Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Les enfants de Venise - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
1 ... 162 163 164 165 166 167 168 169 170 ... 188
Перейти на страницу:

Entouré d’un petit groupe de clercs et de prélats, le patriarche de Venise fronça les sourcils dès qu’il aperçut Lanzafame. « À l’avenir, j’aimerais que ce soit l’accusée qui nous attende plutôt que l’inverse », fit-il d’une voix agacée.

Lanzafame écarta les bras pour s’excuser. « Je suis désolé, patriarche, mais la… la maquilleuse demandée par l’Inquisitor n’avait pas fini de la préparer. »

Le patriarche se tourna vers le Saint.

« Cela ne se reproduira plus, dit aussitôt le frère.

— Allons, pressons », fit le patriarche en ouvrant le chemin.

Derrière lui prirent place le Saint, les prélats, un dominicain qui avançait prudemment, les clercs et enfin Lanzafame avec Giuditta.

La salle du collège canonique dei Santi Cosma e Damiano était immense, avec un plafond très haut aux travées sombres et des colonnes sur les côtés. Une estrade basse avait été prévue, où prendraient place le patriarche et les prélats du conseil, ainsi qu’une grande table sur la droite pour l’Inquisitor et le défenseur. Sur la gauche, une cage dans laquelle on fit entrer Giuditta.

Quand Mercurio la vit, enfermée comme une bête féroce, il eut un coup au cœur. “Résiste”, pensa-t-il en essayant de ne pas s’abandonner à sa douleur.

Dans toute la salle, face à l’estrade, s’alignaient des bancs où un public populaire accouru pour le procès était déjà installé. Ceux qui n’avaient pu s’asseoir s’étaient massés au fond et sur les côtés, remplissant chaque espace entre les colonnes. D’autres se pressaient près de l’entrée, espérant au moins entendre. Quant à ceux qui étaient dehors, sur l’esplanade brûlée de soleil, il ne leur restait qu’à imaginer ce qui se passait à l’intérieur.

Le patriarche se dirigea vers le fauteuil au milieu de l’estrade. Il fit signe à l’un de ses prélats en soutane de soie et ceinture de satin de s’asseoir près de lui. Mais Jacopo Giustiniani, d’un bond agile, le devança et vint occuper le fauteuil voisin du patriarche.

« Patriarche, précisa Giustiniani pendant que la foule se taisait, ceci est un événement suffisamment important pour que les autorités de Venise se rangent aux côtés de l’Église. »

Le patriarche se crispa. Il n’avait pas l’intention de partager les mérites du procès.

Giustiniani continua à l’adresse du public : « Vous êtes leur troupeau, mais vous êtes aussi nos concitoyens bien-aimés, dit-il. Ainsi l’on pourra dire qu’au tribunal il y avait des hommes et pas seulement des moutons. »

Les gens se mirent à rire pendant que le noble s’installait.

« Giustiniani, siffla tout bas le patriarche, qu’est-ce qui vous prend ?

— Patriarche, vous le savez. Vous êtes prêtre, mais vous êtes surtout vénitien…, répondit Giustiniani avec un sourire. Venise ne peut pas rester en dehors d’un événement si important. Nous ne pouvons rester en arrière de l’Église, fût-ce d’un seul pas. » Il écarta les bras. « Je sais que vous me comprenez. »

Le patriarche tenta de masquer l’agacement qui l’avait rendu écarlate et sourit à la foule. « Que le procès soit ouvert », annonça-t-il. D’une main, il indiqua le Saint, sur sa gauche. « Le paladin de l’Église, l’Inquisitor, frère Amadeo da Cortona. »

“Puisses-tu être maudit”, pensa Mercurio.

Le Saint s’inclina devant le patriarche puis se tourna vers les gens, les mains levées, exhibant ses stigmates.

« Venez, Inquisitor. Approchez-vous que je vous donne notre bénédiction. »

Le frère s’agenouilla au pied de l’estrade.

« Plus près », dit le patriarche. Quand le Saint fut sur l’estrade, il lui prit le visage entre ses mains. « Je vous baise au nom de notre Seigneur Jésus-Christ… », dit-il en approchant sa bouche de la joue droite du moine. « Cesse de montrer ces trous, bouffon », lui siffla-t-il dans l’oreille en feignant de le baiser. Puis il porta ses lèvres à sa joue gauche. « Et rappelle-toi que nous n’avons pas besoin d’aveux. Le peuple l’a déjà condamnée. Tu dois seulement veiller à ce qu’il ne change pas d’idée. » Il le regarda dans les yeux. « Amen ! ajouta-t-il à voix haute.

— Amen, répondit le Saint qui revint à sa place.

— Et maintenant le défenseur, dit le patriarche d’un ton plus expéditif, pour montrer que celui qu’il allait présenter ne comptait pour rien à ses yeux. Père Wenceslao… quel drôle de nom vous avez, mon père… », dit-il en souriant.

La foule se mit à rire.

« Père Wenceslao da Ugovizza. Où se trouve donc Ugovizza ? »

Les gens se tournèrent vers le dominicain assis à la grande table, en tunique et scapulaire blancs avec cape noire à capuche. Celui-ci se leva d’un pas incertain. Ses yeux étaient laiteux, voilés par la cataracte. Il se tourna vers le patriarche sans bien pouvoir le situer. « Excellence, c’est une petite localité dans les Alpes qui appartient aux évêques de Bamberg, en Bavière.

— Vous êtes donc allemand ?

— Non, Excellence…

— Peu importe, coupa le patriarche. Nous ne sommes pas ici pour étudier la géographie, dit-il en s’adressant au public, qui rit de nouveau. Êtes-vous prêt pour votre… charge ingrate, père Wenceslao ?

— À vrai dire, pas exactement, dit le dominicain en faisant le tour de la table avec prudence, les mains en avant pour ne pas tomber. Je ne sais rien des procès d’Inquisition. »

Le patriarche se raidit. « Père, vous n’avez pas à être aussi modeste.

— Non, non. C’est la vérité, Excellence, fit le dominicain.

— Alors, fiez-vous à la volonté du Seigneur.

— Je ferai comme vous m’ordonnez, dit le défenseur en s’inclinant.

— Je n’ordonne pas, corrigea le patriarche, mal à l’aise. Je suggère, simplement.

— Mais toute suggestion de votre part est pour moi comme un ordre », fit humblement le père Wenceslao.

Les gens riaient.

Isacco, dans les premiers rangs, regarda sa fille et lui montra ses deux poings serrés pour l’encourager. Puis, en colère, il murmura à l’oreille d’Ottavia : « C’est une farce, et ils n’essaient même pas de le cacher ». Il échangea un coup d’œil avec Lanzafame.

Le visage du capitaine était sombre. « Sois tranquille », chuchota-t-il néanmoins à Giuditta.

Elle saisit les barreaux de la cage et regarda l’homme qui allait devoir la défendre. Il ne lui avait même pas fait un signe. Son air était hésitant et modeste, et il avait une légère boiterie, peut-être due à la goutte. Ses yeux étaient voilés, et ses joues du rouge vif de ceux qui boivent. Sa tonsure couverte de pustules. Ses mains sales jouaient constamment avec le rosaire pendu à sa ceinture de cuir.

« Sois tranquille, répéta Lanzafame.

— Vous parlez pour vous ou pour moi ? », demanda Giuditta.

Lanzafame baissa les yeux sans répondre.

« Voulez-vous vous entretenir un instant avec l’accusée ? », intervint Giustiniani en s’adressant au père Wenceslao, pour suggérer qu’il serait bon de le faire.

Le dominicain se tourna vers le patriarche, toujours apparemment sans le situer. Il garda le silence puis hocha la tête. « Non… je dirais que non », fit-il en retournant à la table du plus vite qu’il put. « Bonté divine, parlez donc, vous, murmura-t-il au Saint. Sortez-moi de ce guêpier.

— Je demande à pouvoir commencer mon réquisitoire, Patriarche, s’exclama le Saint avec emphase en se levant.

— Êtes-vous prêt, exceptor ? », demanda le patriarche au frère chancelier, un petit homme d’âge moyen assis devant une écritoire avec une plume d’oie à bec d’or, qu’il trempa d’un geste rapide dans un gros encrier.

1 ... 162 163 164 165 166 167 168 169 170 ... 188
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)