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READ-E-BOOK » Космическая фантастика » Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]
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Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]

Электронная книга - «Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]». Краткое содержание книги:

Dans la Galaxie, l’étoile MarcheArrêt représente une énigme : elle observe un cycle de deux cent cinquante ans, s’éteint pendant deux cent quinze puis se rallume pour trente-cinq ans. Son unique planète est habitée par des araignées intelligentes qui viennent d’inventer la radio.
Le système de MarcheArrêt n’a jamais été exploré. Et voilà que deux expéditions, attirées par les signaux radio, s’y installent. L’une a été montée par les Qeng Ho, un peuple marchand qui parcourt l’espace en achetant et vendant des informations technologiques. L’autre par une civilisation violente et sadique, dite des Émergents, qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie. Son chef, Tomas Nau, cherche à se rendre maître de la planète des Araignées pour exploiter ses ressources. Il lui faut d’abord détruire la flotte Qeng Ho ou s’en emparer.
Mais parmi les Qeng Ho se cache une figure mythique, Pham Nuwen, né mille ans plus tôt, qui connaît tous les tours...
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« Tu as raison, Pham. Il se pourrait que le vote te soit favorable… et c’est pour cela qu’il n’y en aura pas, du moins pas sous la forme que tu crois.

Un instant, son esprit refusa d’enregistrer ces paroles. Pham Nuwen avait été exposé à la trahison cent fois. Le sens en était gravé dans sa chair avant même qu’il ait vu son premier vaisseau interstellaire. Mais… Sura ? Sura était la seule personne à qui il puisse faire confiance en toutes occasions, sa dame secourable, son amante, sa meilleure amie, celle avec qui il avait intrigué toute sa vie. Et maintenant…

Pham jeta un coup d’œil circulaire dans la pièce. Son esprit subissait un changement de perspective plus profond que tous ceux qu’il avait connus dans sa vie. En plus de Sura, il y avait ses collaborateurs, au nombre de six. Il y avait aussi Ratko, Butra et Qo. Quant à ses propres assistants… il ne lui restait que Sammy Park. Sammy se tenait un peu à l’écart ; il avait l’air écœuré.

Finalement, il se retourna vers Sura.

— Je ne comprends pas… je ne sais pas quel jeu tu joues, mais je ne vois pas comment tu peux modifier le vote. Un million de personnes m’ont entendu.

Sura soupira.

— Elles t’ont entendu, et lu aurais peut-être la majorité de justesse dans un scrutin honnête. Or bien des gens dont tu crois qu’ils te soutiennent… sont en réalité avec moi.

Elle hésita, et Pham se tourna à nouveau vers ses trois enfants. Ratko évita son regard, mais Butra et Qo le fixèrent avec une lugubre fermeté.

— Nous n’avons jamais voulu te faire du mal, papa, dit Ratko en le regardant enfin. Nous t’aimons. Cette réunion, toute cette mascarade était censée te montrer que les Qeng Ho ne pouvaient pas être ce que tu voulais. Mais les choses n’ont pas tourné comme nous l’avions prévu…

Ce que disait Ratko n’avait pas d’importance. C’était l’expression sur le visage de ses enfants. La même dureté que chez les frères et sœurs de Pham certain matin à Canberra. Et l’amour filial là-dedans… une mascarade ?

Il se retourna vers Sura.

— Alors, comment proposes-tu de gagner ? Avec la mort soudaine et accidentelle d’un demi-million de personnes ? Ou rien que l’assassinat sélectif de trente mille nuwenistes purs et durs ? Ça ne marchera pas, Sura. Il y a bien trop de gens honnêtes, là-bas. Peut-être que tu pourras l’emporter aujourd’hui, mais les paroles resteront, et, tôt ou tard, tu auras ta guerre civile.

Sura secoua la tête.

— Nous ne voulons tuer personne, Pham. Et le texte ne sera pas diffusé, du moins pas à grande échelle. Ton discours restera dans la mémoire des gens présents dans la salle, mais leurs enregistreurs utilisent pour la plupart nos automatismes d’information. Ça fait partie de notre hospitalité, au cas où tu l’aurais oublié. Finalement, ton discours sera toiletté pour produire une version… moins dangereuse.

« Les vingt prochaines Ksec, tu seras en réunion spéciale avec ton opposition. Réunion au terme de laquelle tu annonceras un compromis : le Qeng Ho investira beaucoup plus dans les services d’information en réseau, ces techniques qui peuvent aider à reconstruire des civilisations. Mais, convaincu par nos arguments, tu retireras ton idée d’administration interstellaire.

Une mascarade.

— Vous pourriez truquer ça. Mais ensuite, vous seriez encore obligés de tuer pas mal de gens.

— Non. Tu annonceras ton nouvel objectif, une expédition vers l’autre côté de l’Espace Humain. Il sera clair qu’il y a une part d’amertume là-dedans, mais tu nous souhaiteras bonne chance. Ton escadre au long cours est prête, Pham, et t’attend à vingt degrés environ en revenant sur la Brèche. Nous l’avons sincèrement bien équipée. L’automatisation de ton escadre est d’une qualité inhabituelle, bien trop coûteuse pour être rentable. Tu n’auras pas besoin d’une Veille permanente, et le premier réveil aura lieu dans plusieurs siècles.

Pham scruta chaque visage l’un après l’autre. La manœuvre frauduleuse envisagée par Sura ne pourrait aboutir que si la plupart des commandants d’escadre dont il croyait avoir l’appui étaient en fait comme Ratko, Butra et Qo. Et, dans ce cas, uniquement s’ils avaient raconté des mensonges appropriés à leurs gens.

— Depuis combien de temps tu prépares ça, Sura ?

— Depuis que tu étais jeune homme, Pham. Presque toute ma vie. Mais j’ai prié pour qu’on n’en arrive jamais là.

Pham hocha la tête, abasourdi. Si elle avait préparé son coup si longtemps à l’avance, il n’y aurait pas d’erreurs manifestes. Aucune importance.

— Tu dis que mon escadre m’attend ?

Il se tordit les lèvres sur ces mots.

— Et tous les irréductibles vont former l’équipage, pas vrai ? Combien sont-ils ? Trente mille ?

— Beaucoup moins que ça, Pham. Nous avons étudié de très près le noyau dur de tes partisans.

Qui voudrait de son propre gré partir pour un voyage sans retour qui durerait une éternité ? Ils avaient soigneusement veillé à ce que tous ces admirateurs évitent d’aller dans cette pièce. Tous, sauf Sammy.

— Sammy ?

Le commandant du vaisseau amiral soutint son regard, mais ses lèvres tremblaient.

— Monsieur, je suis d-désolé. Jun veut une autre vie pour moi. Nous… nous sommes toujours Qeng Ho, mais nous ne pouvons pas embarquer avec vous.

— Ah ! dit Pham en inclinant la tête.

Sura flotta plus près de lui, et Pham s’aperçut qu’en prenant son élan il pourrait probablement saisir la poignée de son fauteuil et enfoncer son poing droit dans sa maigre poitrine capitonnée. Et me fracturer la main pour ma peine. Le cœur de Sura était une machine depuis des siècles.

— Mon fils ? Pham ? C’était un beau rêve, et qui, au fil des siècles, a fait de nous ce que nous sommes. Mais, finalement, ce n’était qu’un rêve. Un rêve déçu.

Pham se détourna sans répondre. Il y avait maintenant des gardes près de la porte ; ils attendaient pour l’escorter. Il ne regarda pas ses enfants. Il frôla Sammy Park sans un mot. Quelque part dans les profondeurs froides et tranquilles de son cœur, il souhaita bonne chance au commandant de son vaisseau amiral. Sammy l’avait trahi, mais pas comme les autres. Et Sammy croyait sans aucun doute ce mensonge d’une super-escadre. Il espéra que Sammy ne connaîtrait jamais la vérité. Qui donc financerait une escadre telle que Sura l’avait décrite ? Pas des mercantis roublards comme Sura Vinh et ses enfants au visage de pierre qui avaient machiné sa perte. Il était bien plus rentable et bien plus sûr de construire une escadre de vrais cercueils. Mon père aurait compris. Les meilleurs ennemis sont ceux qui dorment éternellement.

Une cabine minuscule, très sombre, comme on en donnerait à un officier subalterne dans un temp’ de modestes dimensions. Des vestes de travail flottant dans un sac-housse. Une plaque nominative chuchota et un nom se matérialisa dans son champ de vision : Pham Trinli.

Comme toujours lorsque Pham cédait à la colère, les souvenirs étaient plus réalistes que toute imagerie ATH et le retour au présent était une sorte de moquerie. La « super-escadre » de Sura n’était pas une escadre de cercueils. Même maintenant, deux mille ans après la trahison de Sura, Pham ne pouvait toujours pas se l’expliquer. Très vraisemblablement, il y avait eu d’autres traîtres, dotés d’un certain pouvoir et d’un reste de conscience, qui avaient insisté pour que Pham et ceux qui refusaient de le trahir ne soient pas exécutés. La prétendue « escadre » n’était guère plus que des cargos ramjet réaménagés avec juste assez de place pour les réfugiés et leurs cuves cryostatiques. Mais chaque vaisseau de l’« escadre » était lancé sur une trajectoire séparée. Mille ans plus tard, ils étaient dispersés tous azimuts dans l’Espace Humain.

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