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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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— Dis donc, il en met du temps pour se fringuer…

— Ces mecs-là, ça se peaufine, ça ne sort pas en débraillé !

— On va voir ce qu’il fabrique ?

Au même moment, leur collègue surgit dans le salon en s’écriant « j’ai rien pu faire, j’ai rien pu faire, il m’a demandé de me retourner pendant qu’il se changeait de calbute et il a sauté ! ».

Ils se précipitèrent dans la pièce. Le sol de la chambre était constellé de petites tortues, de feuilles de salade jaunes et vertes, de quartiers de pommes, de petits pois, de concombres, de poires, de figues fraîches. La fenêtre était grande ouverte.

Ils se penchèrent dans la cour et aperçurent le corps inerte d’Hervé Lefloc-Pignel et, dans sa main crispée, fracassée par la chute, la carapace d’une tortue.

Hervé Van den Brock vit arriver une Citroën C5 sur les graviers blancs de l’allée qui menait à la demeure de feu ses beaux-parents dont sa femme avait hérité à la mort de ces derniers. Il leva les yeux du livre qu’il était en train de lire, corna la page, posa l’ouvrage sur le meuble de jardin à côté de sa chaise longue. Repoussa le sachet de pistaches qu’il grignotait. Il n’aima pas le bruit que firent les gravillons en giclant sur le gazon vert et dru qu’un jardinier entretenait avec un soin tatillon. Ces gens n’avaient aucune éducation. Il n’aima pas non plus le ton qu’ils employèrent pour lui enjoindre de les suivre.

— C’est à quel sujet ? demanda-t-il, réprobateur.

— Vous le saurez très vite…, répondit l’un des deux hommes en écrasant sa cigarette sur l’herbe verte et grasse et en exhibant sa carte de police.

— Je vous prierais de ramasser votre mégot ou j’appelle mon ami le préfet… Il sera très chagriné d’apprendre votre incivilité.

— Il sera encore plus chagriné de savoir ce que vous faisiez dans la forêt de Compiègne l’autre soir, répondit le plus petit en agitant une paire de menottes qu’il laissa pendre négligemment.

Hervé Van den Brock blêmit.

— Ce doit être une erreur, fit-il d’une voix radoucie.

— Vous allez nous l’expliquer, répondit le petit en ouvrant les menottes.

— Ce ne sera pas la peine… je vous suis.

Il fit un geste de la main à sa femme qui rempotait des pousses de bambou dans une jardinière.

— J’ai une petite affaire à traiter, je serai de retour très vite…

— Ou jamais…, ricana l’homme qui avait écrasé le mégot sur la pelouse verte.

La voix de Joséphine s’éleva, pure et mélodieuse, dans la crypte sombre du crématorium du Père-Lachaise.

— « Ô vous, étoiles errantes, pensées inconstantes, je vous conjure, éloignez-vous de moi, laissez-moi parler au Bien-Aimé, laissez-moi le bienfait de sa présence ! Tu es ma joie, tu es mon bonheur, tu es mon allégresse, tu es mon jour joyeux. Tu es à moi, je suis à Toi, et il en sera à tout jamais ainsi ! Dis-moi, mon Bien-Aimé, pourquoi as-Tu laissé mon âme te chercher si longtemps, si ardemment sans pouvoir Te trouver ? Je T’ai cherché à travers la nuit de volupté de ce monde. J’ai traversé les monts et les champs, insensée comme un cheval débridé, mais je T’ai trouvé enfin et repose, heureuse, en paix, légère contre Ton sein. »

Sa voix s’était cassée contre les derniers mots et elle eut à peine la force de balbutier : « Henri Suso, 1295-1366 », afin de rendre hommage au poète qui avait écrit cette ode qu’elle offrait à sa sœur, couchée parmi les fleurs. « Au revoir, mon amour, ma compagne de vie, ma beauté délicieuse. » Elle replia la feuille blanche et regagna sa place dans la crypte entre ses deux filles.

L’assistance n’était pas nombreuse au crématorium du Père-Lachaise. S’y trouvaient réunis Henriette, Carmen, Joséphine, Hortense, Zoé, Philippe, Alexandre, Shirley. Et Gary.

Il était arrivé de Londres le matin même avec sa mère. Hortense avait eu un petit mouvement de surprise en l’apercevant dans la suite de l’hôtel Raphaël. Elle avait marqué un temps d’arrêt, s’était approchée de lui, l’avait embrassé sur la joue et avait murmuré : « C’est gentil d’être venu. » La même phrase qu’elle avait prononcée pour Carmen ou Henriette. Philippe avait essayé de joindre quelques amies d’Iris : Bérengère, Agnès, Nadia. Il avait laissé un message sur leurs portables. Aucune d’elles n’avait répondu. Elles devaient être en vacances.

Le cercueil était recouvert de roses blanches et de longues gerbes d’iris d’un violet ardent piqué de pointes jaunes. Une grande photo d’Iris reposait, posée sur un trépied, et un quatuor à cordes de Mozart égrenait ses arpèges de paix.

Joséphine avait fait un choix de textes que chacun lirait à tour de rôle.

Henriette s’y était refusée, prétextant qu’elle n’avait pas besoin de ces simagrées pour exprimer sa douleur. Elle était très déçue par la simplicité de la cérémonie et la maigre assistance. Elle se tenait droite, sous son grand chapeau, et pas un pleur ne mouillait le joli mouchoir de batiste dont elle se tamponnait les yeux, en espérant faire jaillir une larme qui illustrerait l’abondance de son chagrin. Elle avait tendu à Joséphine une joue réticente. Elle était de ces femmes qui ne pardonnent pas et toute son attitude indiquait qu’à son avis la Mort s’était trompée de passagère.

Carmen avait du mal à se tenir droite et sanglotait, tassée sur sa chaise, secouée de sanglots furieux qui faisaient tanguer ses épaules. Alexandre fixait le portrait de sa mère avec solennité, le menton ferme, les mains croisées sur son blazer bleu marine. Il essayait de rassembler ses souvenirs. Et le froncement têtu de ses sourcils démontrait que ce n’était pas tâche facile. Il ne saisissait de sa mère que des instants furtifs : des baisers rapides, un sillage de parfum, le bruit feutré des paquets remplis d’achats qu’elle lâchait dans l’entrée, criant « Carmen ! je suis là, prépare-moi un thé fumé avec deux minuscules toasts. Je meurs de faim ! », sa voix au téléphone, des exclamations de surprise, de gourmandise, ses pieds fins aux ongles peints, ses longs cheveux défaits qu’elle lui permettait de brosser quand elle était heureuse. Heureuse pour quoi ? Malheureuse pour quoi ? s’interrogeait-il en étudiant le portrait de sa mère dont les grands yeux bleus le brûlaient par leur étrange fixité. Est-ce qu’on fait un vrai chagrin avec tout ça ? Il avait appris en sa compagnie ce qu’est une femme très belle qui se veut libre mais ne peut lâcher la main de l’homme qui l’entretient. Petit, il pensait qu’elle jouait le rôle d’une belle captive et la voyait derrière des grilles. Au pied du portrait quand son père avait posé une grosse bougie blanche il avait demandé à l’allumer lui-même. En dernier hommage. « Au revoir, maman », avait-il dit en allumant la bougie. Et même ces mots lui avaient paru trop solennels pour la belle femme qui lui souriait. Il tenta de lui envoyer un baiser, mais s’interrompit. Elle est morte heureuse, puisqu’elle est morte en dansant. En dansant… et cette idée renforçait encore, s’il en avait éprouvé la nécessité, le sentiment qu’il n’avait pas eu de mère, mais une belle étrangère à ses côtés.

Zoé et Hortense se tenaient de chaque côté de leur mère. Zoé avait faufilé sa main dans celle de Joséphine, la serrant à lui broyer les os, suppliant ne pleure pas, maman, ne pleure pas. C’est la première fois qu’elle voyait un cercueil de si près. Elle imagina le corps froid de sa tante allongée sous le tapis de roses blanches et d’iris. Elle ne bouge plus, elle ne nous entend plus, elle a les yeux fermés, elle a froid, elle veut sortir, peut-être ? Elle regrette d’être morte. Et c’est trop tard. Elle ne pourra plus jamais revenir. Et elle songea aussitôt papa n’est pas mort dans une si belle boîte, il est mort tout nu, tout cru, en se débattant entre des rangées de dents acérées qui l’ont déchiqueté ; c’en fut trop pour elle et elle s’abattit en sanglots contre sa mère qui la recueillit, devinant de quel chagrin Zoé osait enfin exprimer la terrible peine.

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