Sodoma: Enquête au cœur du Vatican
- Автор: Martel Frédéric
- Год: 2019
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 978-2-221-22208-9
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:
Pape François
Quant au majordome, s’il n’a pas nommé d’éventuels commanditaires durant son procès expéditif, il a répété avoir agi par devoir. Écoutons-le : « La chose que je ressens avec le plus de force en moi, c’est la conviction d’avoir agi par amour exclusif, je dirais même viscéral, pour l’Église du Christ et pour [le pape]. » « Je ne me considère pas comme un voleur », a insisté Gabriele qui pense que le Vatican est le « royaume de l’hypocrisie », qu’il y avait une « omerta » sur la réalité de ce qui s’y passait. Il a donc agi pour faire éclater la vérité au grand jour et pour protéger « le saint-père qui n’était pas correctement informé ». Dans une interview réalisée pour la chaîne de télévision La Sette, Paolo Gabriele a ajouté : « Voyant le mal et la corruption partout dans l’Église, j’en étais arrivé… à un point de non-retour, mes freins inhibiteurs avaient lâché. J’étais convaincu qu’un choc, même médiatique, pouvait être salutaire pour remettre l’Église sur les rails. » Paolo Gabriele, qui évoque entre les lignes l’hypocrisie et la corruption gay, n’a jamais voulu endosser la pleine responsabilité du délit et s’est toujours refusé à exprimer des remords.
Il est donc probable que Paolo Gabriele a agi pour des commanditaires, même s’il fut le seul à être condamné pour vol aggravé et à écoper de dix-huit mois de prison. Finalement, Benoît XVI, qui considérait le majordome comme « son propre fils », a gracié Gabriele. Le pape, qui l’a rencontré avant de lui pardonner, a lui-même laissé entendre qu’il avait pu être manipulé : « Je ne désire pas analyser sa personnalité. C’est un curieux mélange, ce dont on l’a convaincu ou dont il s’est lui-même convaincu. Il a compris qu’il n’aurait pas dû faire ça », a dit Benoît XVI dans Dernières Conversations.
— La plupart des acteurs de Vatileaks I et II sont homosexuels, me confirme un archevêque de la curie romaine. Ce point explique les deux affaires mais il a été systématiquement dissimulé par le Vatican et minoré par la presse. Il ne s’agit pas d’un lobby, comme on a pu le dire. Il s’agit tout simplement de relations gays et de vengeances interpersonnelles qui en ont résulté. François, qui connaît parfaitement le dossier, a éloigné les fautifs.
LA SECONDE AFFAIRE VATILEAKS, ELLE, COMMENCE À MADRID. Si celle-ci éclate sous François, elle s’est nouée sous Ratzinger. Le vilain de l’histoire s’appelle cette fois Lucio Ángel Vallejo Balda et il est d’un tout autre profil que Paolo Gabriele.
Lors d’une enquête approfondie que je mène en Espagne, le parcours de Vallejo Balda apparaît aussi limpide que ses actions sont opaques. Le journaliste José Manuel Vidal, un ancien prêtre lui-même, me décrit le personnage, lors de plusieurs entretiens à Madrid :
— Vallejo Balda, c’est l’histoire d’un petit curé de campagne qui a pris la grosse tête. Il est beau, attirant, il gravit rapidement les échelons de l’épiscopat espagnol. Il est proche de l’Opus dei : il est donc adoubé par les milieux ultraconservateurs. Ici, à Madrid, il devient proche du cardinal Rouco Varela, un homophobe qui aime être entouré par ce type de garçons, à la fois cadenassés et braques, lequel évolue dans les milieux espagnols catholiques gay-friendly.
Lorsque le pape Benoît XVI et le cardinal Bertone demandent à Rouco de leur recommander un prêtre de confiance pour s’occuper de questions d’argent, le cardinal espagnol leur envoie Balda. Les compétences financières et la moralité du jeune prêtre sont au moins discutables, mais pour Rouco, c’est une occasion inespérée de placer un pion à lui dans l’entourage du pape. Sauf que Balda va se révéler une figure perturbatrice, comme le héros du film Théorème de Pasolini ou le personnage christique de L’Idiot de Dostoïevski : il va faire tourner les têtes et littéralement exploser de l’intérieur le Vatican.
Ordonné prêtre à vingt-six ans, Lucio Ángel Vallejo Balda, un « small town boy » devenu madrilène, était « irrésistible », confirment ceux qui l’ont connu à l’époque. Aujourd’hui âgé de cinquante-cinq ans, et redevenu rural, il est encore bel homme.
— C’était un provincial débarqué de sa province. C’était un ange, comme son prénom. Un charme à la fois de rural et d’arriviste. Il a tout de suite fait une forte impression au cardinal Rouco Varela et d’autant plus qu’il était proche de l’Opus dei, me confie un autre prêtre, interrogé à Madrid.
Sa promotion, voulue par son inventeur Rouco, et son ascension romaine spectaculaire, soutenue notamment par le cardinal espagnol Antonio Cañizarès, suscitent toutefois des réserves en Espagne au sein de la Conférence épiscopale. Aujourd’hui que les langues se délient, j’apprends que certains évêques et cardinaux espagnols ont critiqué publiquement la nomination de Balda à Rome qu’ils considéraient comme « une petite gouape » menant une « vie fripée » de « mauvais genre ».
— Les responsables de la Conférence épiscopale espagnole ont jugé ce choix illégitime et dangereux pour le pape. Il y a même eu une petite fronde contre Rouco sur le sujet, ici à Madrid, me rapporte un prêtre proche de la Conférence épiscopale espagnole.
Toujours est-il que Balda, venu d’une famille pauvre, se retrouve à Rome le diable au corps, où cet ange en exil commence à y mener la dolce vita : les hôtels de luxe, les grands restaurants, les soirées entre garçons et une vie XXL de VIP. Il provoque au-delà du Tibre plus d’une vapeur.
— À Rome, le jeune homme a pété les plombs, me résume plus sévèrement un prêtre romain qui l’a bien connu.
Sans intelligence particulière, mais avec cette audace qui peut tout, Vallejo Balda devient contre toute attente le numéro deux de l’APSA, l’administration de la curie qui gère le patrimoine et l’argent du Vatican. Chargé également du contrôle de la banque du saint-siège, le jeune Espagnol sait maintenant tout. Le « front plein d’éminences », il a de l’entregent et de l’argent. Bertone lui fait une confiance d’autant plus aveugle que l’Italie catholique est en train de devenir, grâce à lui, une auberge espagnole !
Lorsque Vatileaks II éclate, l’ange hispanique aux ambitions frangées et à la vie en feu est le premier soupçonné. Des documents financiers ultra-sensibles sur la banque du Vatican sont publiés dans les livres de deux journalistes italiens, Gianluigi Nuzzi et Emiliano Fittipaldi. Le monde découvre, stupéfait, les innombrables comptes courants illégaux, les transferts de capitaux illicites et l’opacité de la banque du Vatican, preuves à l’appui. Le cardinal Tarcisio Bertone est lui-même épinglé, on l’a vu, pour avoir fait refaire son appartement de luxe, au Vatican, avec l’argent de la fondation de l’hôpital pédiatrique Bambino Gesù.
Au cœur de l’affaire également, une femme◦– c’est si rare au Vatican : Francesca Immacolata Chaouqui, une Italo-Égyptienne de trente et un ans. Laïque, séduisante et communicante, elle plaît aux conservateurs de la curie par sa proximité avec l’Opus dei ; elle déboussole le train-train vaticanesque avec ses méthodes managériales apprises chez Ernst & Young ; surtout, elle affole les rares hétérosexuels de la curie avec sa poitrine avantageuse et ses cheveux de girly girl◦– au point qu’elle sera bientôt dénoncée et surnommée « gorge profonde ». Mystérieusement, la consultante est bien introduite au Vatican, au point d’être nommée experte de la commission de réforme sur les finances et l’économie du saint-siège. Cette femme fatale entretient-elle une relation secrète avec le prêtre fatal Vallejo Balda ? C’est la thèse implicitement défendue par le Vatican.