Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Серия: Qeng Ho (fr) #2
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-09029-2
- Переводчик: Bernard Sigaud
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]». Краткое содержание книги:
Le système de MarcheArrêt n’a jamais été exploré. Et voilà que deux expéditions, attirées par les signaux radio, s’y installent. L’une a été montée par les Qeng Ho, un peuple marchand qui parcourt l’espace en achetant et vendant des informations technologiques. L’autre par une civilisation violente et sadique, dite des Émergents, qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie. Son chef, Tomas Nau, cherche à se rendre maître de la planète des Araignées pour exploiter ses ressources. Il lui faut d’abord détruire la flotte Qeng Ho ou s’en emparer.
Mais parmi les Qeng Ho se cache une figure mythique, Pham Nuwen, né mille ans plus tôt, qui connaît tous les tours...
Calorica Bay était l’une des merveilles du monde depuis les temps les plus anciens. C’était l’un des trois seuls sites volcaniques connus – et les deux autres étaient sous la glace et l’océan. La baie elle-même était en réalité le cratère écroulé du volcan, et les eaux de l’océan noyaient la plus grande partie de la cheminée centrale.
Dans les premières années d’un Nouveau Soleil, c’était l’enfer absolu, bien qu’alors il n’y ait personne pour l’observer directement. Les parois abruptes de la cuvette concentraient le rayonnement solaire et les températures grimpaient au-dessus du point de fusion du plomb. Apparemment, cela provoquait – ou permettait – un épanchement rapide de la lave et une série continue d’explosions qui avaient déjà remodelé les parois du cratère avant que le soleil atteigne le stade de la Clarté Moyenne. Même dans ces années-là, seuls les explorateurs les plus téméraires se hissaient sur l’altiplano par-dessus le rebord du cratère.
Mais quand le soleil entrait dans le Déclin de son cycle, un autre type de visiteurs apparaissait. Tandis que les terres septentrionales et australes subissaient des hivers de plus en plus rigoureux, les parties les plus élevées du cratère demeuraient agréablement chaudes. Et lorsque la planète se refroidissait, des sections de plus en plus basses de la cuvette volcanique devenaient d’abord accessibles, puis paradisiaques. Pendant les cinq dernières générations, Calorica Bay était devenue la station la plus chic du Déclin, l’endroit où des gens assez riches pour ne pas être obligés de travailler et d’économiser en vue de la Ténèbre pouvaient venir prendre du bon temps. Au plus fort de la Grande Guerre, lorsque Unnerby arpentait la neige sur le Front de l’Est – et même plus tard, lorsque l’essentiel des combats se déroulait dans les tunnels –, même à cette époque-là, il se rappelait avoir vu des gravures colorées montrant les loisirs typiques de la Clarté Moyenne auxquels s’adonnaient les riches oisifs au fond du cratère de Calorica.
En un sens, Calorica au début de la Ténèbre préfigurait le mode de vie que l’ingénierie moderne et l’énergie atomique allaient apporter à toute la population de la planète d’un bout à l’autre de la Ténèbre. Unnerby se dirigea droit vers les lumières et la musique et se demanda ce qu’il allait voir.
Les groupes fluaient et refluaient dans tous les sens. Il y avait des rires, de la musique d’ambiance, et, çà et là, des éclats de voix. Les gens étaient bizarres par tant de côtés qu’Unnerby mit un certain temps à remarquer les détails les plus importants.
Il laissa les remous de la foule ballotter leur trio comme des particules en suspension. Il imaginait très bien la nervosité d’Arla et de Brun en présence d’une foule d’inconnus non contrôlés. Mais elles s’en tirèrent honorablement, se fondant dans le chahut général et ne restant qu’accidentellement à portée de bras d’Unnerby. En quelques minutes, ils avaient été entraînés tous les trois jusqu’au bord de l’eau. Certains individus agitaient des bâtonnets d’encens fumants au milieu de la foule, mais un parfum plus prononcé montait du fond du cratère, une odeur sulfureuse portée par la brise chaude. De l’autre côté de l’eau, au milieu de la baie, la roche en fusion rayonnait dans le rouge, le proche infra-rouge et le jaune. De la vapeur montait en volutes tout autour du monticule central. Enfin une étendue d’eau où personne n’avait besoin de se préoccuper de léviathans ni de glace des profondeurs ! Même si une explosion volcanique serait tout aussi meurtrière.
— Merde !
Contre toute attente, Brun bouscula Unnerby pour l’éloigner du bord de l’esplanade.
— Regardez, là-bas dans l’eau ! Des gens sont en train de se noyer !
Unnerby scruta une seconde l’endroit qu’elle lui montrait.
— Ils ne se noient pas. Ils se… par la Ténèbre, ils jouent dans l’eau !
Les silhouettes à moitié immergées portaient des espèces de flotteurs qui les empêchaient de couler. Ils contemplèrent tous les trois ce spectacle, médusés, et Unnerby remarqua qu’ils n’étaient pas les seuls à être surpris, bien que la plupart des autres badauds essaient de dissimuler leur stupéfaction. Pourquoi des gens joueraient-ils à se noyer ? Dans un but militaire, peut-être ; à une époque plus chaude, la Parenté comme l’Accord avaient eu des navires de guerre.
Trente pieds en dessous de la balustrade en pierre, un autre fêtard plongea bruyamment. Soudain, le bord de l’eau sembla s’ouvrir sur une falaise meurtrière. Unnerby recula, loin des cris de plaisir ou d’horreur qui montaient de la surface. Sans se presser, ils firent tous les trois demi-tour et traversèrent l’esplanade pour gagner des arbres enguirlandés de lumières. D’ici, sur cet espace dégagé, ils voyaient parfaitement le ciel et les parois de la caldeira.
C’était le milieu de l’après-midi, mais, n’étaient les couleurs froides des lampes dans les arbres et les couleurs chaudes rayonnant au centre du cratère, il faisait aussi noir qu’une nuit normale. Le soleil les dominait, tache imprécise dans le ciel, disque rougeâtre criblé de petites marques sombres.
Le Jour Premier de la Ténèbre. La date exacte fluctuait légèrement selon les religions et les nations. Le Nouveau Soleil commençait dans une fulgurante explosion de lumière, bien que personne ne demeure en vie pour la voir. Mais l’extinction des feux était un lent déclin qui s’étalait presque sur toute la durée de la Clarté. Depuis trois ans, le soleil n’était plus qu’un astre pâle qui réchauffait à peine le dos en plein midi, assez sombre pour qu’on puisse le regarder les yeux grands ouverts. Depuis un an, les étoiles les plus brillantes étaient visibles en plein jour. Malgré tout, ce n’était pas officiellement le début de la Ténèbre, bien que cela signifie que les plantes vertes ne pouvaient plus pousser, qu’il valait mieux avoir l’essentiel des provisions dans son profond et que des plantations de tubéreuses et des élevages de vers seraient les seules sources de nourriture avant que vienne l’heure de se retirer sous terre.
Dans ce glissement progressif vers l’oubli, qu’est-ce qui marquait donc l’instant – ou, du moins, le jour – premier de la Ténèbre ? Unnerby fixa directement le soleil. Il était de la couleur d’un poêle chaud, mais était si peu lumineux qu’on ne sentait aucune chaleur. Il ne s’assombrirait plus. Avec rien d’autre que la clarté stellaire et ce disque rougeâtre pour l’illuminer, le monde ne cesserait plus de se refroidir, tout simplement. À partir de maintenant, l’air serait trop froid pour être facilement respiré. Dans les générations passées, cela marquait le début de l’ultime ruée pour stocker les provisions de première nécessité dans le profond ; la dernière chance qu’avait un père de préparer l’avenir de ses petits faucheux ; une période de forte mobilité, de trahisons et de lâchetés sans nombre lorsque tous ceux qui s’étaient incomplètement préparés affrontaient la réalité de la Ténèbre et du froid.
L’attention de Hrunk fut attirée par les gens sur l’esplanade entre lui et les arbres. Certains – de vieux faucheux et beaucoup de la génération actuelle – levaient les bras en direction du soleil puis les baissaient pour étreindre la terre et la promesse que représenterait le long sommeil.