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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Hurin en grogna de surprise et Loial lui-même poussa un petit cri.

En une fraction de seconde, l’illusion devint réalité. Métamorphosées, les feuilles de pierre ondulèrent au gré d’une brise surnaturelle et les fleurs, malgré l’obscurité, se transformèrent en un feu d’artifice de couleurs. Au centre de la pierre, une ligne verticale apparut, puis les deux battants pivotèrent lentement en direction de Rand, qui recula pour leur laisser la place de s’ouvrir. Quand ce fut terminé, le jeune homme ne se retrouva pas en train de contempler le mur d’enceinte opposé, comme on aurait pu le croire. Mais il ne découvrit pas non plus le reflet argenté flou dont il se souvenait. La surface révélée par la porte était noire comme la nuit – et même davantage encore, puisque le ciel paraissait presque clair, en comparaison.

Entre les battants encore en mouvement, la masse noire semblait vouloir suinter du néant.

Lâchant la feuille de l’Arbre de Vie dans sa hâte, Rand recula d’un bond.

— Massin Shin ! cria Loial. Le Vent Noir !

Le gémissement du vent emplit les oreilles des trois amis. Telle une onde, l’herbe se rida, inclinée vers l’arrière comme si elle voulait se réfugier au pied du mur d’enceinte. Un tourbillon de poussière s’éleva, et des milliers de voix semblèrent hurler en même temps au cœur de ce qui devenait un cyclone.

Dans ce vacarme, Rand s’efforça de ne pas distinguer de mots. Hélas, il échoua.

Le sang si doux, si doux à boire, le sang, le sang qui goutte si rouge, si rouges les gouttes… Jolis yeux, gentils yeux, je n’en ai pas, t’arracher les yeux de la tête… Scier les os, te briser les os à l’intérieur du corps, aspirer ta moelle alors que tu hurles, cries, brailles et t’égosilles… Chanter tes cris, crier ton chant, hurler ton nom…

Rand al’Thor… al’Thor… al’Thor…

Une ignoble litanie de fureur et de mort.

Rand invoqua le vide et s’ouvrit à lui sans se soucier de la lueur maladive du saidin qui apparut aussitôt devant ses yeux – presque hors de vue, mais pas tout à fait, pour mieux le torturer. Parmi tous les dangers qui guettaient un voyageur, sur les Chemins, aucun n’égalait le Vent Noir, ce tourbillon qui volait l’âme de ses victimes et rendait fous les malheureux qu’il épargnait. Mais Massin Shin appartenait aux Chemins, et il ne pouvait pas en sortir. En principe, en tout cas. Ce soir-là, il se déversait dans le monde et criait le nom de Rand.

Le Portail n’était pas encore entièrement ouvert. Il suffisait de remettre en place la feuille de l’Arbre de Vie. Du coin de l’œil, Rand vit que Loial, agenouillé, cherchait frénétiquement dans l’obscurité.

Le saidin coula soudain à flots dans les veines du jeune homme. Comme si ses os vibraient, il sentit le flux à la fois glacial et brûlant du Pouvoir de l’Unique. Avec l’impression d’être vraiment vivant – cette sensation qu’il éprouvait exclusivement à ces moments-là –, Rand eut soudain conscience du contact visqueux de la souillure.

Non ! cria-t-il silencieusement, comme s’il s’adressait un message à lui-même de l’extérieur du cocon. Le vent vient pour nous, et il nous tuera tous !

Rand se campa face à l’excroissance noire qui saillait désormais de deux bons pieds du Portail et projeta… Quoi, il n’aurait su le dire, et pas davantage expliquer comment il s’y était pris. Mais, quoi qu’il en soit, une gerbe de lumière salvatrice explosa au cœur même de l’abomination noire.

Le Vent Noir cria de douleur – l’équivalent de dix mille hurlements inarticulés et bestiaux. Pouce après pouce, et comme à contrecœur, la masse noire se rétracta, retournant à l’intérieur du Portail d’où elle n’aurait jamais dû sortir.

Le Pouvoir déferlait en Rand comme un torrent. Sentant comme jamais le lien qui existait entre le saidin et lui, il avait également conscience de la filiation qui l’unissait au feu dont les flammes glacées et brûlantes dévastaient le Vent Noir, le consumant de l’intérieur. Dans le corps du jeune homme, la chaleur devint une fournaise qui aurait pu faire fondre de la pierre et faire s’évaporer de l’acier. Alors que l’air s’embrasait, le froid qui emplissait simultanément les poumons de Rand aurait pu faire geler n’importe quel métal, le forçant à se briser de l’intérieur.

Il sentit le torrent l’emporter, la vie s’éroder comme la berge friable d’une rivière, et comprit qu’il n’était plus qu’un morceau de bois flotté entraîné vers le néant.

Je ne peux pas m’arrêter ! Si je le laisse sortir, ce vent… Le tuer, oui, je dois le tuer ! Impossible de m’arrêter avant.

Désespéré, Rand s’accrocha comme à une planche de salut aux fragments de lui-même qui subsistaient. Le Pouvoir de l’Unique rugissait en lui, et il le chevauchait comme si c’était un rondin dévalant des rapides.

Le vide commença à se dissoudre, une sorte de fumée gelée s’en élevant en volutes tourbillonnantes.

Les battants du Portail cessèrent de pivoter. Puis leur mouvement s’inversa.

Avec ce qui lui restait de conscience au milieu du vide en déliquescence, Rand se dit qu’il voyait simplement ce qu’il désirait voir.

Pourtant, les battants se refermaient et repoussaient le Vent Noir comme ils l’auraient fait avec une substance solide.

À l’intérieur, le tonnerre de voix roulait toujours.

De très loin, avec une surprise curieusement détachée, Rand vit que Loial, toujours à genoux, reculait pour ne pas être écrasé par les battants.

Soudain, la masse noire disparut et les sarments sculptés redevinrent ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être : des images gravées dans la pierre.

Le lien entre le feu et Rand se brisa. En lui, le Pouvoir cessa de couler, tel du sang qui se fige dans les artères. Quelques secondes de plus, et le naufrage eût été irréversible. Tremblant comme une feuille, le jeune homme se laissa tomber à genoux. Le saidin était toujours en lui. Il ne coulait plus, certes, mais formait comme un bassin étale de Pouvoir.

Devenu un étang de Pouvoir, Rand tremblait comme une onde caressée par la brise. Comme s’il en faisait partie, il sentait l’herbe, la poussière, la pierre brute du mur d’enceinte. Et, malgré l’obscurité, il voyait chaque brin d’herbe, l’individualisant en même temps qu’il l’intégrait à un tout, comme s’il n’existait plus vraiment de différence entre la partie et la totalité. Sur son visage, il sentait l’air s’altérer à chaque seconde, éternellement différent et semblable, ainsi qu’il en était depuis l’aube des temps.

Le goût de la souillure sur sa langue, il sentit son estomac se révulser – comme si cela avait pu s’expulser.

Pris de frénésie, Rand se fraya un chemin hors du vide, le déchiquetant à grands coups de griffes imaginaires. Toujours à genoux, et sans bouger, il se libéra et revint à la réalité – ou plutôt ce qu’on nommait ainsi – avec comme seuls vestiges le goût détestable sur sa langue, les crampes qui ravageaient son estomac et des souvenirs si vivants qu’ils en faisaient pâlir le monde.

— Tu nous as sauvés, Bâtisseur, dit Hurin. (Dos contre le mur d’enceinte, il haletait plus qu’il parlait.) La masse noire… C’était le Vent ? Voulait-il lancer sur nous ces flammes incandescentes ? Seigneur Rand, as-tu été blessé ? Cette horreur t’a-t-elle touché ?

Le renifleur accourut alors que Rand se redressait, l’aidant un peu sur la fin. Un peu plus loin, après s’être lui aussi relevé, Loial avait déjà entrepris d’épousseter ses jambes de pantalon.

— Nous n’aurions pas pu suivre Fain dans cet enfer…, dit Rand en tapotant le bras de l’Ogier. Merci, car tu nous as vraiment sauvés.

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