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Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
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— Oui, Excellence, fit Mercurio, percevant l’angoisse qui tenaillait Giustiniani. Il est à Mestre. Dans l’hôpital d’Anna del Mercato. Tout le monde connaît l’endroit. »

L’aristocrate se tourna vers l’un de ses valets. « Partons », lui dit-il.

« Arrêtez-le ! entendit-on soudain dans le vacarme de la foule. Le voilà ! Arrêtez-le ! »

Mercurio vit le commandant des gardes du Palais des Doges le montrer du doigt. Il se cacha immédiatement parmi les gens.

Les soldats se lancèrent à sa poursuite. L’un d’eux était sur le point de l’attraper quand un homme, dans la foule, trébucha et lui tomba dessus, le faisant rouler à terre avec lui.

« Imbécile ! », hurla le jeune soldat, furieux que l’incident lui ait fait perdre la trace de Mercurio.

« Pardonnez, votre Seigneurie, dit Isacco en se relevant et en retenant le soldat sous prétexte d’épousseter son uniforme. On m’a poussé… je suis désolé…

— Vieux con de merde », fit le garde en le repoussant.

Isacco s’inclina humblement et disparut à son tour dans la foule. Au loin, l’espace d’un instant, il entrevit les boucles brunes de Mercurio qui quittait la place Saint-Marc.

“Je me suis trompé sur ton compte, mon garçon. Tu mérites Giuditta.”

83

« Ouvre, dit Lanzafame au garde.

— Elle n’est pas là.

— Et où est-elle ?

— Là-haut. Il y a une pute qui la prépare », dit le garde en riant.

Lanzafame lui tourna le dos et monta au premier étage du Palais des Doges, suivi de ses soldats, jusqu’à une logette devant laquelle il reconnut les gardes de la prison. « Elle est ici ? », demanda-t-il.

Le commandant des gardes se tourna mollement vers lui, le nez gonflé, deux gros cocards aux yeux, tamponnant ses narines avec un mouchoir couvert de morve et de traces de sang. Sans répondre, il se pencha à l’intérieur de la logette. « Elle est prête ? T’as pas bientôt fini ?

— Ça y est », dit une voix de femme à l’intérieur.

Le commandant se tourna vers Lanzafame. « Elle est à vous, capitaine. »

Lanzafame entra dans la petite pièce.

« Arrête de pleurer, connasse ! disait la prostituée, de dos. Tu défais tout le travail que… »

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Lanzafame, avec colère, l’écarta et la rejeta contre le mur. « Tais-toi, salope », grogna-t-il. Il posa la main sur l’épaule de Giuditta. « Viens, dit-il avec gentillesse. Nous devons y aller. »

Giuditta acquiesça, en reniflant.

« Viens », répéta Lanzafame en l’entraînant hors de la logette.

Dès qu’ils la virent, les gardes se mirent à siffler et à rire.

Elle baissa la tête en rougissant.

Le capitaine les foudroya du regard et fit signe à ses soldats de se ranger autour de Giuditta. Il resta près d’elle, la soutenant par le bras comme s’il avait peur qu’elle ne tombe, et ils descendirent les escaliers en silence.

« Je suis à faire peur, dit Giuditta d’une petite voix quand ils furent près de la porte qui donnait sur l’extérieur.

— Arrêtez-vous », ordonna Lanzafame à ses hommes. Il regarda Giuditta et son visage maquillé avec lourdeur et vulgarité. Sa robe était si décolletée qu’il ne restait pas grand-chose à deviner de sa poitrine. On lui avait remis aux pieds des chaussures surélevées de courtisane.

« Je suis à faire peur, n’est-ce pas ? »

Lanzafame prit son propre mouchoir et le passa avec énergie sur les yeux de Giuditta, enlevant un peu de la couche épaisse de fard noir passée sur ses paupières. Puis il ôta le vermillon de sa bouche dessinée en forme de cœur. « Voilà. C’est mieux », dit-il. Il baissa les yeux sur son décolleté. « N’y pense pas. » Il fit signe à ses soldats de continuer d’avancer.

Dehors, bien qu’on fût au tout début de la matinée, la lumière du soleil était éblouissante. L’air était chaud et humide, étouffant.

« Sorcière ! Juive ! Putain de Satan ! Maudite ! », cria aussitôt la petite foule qui attendait à l’extérieur.

« Dégagez ! », ordonna Lanzafame.

Les deux soldats en tête de l’escouade n’hésitèrent pas à frapper un excité qui avait craché en direction de Giuditta. La foule comprit et s’écarta, suivant le cortège sans plus chercher à créer de problème.

« Ne les écoute pas, dit Lanzafame à Giuditta.

— Et comment ? », tenta de plaisanter celle-ci.

Le capitaine hocha la tête. Ils avaient quitté la piazza San Marco, pris la calle dell’Ascensione, et marchaient à présent dans la salizada di San Moisè. Alors seulement Lanzafame demanda : « Ton défenseur est venu te parler ? »

Giuditta eut une expression étonnée. « Il devait venir ?

— Merde ! laissa échapper Lanzafame.

— C’est grave ? demanda Giuditta, inquiète.

— Non… bien sûr que non… », s’obligea à dire Lanzafame. Il resta silencieux. Ce n’était pas un signe encourageant que le défenseur ne se soit même pas présenté. Il espéra que le procès ne serait pas la farce qui semblait s’annoncer. Ils dépassèrent le campo San Moisè puis tournèrent à droite vers la paroisse de San Bartolammeo, mais avec divers détours pour éviter la calle degli Specchieri où Giuditta aurait vu son reflet dans toutes les boutiques des miroitiers.

En longeant le rio dei Fuseri, à San Luca, le capitaine remarqua une barque. À bord, il reconnut les deux gigantesques bonevoglies qui accompagnaient toujours Mercurio. La barque les suivit à distance, presque jusqu’à San Bartolammeo. Puis elle s’amarra à un petit ponton de bois. Lanzafame imagina qu’ils étaient là en soutien.

Beaucoup de gens étaient déjà rassemblés devant le collège canonique dei Santi Cosma e Damiano. Dès qu’ils aperçurent Giuditta, ils commencèrent à s’agiter, comme l’eau plate de la lagune quand elle se ride sous un coup de vent nerveux.

« Restez groupés et ne permettez à personne de s’approcher », dit Lanzafame à ses soldats. Puis il serra le bras de Giuditta. « Sois tranquille. Je veille sur toi. »

Ils fendirent la foule qui s’écartait en insultant la sorcière. Giuditta regardait autour d’elle, cherchant Mercurio. Quand elle l’avait vu la veille, depuis sa cage suspendue, sur la place du Palais des Doges, elle avait eu la sensation que tout n’était pas perdu. À ce moment-là seulement, elle avait compris pourquoi elle avait voulu que Mercurio soit averti. Sous son regard, elle se sentait plus en sécurité ; elle pouvait tout supporter, s’il partageait ses souffrances.

« Putain de Satan ! Sorcière ! »

Lanzafame tirait Giuditta par le bras pour lui faire rapidement traverser l’esplanade devant le collège canonique. Mais Giuditta résistait, continuant de chercher Mercurio.

« Il est sûrement déjà à l’intérieur », lui dit le capitaine.

Giuditta se tourna vers lui.

« Il sera déguisé parce que le commandant des gardes le cherche, tu ne le reconnaîtras sans doute pas… mais il sera là.

— Vraiment ? demanda Giuditta d’une petite voix.

— Oui, dit Lanzafame pour la rassurer. Mais il faut y aller. Je n’aime pas rester au milieu de tous ces fanatiques. » Il regarda ses soldats. « Pressons ! »

Ils pénétrèrent par l’entrée latérale du collège, surveillée par deux gardes armés qui s’écartèrent aussitôt, et se retrouvèrent dans une salle froide et dépouillée.

« Nous sommes prêts, maintenant », dit le Saint en les voyant.

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