Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Серия: Qeng Ho (fr) #2
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-09029-2
- Переводчик: Bernard Sigaud
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]». Краткое содержание книги:
Le système de MarcheArrêt n’a jamais été exploré. Et voilà que deux expéditions, attirées par les signaux radio, s’y installent. L’une a été montée par les Qeng Ho, un peuple marchand qui parcourt l’espace en achetant et vendant des informations technologiques. L’autre par une civilisation violente et sadique, dite des Émergents, qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie. Son chef, Tomas Nau, cherche à se rendre maître de la planète des Araignées pour exploiter ses ressources. Il lui faut d’abord détruire la flotte Qeng Ho ou s’en emparer.
Mais parmi les Qeng Ho se cache une figure mythique, Pham Nuwen, né mille ans plus tôt, qui connaît tous les tours...
Mais l’air autour d’eux était aussi tiède qu’un soir d’été dans les Années Moyennes. Et le sol était chaud, comme si le soleil des Années Moyennes venait seulement de se coucher et avait laissé la chaleur de l’après-midi s’exhaler vers eux. La plupart des gens autour d’eux ignoraient la disparition de la lumière. Ils riaient, ils chantaient – et portaient des vêtements coûteux et de couleur vive, à croire qu’ils n’avaient jamais songé un seul instant à l’avenir. Peut-être que les riches étaient toujours comme ça.
Les lampes à couleurs froides qui garnissaient les arbres devaient être alimentées par les principales centrales à fission que les entreprises d’Unnerby avaient construites dans les montagnes au-dessus de la caldeira, près de cinq ans auparavant. Elles faisaient scintiller toute la forêt au fond du cratère. Quelqu’un avait importé des fées des bois paresseuses, en avait libéré des dizaines de milliers. Leurs ailes étincelaient en bleu, en vert et en outrebleu sous la lumière tandis que les créatures tourbillonnaient en harmonie avec la foule sous les arbres.
Dans la forêt, les gens dansaient empilés, et certains des plus jeunes grimpaient aux arbres pour jouer avec les fées. La musique devint frénétique lorsqu’ils arrivèrent au centre du bois et abordèrent une pente douce qui menait aux propriétés du niveau inférieur. Unnerby était désormais habitué à voir des gens hors phase. Même si son instinct les traitait toujours de pervers, ils étaient vraiment indispensables. Il y en avait beaucoup qu’il aimait et respectait. À droite et à gauche de sa personne, Arla et Brun lui frayaient discrètement un passage. Ses deux gardes du corps étaient des hors-phase d’une vingtaine d’années, juste un peu plus âgées que devrait l’être maintenant la petite Victory. De braves gosses, aussi efficaces que les soldats aux côtés desquels il s’était battu. Oui, cas par cas, Hrunkner Unnerby avait fini par surmonter son dégoût. N’empêche que… je n’ai jamais vu autant de hors-phase ensemble.
— Hé, le vieux, viens danser avec nous !
Deux jeunes créatures et un faucheux se jetèrent sur lui. Arla et Brun le libérèrent tant bien que mal sans jamais cesser de jouer elles-mêmes les boute-en-train. Unnerby eut le temps d’entrevoir ce qui semblait être une mue de quinze ans. À croire que toutes les images gravées du péché et de l’indolence venaient brusquement de prendre forme. Certes, l’air était agréablement chaud, mais il apportait la puanteur du soufre. Certes, le sol était agréablement chaud, mais Unnerby savait que ce n’était pas la chaleur du soleil. Au contraire, c’était la chaleur de la terre elle-même, une chaleur qui ne cessait de se propager, telle celle émise par un corps en putréfaction. Un profond creusé ici serait un piège mortel, si chaud que la chair des dormeurs pourrirait sous leurs carapaces.
Unnerby ne savait pas comment Arla et Brun s’étaient débrouillées, mais ils se retrouvèrent enfin de l’autre côté de la forêt. Il y avait encore de la foule et des arbres, mais on n’entendait plus le délire au fond du cratère. Les gens dansaient assez calmement pour ne pas déchirer leurs vêtements. Ici, les fées des bois s’enhardissaient à se poser sur les vestes des danseurs et à agiter impudemment la dentelle multicolore de leurs ailes. Partout ailleurs dans le monde, ces créatures avaient perdu leurs ailes depuis bien des années. Cinq ans plus tôt, Unnerby avait arpenté les rues de Princeton après une forte gelée : ses bottes écrasaient des milliers de pétales colorés – les ailes des fées des bois laborieuses qui s’enfouissaient profondément pour pondre leurs œufs minuscules. La variété paresseuse aurait peut-être quelques étés de plus à vivre, mais elle était condamnée… ou aurait dû l’être.
Ils montèrent de plus en plus haut sur les premières pentes du cratère. Devant eux, les résidences du Bas-Déclin s’étiraient en un cercle lumineux tout autour de la paroi. Bien sûr, aucune n’avait plus de dix ans, mais la plupart étaient construites dans le style « parasol » de la dernière génération. Si les constructions étaient neuves, la fortune et les familles étaient anciennes. Presque chaque propriété occupait un secteur sur la paroi du cratère. Les habitations du Haut-Déclin, à mi-pente, étaient souvent obscures, rendues inutiles par leur architecture ouverte. Unnerby voyait la neige luire sur ces demeures élevées. La résidence de Sherkaner était quelque part là-haut, au milieu des gens assez riches pour pouvoir climatiser la partie supérieure de leur propriété, mais trop pauvres pour reconstruire une maison tout en bas du cratère. Sherkaner savait que même Calorica Bay ne pouvait échapper à l’enténèbrement du Soleil… il fallait pour cela l’énergie nucléaire.
Entre les lumières de la forêt au fond de la caldeira et celles de la ceinture de résidences régnait l’ombre. Les fées des bois s’envolèrent, leurs ailes à peine luisantes, pour retourner en bas. L’odeur de soufre était atténuée, moins tranchante que le froid de l’air pur. Au-dessus d’eux, les étoiles et le pâle disque solaire peuplaient un ciel obscur. La Ténèbre était bien réelle. Unnerby contempla le ciel un moment en essayant d’ignorer les lumières au fond du volcan. Il se força à rire.
— Dites, vous deux, qu’est-ce qui vous plairait le plus, un contact franc avec l’ennemi ou un deuxième passage dans la populace ?
La réponse d’Arla Undergate était sérieuse.
— J’opterais pour la populace, bien sûr. Mais… c’était très bizarre, tous ces gens.
— Inquiétant, tu veux dire.
Brun n’avait pas l’air rassurée.
— Ouais, dit Arla. Mais, t’as remarqué ? Y en avait pas mal qui avaient la frousse, aussi. Je sais pas, moi, c’est comme si c’étaient tous des… comme si on était tous des fées des bois paresseuses. Quand tu regardes en l’air et que tu vois la Ténèbre pour de bon, quand lu vois que le soleil est mort… t’es pas grand-chose.
— Ouais.
Unnerby ne savait pas quoi ajouter. Ces deux jeunesses étaient hors phase. Elles n’avaient sûrement pas été submergées de notions tradoques toute leur vie. Et pourtant, elles partageaient un peu les incertitudes viscérales de Hrunkner Unnerby. Intéressant.
— Magnez-vous. La gare du funiculaire est quelque part dans les parages.
Quarante et un
La plupart des résidences du niveau moyen étaient d’immenses demeures en pierre à la charpente massive qui prolongeaient des grottes naturelles dans la paroi du cratère. Hrunkner s’attendait à une sorte de « Colline Sud », mais, en fait, la maison d’Underhill était décevante. Elle ressemblait à l’annexe réservée aux invités qui pourrait flanquer l’une des vraies résidences, et la plus grande partie de l’espace habitable était partagée avec le personnel de sécurité, dont l’effectif était multiplié par deux maintenant que le chef y séjournait. Unnerby fut informé que sa précieuse cargaison avait déjà été livrée et qu’on l’appellerait bientôt. Arla et Brun obtinrent confirmation écrite qu’elles l’avaient livré lui et Hrunk fut invité à prendre place dans un salon du personnel pas excessivement spacieux. Il passa l’après-midi à lire de très vieux magazines d’information.
— Sergent ? dit le général Smith, debout sur le pas de la porte. Mes excuses pour le retard.
Elle portait un uniforme de quartier-maître sans signes distinctifs, à l’instar de son prédécesseur Strut Greenval. Sa silhouette était presque aussi mince et délicate que d’habitude, bien que ses gestes semblent un peu raides. Hrunkner retraversa derrière elle la section des services de sécurité puis gravit un escalier tournant en bois.