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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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La popote avait à peine débuté dans l’appartement de Saint-Mandé et c’était déjà un franc succès. On avait attaqué par une série de tapas faites maison, arrosées d’un txakoli, vin basque espagnol. Le petit comité s’apprêtait à passer à table. Pas moins de cinq plats attendaient les convives. Arrosteguy n’était plus le même homme derrière ses fourneaux, accoutré du long tablier noir de l’œnologue confirmé, qui lui cachait les genoux. Les arts culinaires le transportaient. En gastronomie, il touchait à tout, se frottant aussi bien à la nouvelle cuisine qu’à la traditionnelle, privilégiant le sucré-salé. Il était assez content de sa dernière trouvaille en date : un magret de canard au pain d’épice, mais ce soir, c’était le Pays basque qui était à l’honneur. Son épouse était au cinéma avec une amie, car les popotes se donnaient toujours entre collègues.

— Goûtez-moi ce ttoro, les enfants, annonça-t-il, les bras chargés d’une large soupière. Ensuite, piperade et axoa au menu, veau en petits dés et piments oignons.

Le ton était à la détente. Les plaisanteries n’épargnaient personne. Le trombinoscope de la brigade était passé au crible et on tirait à vue sur les autres groupes. Ughetti en personne s’était libéré pour participer à l’événement : une popote chez l’un de ses procéduriers, ça ne se ratait pas. On en parlait pendant des semaines avant et après, au 36. On évoquait encore la soirée « Saveurs orientales » que le capitaine Arrosteguy avait concoctée l’an passé. Du commissaire principal au gardien de la paix, en passant par le chef de groupe, tout le monde avait répondu présent : huit personnes au total en comptant Ughetti. Le divisionnaire Saulieu était régulièrement invité, mais il ne daignait jamais se rendre à ce genre de dîner qu’il qualifiait de « soirée de potaches », avec condescendance.

L’ambiance fut brusquement interrompue par les vibrations du portable d’Ughetti qui résonna en pleine ttoro. C’était Zellerman. On venait de trouver le cadavre d’une éditrice dans un appartement du 18e.

— J’arrive, fit Ughetti, le visage tendu.

Le téléphone de Damien Escoffier sonna à son tour quelques minutes plus tard. Le capitaine s’éloigna sous les huées, en reconnaissant la voix de Bérangère.

— Que se passe-t-il, Bérangère ?

— Damien, viens vite. Je suis de permanence, sur le lieu d’un crime, avec Zellerman. C’est affreux ! La mort doit remonter à trois ou quatre jours à l’odeur… Je ne m’y ferai jamais.

— Mais, je suis chez le procédurier et…

— Laisse tomber le gueuleton, il faut que tu viennes voir ça. Le dessin… Il y a un dessin sur le mur de la chambre…

Il saisit à la seconde ce que le lieutenant tentait péniblement de lui expliquer.

— J’arrive. Donne moi l’adresse.

— 38, rue Eugène-Carrière, dans le 18e. 4e étage. Il y a déjà un tas de gens à l’entrée de l’immeuble, tu ne peux pas la rater.

— De qui s’agit-il ?

— Une femme, la cinquantaine. Une éditrice. Étranglée et… les veines ouvertes… J’ai pensé que tu voudrais voir ce fichu dessin de tes propres yeux.

— Je viens tout de suite.

Arrosteguy jura que plus jamais il ne se crèverait le cul à mitonner un gueuleton à des gens qui quittaient la table les uns après les autres comme des malpropres. Plus jamais.

Un planton empêchait les curieux de pénétrer dans l’immeuble. Escoffier dut montrer sa carte avant de monter quatre à quatre l’escalier, l’ascenseur étant bloqué par les services de police. Une femme, qui devait être la gardienne de l’immeuble, se tenait devant la porte, visage angoissé et yeux larmoyants. À l’intérieur de l’appartement, Escoffier reconnut tout de suite la voix de la commissaire Frossard qui passait un savon à un gardien n’ayant pas protégé la scène de crime dans les règles de l’art. Il l’aperçut entre deux portes ; dans la colère, Euranie était toujours aussi belle à voir ; son corps, nota le capitaine, n’était pas seulement longiligne et élancé, il était parfaitement proportionné.

L’identité judiciaire était à l’œuvre sous les yeux du substitut qui patientait dans un coin, les bras croisés et le teint gris. Des techniciens, en combinaison blanche et gantés, mettaient des objets sous scellés, prenaient des photos, activaient leur crimescope dont le spectre permettait de détecter des détails infimes. Dans l’entrée, deux officiers de police entouraient un homme en pleurs, affalé sur une chaise, et qui pouvait bien être le mari de la victime. Un autre homme, ami ou voisin, tentait vainement de le calmer en lui prodiguant des paroles aussi apaisantes que possible. Des yeux, Escoffier chercha le lieutenant Fernandez qu’il finit par apercevoir au milieu d’un long couloir ressemblant à un tube, par l’étroitesse et la longueur.

— Bérangère ! cria-t-il.

La jeune femme parut soulagée de le voir.

— Te voilà, enfin ! Ughetti t’a précédé. Tu ne pourras pas pénétrer dans le bureau tant que les techniciens n’auront pas fini leur boulot.

— Où est le dessin ?

— Dans la chambre. On attend le divisionnaire du 18e et Saulieu a fait dire qu’il viendrait aussi. Cette éditrice, c’était pas un gros bonnet à proprement parler, mais elle devait avoir des relations.

Escoffier écoutait à moitié, déjà en transe.

— À quoi ça ressemblait ?

— Tu veux parler du dessin ? C’est la copie conforme. L’affaire se complique, le boss va vouloir récupérer le dossier.

Elle voulut le rassurer aussitôt :

— En tout cas, chapeau, tu avais vu juste, le tueur a remis ça et rapidement encore.

— Je regrette que le cadavre d’un SDF ne pèse pas aussi lourd dans la balance que celui d’une éditrice, dit Escoffier amèrement.

— Tu ne referas pas le monde ce soir, Damien. Suis-moi, je te montre le chemin.

Le domicile de l’éditrice était composé de deux appartements reliés par une sorte de boyau. D’un côté, ses appartements privés, de l’autre, sa maison d’édition. Nadine Pascoli avait été retrouvée dans son bureau, étendue sur un canapé, étranglée et veines ouvertes. Le corps reposait en équilibre, les yeux ouverts semblaient encore effrayés, le visage était violacé et un filet de mucus dessinait une trace sur le menton. Sur le tissu du canapé, une nappe de sang séché s’étendait largement. Aucun désordre ne trahissait une lutte éventuelle, chaque objet paraissait à sa place, comme si rien, jamais, ne s’était produit dans la pièce.

Escoffier enfila le couloir vers la zone privée, sur les pas de Bérangère.

— Qui sont ces hommes dans l’entrée ?

— L’homme en larmes, c’est l’ex, un libraire du quartier. L’autre, c’est un ami de la famille, un brocanteur.

— Ce sont eux qui ont trouvé le corps ?

— Oui, ils sont très secoués.

Le capitaine comprenait, dans sa chair, ce que ressentait un être humain dans cette situation. Le lieutenant Fernandez se retourna et crut voir un long tressaillement parcourir le corps de son collègue. Pour la deuxième fois en quelques jours, elle eut envie de le prendre dans ses bras.

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