.

— Vous savez, je ne suis pas collée à mon rideau pour espionner les gens de l’immeuble. C’est pas parce qu’on est concierge, qu’on sait tout sur tout le monde, dit-elle avec une pointe d’accent.

Loyrette connaissait bien les arguments des concierges de France. Des dizaines de fois au cours de sa carrière, il avait entendu la même phrase, généralement en début d’entretien. « Tant qu’on n’aura pas remplacé toutes les concierges par des digicodes, les flics ne seront pas à court d’informations » plaisantait-il.

— J’entends bien madame, néanmoins vous aviez des contacts avec Mme Pascoli. Quel genre de femme était-ce ?

Les yeux de la femme s’embuèrent de larmes. Le brigadier était assez rodé pour analyser finement l’origine de ces larmes qu’il attribua davantage à une lutte intérieure qu’à la tristesse. Le corps de Mme Oliveira se cabra dans un sursaut de dignité.

— Si vous savez quelque chose, parlez, madame ! Je vous rappelle qu’il y a eu meurtre, insista le brigadier.

Loyrette venait de faire sauter les derniers verrous de résistance à la pudeur, en évoquant la tuerie. Un torrent de paroles se déversa de la bouche de l’honnête femme, après qu’elle eut fermé la porte de la loge.

— Mme Pascoli était une femme exceptionnelle ! dit-elle sur le ton de la confidence.

Loyrette sourit. En général, ça commençait toujours comme ça, les gens trouvaient les défunts exceptionnels, ensuite ils les accablaient gentiment.

— Une femme courageuse ! Son affaire d’édition a bien marché au début. Elle a eu un prix, je crois, oh ! pas le Goncourt mais tout de même. Mon mari vivait encore à l’époque. C’est après que ça s’est gâté.

— Pour quelle raison, avez-vous une idée ?

— C’est sûrement les hommes qui lui ont tourné la tête. On en a vu passer, mon mari et moi, un vrai défilé !

— S’agissait-il de gens du milieu littéraire ?

— Appelez ça comme vous voudrez. J’ai même vu un député une fois, il y a longtemps, remarquez, je ne me souviens pas de son nom. C’étaient des gens particuliers, même que mon mari disait qu’ils ne se prenaient pas pour de la merde.

— Je vois, dit le brigadier.

— Irrespectueux, par-dessus le marché. Pas un qui s’essuyait les pieds avant d’entrer dans le hall de mon immeuble. On voit qu’ça fait pas souvent le ménage. De la crotte, voilà ce qu’on est pour ces gens-là, monsieur.

Le brigadier jubilait. Les origines de sa condition le portaient aux mêmes conclusions que Mme Oliveira.

— Continuez, madame.

— Quand ça a mal tourné, elle s’est contentée de gens moins haut placés.

— C’est-à-dire ?

— Des auteurs traîne-savates, des écrivains ratés. Je crois qu’elle aimait bien le genre paumé finalement.

— Insinuez-vous qu’elle entretenait des relations personnelles avec ses auteurs ?

— C’était pas difficile à comprendre. Je suis sûre que ça fricotait aussi avec les correcteurs. Entre nous, elle donnait également dans les séances de groupe.

— Qu’entendez-vous par là ?

— Ben vous alors, y faut vous mettre les points sur les i. Par là, j’entends des partouzes, voyons, c’est tout de même pas difficile à comprendre !

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