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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Moi, en tout cas, parce que le Pouvoir me tuait. Oui, il me tuait, et je trouvais ça merveilleux.

— Il me faut quelque chose à boire, ajouta Rand, un arrière-goût abominable lui restant dans la gorge.

— J’ai retrouvé la feuille et je l’ai remise en place, c’est tout, dit Loial, modeste. De toute évidence, si le Portail ne s’était pas refermé, le Vent Noir nous aurait tous tués. Je crains de ne pas être un héros bien terrible, Rand. J’ai eu si peur que je pouvais à peine réfléchir.

— Nous étions terrorisés tous les deux, tint à préciser Rand. Nous sommes des héros un peu miteux, d’accord, mais il faudra faire avec. Heureusement qu’Ingtar est là pour relever le niveau.

— Seigneur Rand, dit timidement Hurin, si nous songions à partir ?

Voyant que Rand voulait passer le premier, le renifleur protesta énergiquement. Qui pouvait dire ce qui les attendait de l’autre côté ? Souscrivant à cette analyse, Rand souligna qu’il était le seul à porter une arme. Même face à cet argument massue, Hurin regarda d’un air morose son maître s’élever dans les airs, avec l’aide de Loial, et franchir le mur dans l’autre sens.

Rand se réceptionna souplement, tendit l’oreille et sonda la nuit. Un instant, il crut voir une ombre bouger dans le noir – et ce bruit, n’était-ce pas celui d’une semelle sur le sentier pavé ? – mais aucun des deux phénomènes ne se reproduisit. Convaincu que ses nerfs lui jouaient un tour – après tout, ils avaient été mis à rude épreuve –, il se retourna pour aider Hurin à descendre.

— Seigneur Rand, dit le renifleur, une fois arrivé à bon port, comment allons-nous les suivre, maintenant ? D’après ce qu’on dit des Chemins, les voleurs peuvent déjà être à l’autre bout du monde à l’instant même où nous parlons.

— Verin aura sûrement une solution…

Rand eut envie d’éclater de rire. Pour retrouver le Cor et la dague, si c’était encore possible, il devait retourner dans le giron des Aes Sedai. Elles lui avaient laissé la bride sur le cou, et voilà qu’il était obligé de demander leur aide.

— Je ne laisserai pas Mat mourir sans avoir tout essayé…

Loial les suivant, les deux hommes retournèrent vers le manoir – pour voir s’ouvrir la minuscule porte au moment où Rand tendait la main vers la poignée.

— Verin vous ordonne de ne rien faire, annonça Mat en passant la tête dehors. Si Hurin a découvert où est gardé le Cor, c’est déjà très bien, selon elle. Nous partirons dès que nous l’aurons rejointe, et nous réfléchirons à un plan. Voilà ce qu’elle a dit. Moi, j’ai une déclaration à faire : c’est la dernière fois que je joue les estafettes. Si tu veux dire quelque chose à quelqu’un, il faudra te débrouiller seul, seigneur Rand. Alors, le Cor est ici ? Dans la dépendance carrée ? Avez-vous vu la dague ?

Rand avança, forçant son ami à rentrer.

— Ce n’est pas une dépendance, Mat… J’espère que Verin aura un bon plan, parce que moi je suis à court d’idées.

Mat fit mine de poser une question, mais il se ravisa et se laissa pousser dans le couloir chichement éclairé. Au pied de l’escalier, il se souvint même de boiter…

Lorsque Rand et ses compagnons retraversèrent l’enfilade de salles de fête, tous les regards se rivèrent sur eux. Les nobles étaient-ils informés de ce qui venait de se produire dans le jardin ? Ou s’étonnaient-ils de voir Mat et Hurin en compagnie de leurs maîtres ? Rand s’inquiéta un peu, puis il s’avisa que les regards n’étaient en rien différents de ceux qu’ils s’étaient attirés plus tôt. Ces seigneurs et ces dames se demandaient ce que Rand et l’Ogier avaient bien pu faire. Quant aux serviteurs, leurs yeux les traversaient, comme d’habitude…

Les deux amis étant ensemble, nul fâcheux ou fâcheuse ne tenta de les aborder. Apparemment, le Grand Jeu était doté de règles strictes en matière de conspiration. Quand il s’agissait d’écouter des conversations privées, la chasse était ouverte. En revanche, interdiction absolue de s’y immiscer !

Ingtar et Verin avaient eux aussi une paix royale. Alors que l’officier semblait un peu perturbé, l’Aes Sedai accorda à peine un regard à Rand et aux trois autres, fronça les sourcils de les découvrir si sombres, puis partit en direction du hall d’entrée en tirant sur les plis de son châle.

Non loin de la sortie, Barthanes intercepta ses invités comme si quelqu’un l’avait averti qu’ils s’éclipsaient.

— Vous partez si tôt ? Verin Sedai, que puis-je dire pour vous convaincre de rester un peu plus longtemps ?

— Nous devons partir, seigneur Barthanes. Voilà quelques années que je n’étais pas venue à Cairhien, et je vous remercie d’avoir invité le jeune seigneur Rand. Ce fut très instructif, vraiment…

— Dans ce cas, puisse la Grâce veiller à ce que vous regagniez sans encombre votre auberge. Puis-je espérer vous revoir très bientôt ? Ce serait un honneur, Verin Sedai. Bien entendu, j’en ai autant à votre service, seigneur Rand. Il en va de même pour vous, seigneur Ingtar et Bâtisseur Loial, fils d’Arent fils de Halan.

Même s’il s’inclina un peu plus devant l’Aes Sedai, le salut du seigneur tenait plus du hochement de tête que d’un témoignage de révérence.

Verin inclina elle aussi très légèrement la tête.

— C’est possible… Puisse la Lumière briller pour vous, seigneur Barthanes.

Sur ces mots, l’Aes Sedai se tourna vers la porte.

Alors que Rand allait lui emboîter le pas, Barthanes le saisit au vol par la manche de sa veste – serrant le tissu entre le pouce et l’index, comme s’il redoutait de se salir. Voyant ça, Mat fit mine de rester avec son « maître », mais Hurin le tira en avant.

— Jeune seigneur, tu es encore plus impliqué dans le Grand Jeu que je le pensais… Quand j’ai entendu annoncer ton nom, je n’en ai pas cru mes oreilles, et pourtant c’était toi, fidèle à la description qu’on m’avait faite. On m’a confié un message à ton intention et, tout compte fait, je vais te le transmettre.

— Un message ? répéta Rand, un étrange frisson courant le long de sa colonne vertébrale. De dame Selene ?

— Non, d’un homme… Pas le genre de personnage pour lequel je délivre des messages, d’habitude, mais il a sur moi certains… avantages… que je ne peux ignorer. Il ne m’a pas donné de nom, mais il a indiqué qu’il venait de Lugard. Ah ! mais, à ton expression, je vois que tu le connais !

— Oui, je le connais…

Padan Fain m’a laissé un message ?

Rand jeta un coup d’œil autour de lui. Mat, Verin et les autres l’attendaient près de la porte. Des serviteurs en livrée étaient alignés le long du couloir, prêts à bondir à tout appel, mais assez bien dressés pour faire mine de ne rien voir et de ne rien entendre. Des entrailles du manoir montaient toujours les mêmes joyeux échos de musique et de rires. Bref, un endroit où il était peu probable que des Suppôts lancent une attaque…

— Quel message, seigneur Barthanes ?

— Cet homme te fait dire qu’il t’attend sur la pointe de Toman. Il a ce que tu cherches et, si tu ne veux pas y renoncer, il te faudra le suivre. Si tu te dérobes, il jure de traquer ta lignée, tes alliés et tes amis jusqu’à ce que tu acceptes de le rencontrer. Entendre un homme pareil dire qu’il traquera un seigneur semble de la folie, je sais, mais, justement, cet homme… Eh bien, je pense qu’il est fou, vois-tu ? Il est même allé jusqu’à dire que tu n’étais pas un seigneur, alors que ta noblesse crève les yeux. Cela dit, c’est un fou… intense et dangereux. Que peut-il bien transporter avec une escorte de Trollocs pour le défendre ? Que cherches-tu, seigneur Rand ?

Barthanes semblait désorienté de poser des questions si directes. À vrai dire, ce n’était pas très convenable, pour un expert du Daes Dae’mar.

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