La valse lente des tortues
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:
— Elle ne s’est pas méfiée ? demanda Philippe, étonné.
— Elle n’avait pas assez de métier. Quant à eux, ils n’en étaient pas à leur premier forfait et n’avaient jamais été pris. Ils se croyaient tout-puissants. Si vous lisez des ouvrages au sujet des serial-killers, vous apprendrez qu’au fur et à mesure que progresse leur série meurtrière, leur vie fantasmatique prend le pas sur le monde réel. Ils perdent le contrôle de leur existence, ils vivent dans un autre monde, un monde qu’ils ont créé avec des règles, des lois, des rites…
Joséphine pensa aux règles de la vie conjugale affichées sur le mur de la chambre à coucher des Lefloc-Pignel. En les lisant, elle avait eu peur, comme si elle était en présence d’un cerveau malade. Elle aurait dû prévenir Iris, la mettre en garde. Sa sœur était morte… Elle n’arrivait pas à le croire. Ce n’était pas possible. C’étaient juste des mots qui flottaient en sortant de la bouche de l’inspecteur mais qui allaient se dissoudre.
— Le monde réel n’existe plus, ils partent dans leur monde imaginaire. La seule chose qui restait réelle, à leurs yeux, c’était leur association : les deux Hervé. Van den Brock ne tuait pas, il n’en avait pas la force, il salissait les femmes, les harcelait sexuellement, mais je ne crois pas qu’il soit passé à l’acte. Lefloc-Pignel, lui, tuait. Toujours pour la même raison : pour se venger, pour réparer une humiliation, quelle qu’elle soit. Même si cela paraît un détail à nos yeux.
— C’est après la mort de mademoiselle Gallois que vous avez compris ? dit Joséphine.
— Nous étions sur leur piste, mais nous tâtonnions. Pourquoi avait-elle demandé à sa mère de se renseigner sur la mort de l’assistante sociale ? Pourquoi ne nous a-t-elle rien dit de ses recherches ? Pourquoi avoir laissé ce mot, « creuser RV » ? Et puis il y a eu votre trouvaille, madame Cortès. RV, Hervé. C’est à partir de ce moment-là que nous avons compris que nous touchions au but. Peu de temps après, la mère de mademoiselle Gallois nous a relaté la conversation qu’elle avait eue avec sa fille et nous a confié les résultats de son enquête. On a suivi plusieurs pistes avant de se concentrer sur celle-là. On a cru, un moment, que votre mari, Antoine Cortès, pouvait être le meurtrier. Ce qui expliquait votre refus de témoigner et de porter plainte. Mais je suis en mesure aujourd’hui de confirmer sa mort…
Il inclina la tête vers Joséphine comme s’il lui présentait ses condoléances.
— On a examiné aussi le cas de Vittorio Giambelli. L’homme est malade, c’est un schizophrène, mais ce n’est pas un criminel. D’ailleurs, il a demandé de lui-même à se faire soigner. Il s’est vu devenir fou après vous avoir envoyé la série de textos et s’est livré de son plein gré. Il avait l’air soulagé d’être pris en charge…
— Il m’a encore envoyé un message ce matin.
— Il devrait être interné dans les jours qui viennent.
— Ce n’était donc pas lui…, murmura Joséphine.
— Alors nous sommes revenus sur la piste des deux Hervé. Après la mort du capitaine et l’histoire des RV, on savait qu’on tenait le bon bout mais, pour ne pas alerter les deux principaux suspects, on se devait d’interroger et de soupçonner tout le monde… On fermait les portes.
— Monsieur Pinarelli avait donc raison quand il me disait que vous faisiez un écran de fumée…, dit Joséphine.
— Il ne fallait en aucun cas qu’ils se doutent de quelque chose… La mère du capitaine Gallois nous a beaucoup aidés. Elle a retrouvé les journaux de l’époque, j’entends les éditions locales, qui racontaient la mort étrange de cette forte femme que personne n’aurait imaginée se suicider. Cela avait fait sensation jusqu’à Arras. En plus, par pendaison ! Ce n’est pas un suicide de femme, la pendaison… Elle nous a envoyé des photocopies des journaux de l’époque et, en bas de page, on a trouvé une brève, la relation d’un fait divers qui avait eu lieu dans la nuit même où Évelyne Lamarche a été tuée. Une réceptionniste d’hôtel s’était fait molester par deux étudiants qui l’avaient accusée de leur avoir « mal parlé », elle s’était rebiffée et l’un des deux hommes l’avait tabassée. Elle était allée porter plainte, le lendemain matin, et avait donné le nom des deux agresseurs inscrits au registre de l’hôtel : Hervé Lefloc-Pignel et Hervé Van den Brock. Les noms n’étaient pas dans le journal, ce sont les gendarmes qui nous les ont donnés. Ils n’avaient rien à faire dans le coin, ils venaient tous les deux de Paris et n’ont passé que cette nuit-là dans la région. Ils n’ont finalement pas dormi à l’hôtel et sont partis juste après l’altercation en payant la note du dîner…
— Ils auraient tué ensemble l’assistante sociale ? dit Philippe.
— Elle les avait humiliés, enfants. Ils se faisaient justice. Et ce fut à mon avis leur premier crime qui leur a donné l’idée de recommencer puisqu’il resta impuni. Ils avaient fini leurs études brillamment, ils allaient entrer dans la vie active et ils voulaient, j’imagine, laver l’affront de leur enfance. Ils ont dû la surprendre chez elle dans la nuit, l’humilier, la terroriser puis la pendre… Il n’y avait aucune trace de violence sur le corps. Cela ressemblait à un suicide, mais ce n’était pas un suicide. On a retrouvé la réceptionniste de l’hôtel. Elle se souvenait très bien de l’incident. On lui a montré la photo des deux hommes parmi d’autres photos, elle les a aussitôt reconnus. Notre piste était de plus en plus solide, mais nous n’avions aucune preuve. Or sans preuve, on ne peut rien faire…
— Et surtout comment relier tous les crimes entre eux ? dit Philippe réfléchissant à haute voix. Qu’ont en commun toutes les victimes ?
— Elles les ont humiliés…, dit Joséphine. Madame Berthier en se prenant de bec avec Lefloc-Pignel, au sujet des études de son fils, j’étais là, lors d’une réunion parents-profs, j’étais partie en courant… Et mademoiselle de Bassonnière les avait insultés à la réunion de copropriétaires. J’étais là aussi. Ce soir-là, je suis rentrée à pied avec lui. Il m’avait parlé de son enfance… Mais Iris ? Que leur avait-elle fait ?
— Telle que je la connais, soupira Philippe, elle a dû tellement attendre de lui, tellement fantasmer qu’elle a été déçue de le voir partir en vacances et elle s’est échauffée. Elle a dû le traiter de tous les noms ! Elle n’allait pas bien, elle était désespérée, cet homme était son dernier espoir…
— À partir de ce moment-là, continua l’inspecteur, on a surveillé étroitement les deux hommes. Nous savions qu’ils avaient passé une semaine de vacances ensemble à Belle-Île, puis Van den Brock est parti dans sa maison dans la Sarthe et Lefloc-Pignel a rejoint Paris. Nous savions aussi qu’il fréquentait votre sœur et nous avons donc posté un homme jour et nuit pour surveiller l’immeuble. Il nous restait plus qu’à attendre qu’il commette un nouveau crime et qu’on le prenne sur le fait. Enfin, je veux dire, juste avant… bien sûr. Nous ne pensions pas qu’il allait s’en prendre à votre femme…