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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Joséphine se rassit, rassurée.

— Vous êtes sûr ?

— Oui, madame Cortès. Pouvez-vous l’appeler ?

Joséphine fit le numéro de Philippe et lui demanda de venir dans le bureau de l’inspecteur. Il arriva aussitôt.

— Vous avez été rapide, sourcilla l’inspecteur.

— J’attendais Joséphine au café, en face… Je voulais venir, mais elle a préféré vous voir seule.

— Ce que j’ai à vous apprendre n’est pas agréable du tout… Il va falloir être fort et rester calme.

— Ce n’est ni les filles ni Alexandre, le rassura Joséphine.

— Monsieur Dupin… On a retrouvé le corps de votre femme dans un étang de la forêt de Compiègne.

Philippe blêmit, Joséphine cria « quoi ? », se disant qu’elle avait mal entendu. Ce n’était pas possible. Que pouvait bien faire Iris dans la forêt de Compiègne ? C’était une erreur, c’était une femme qui lui ressemblait.

— Ce n’est pas possible.

— Et pourtant, soupira l’inspecteur Garibaldi, c’est bien son corps qu’on a retrouvé… Je l’ai vu et je me souviens très bien d’elle puisque je l’avais interrogée dans le cadre de l’enquête. Madame Cortès ou vous, monsieur Dupin, quand lui avez-vous parlé pour la dernière fois ?

— Mais qui a fait ça ? l’interrompit Joséphine.

Philippe était livide. Il tendit la main vers Joséphine. Elle ne le vit pas. Elle avait la bouche déformée par un sanglot muet.

— Je voudrais savoir qui lui a parlé en dernier…

— Moi, dit Joséphine. Au téléphone, il y a, disons, mais je n’en suis pas sûre, huit, dix jours.

— Et que vous avait-elle dit ?

— Qu’elle vivait une grande histoire d’amour avec Lefloc-Pignel, qu’elle n’avait jamais été aussi heureuse, qu’il ne fallait plus que je l’appelle, qu’elle voulait vivre cette histoire en paix… et qu’ils allaient se marier.

— Nous y voilà ! Il l’a emmenée en forêt en lui promettant le mariage, il a fait un simulacre de cérémonie et l’a poignardée. C’est un paysan qui a tout vu. Il a eu la remarquable présence d’esprit de relever les numéros des plaques minéralogiques. C’est ainsi qu’on a pu les identifier.

— Quand vous dites « les », demanda Philippe, vous faites allusion à qui ?

— Van den Brock et Lefloc-Pignel. Ils sont complices. Ils se connaissent depuis longtemps, très longtemps. Ils ont agi ensemble.

— C’est exactement ce que j’étais venue vous dire, ce matin ! cria Joséphine.

— J’ai envoyé des hommes chez Lefloc-Pignel et d’autres dans la Sarthe, où il passe ses vacances, pour arrêter Van den Brock.

— On aurait pu tout empêcher si vous m’aviez écoutée…

— Non, madame, quand on s’est croisés ce matin, votre sœur était déjà morte. Je courais prendre le témoignage de l’homme qui a assisté au…

Il toussa et mit son poing devant sa bouche.

Philippe prit la main de Joséphine. Il raconta le retour en voiture par les petites routes normandes, l’arrêt au lieu-dit « Le Floc-Pignel », la confession de l’imprimeur. Joséphine l’interrompit pour préciser comment elle avait entendu parler la première fois du village et de l’imprimeur de la bouche même d’Hervé Lefloc-Pignel.

— Il s’était confié à vous ! C’est étonnant, fit l’inspecteur.

— Il disait que je ressemblais à une petite tortue…

— Une petite tortue qui nous a drôlement aidés avec cette histoire de creuser RV…

Ce fut à son tour de raconter.

À partir des notes de la Bassonnière, ils avaient appris l’histoire de Lefloc-Pignel, l’abandon quand il était enfant, l’origine de son nom, ses diverses familles d’accueil.

« On n’a pas réagi tout de suite, ce n’est pas une tare d’être un enfant abandonné et de s’être élevé socialement en ayant fait un beau mariage. L’incident de l’enfant écrasé dans le parking suscitait plutôt la compassion. C’est le capitaine Gallois qui a fait la première le lien entre les deux Hervé. »

— Comment a-t-elle pensé à ça ? Ce n’est pas évident, demanda Philippe en serrant la main de Joséphine dans la sienne.

— Sa mère était assistante sociale en Normandie. Elle travaillait à la DDASS et s’occupait, elle aussi, de placer des enfants abandonnés. Elle avait une collègue, plus âgée qu’elle, madame Évelyne Lamarche, une femme dure, persuadée que tous ces enfants n’étaient que des mauvaises herbes, si persuadée d’ailleurs qu’elle ne cherchait même pas à leur donner un prénom qui leur ressemble ou leur plaise. Les garçons, par exemple, elle les appelait systématiquement Hervé. Quand le capitaine a lu les deux prénoms sur la même déclaration, au moment du décès de mademoiselle de Bassonnière, elle s’est souvenue de cette femme. Elle avait grandi en écoutant parler de cette madame Lamarche. Sa mère l’évoquait souvent, critiquant ses manières de faire. « Elle va en faire des bêtes furieuses de ces enfants. » Elle a regardé l’âge des deux Hervé, est allée fouiller dans les fiches de l’oncle, en a conclu qu’ils avaient très bien pu passer par les mains de cette Lamarche. Elle a eu ce qu’on appelle une intuition. Elle s’est dit que ces deux-là avaient peut-être la même histoire, qu’ils se connaissaient depuis longtemps. Cela a éveillé un soupçon chez elle. Et si les deux hommes avaient formé une sorte d’alliance maléfique ? S’ils s’étaient alliés pour se venger de tous ceux qui les traitaient mal ? Elle a creusé cette piste. Elle a appelé sa mère pour avoir des renseignements sur cette madame Lamarche, savoir si elle vivait encore, ce qu’elle était devenue. Elle était persuadée d’avoir affaire à un serial-killer. Elle avait étudié très sérieusement le profil de ces meurtriers. Pour savoir comment ils opéraient, pourquoi… On a retrouvé ses notes, elle avait relevé le titre d’un livre et recopié de nombreux passages. Je les ai là, quelque part sur mon bureau…

Il chercha parmi les papiers étalés devant lui, en retourna plusieurs, finit par mettre la main sur les notes du capitaine.

— Voilà, c’est ça… « À l’origine d’un crime, il y a presque toujours une humiliation. Pour réparer, le serial-killer s’empare de la vie d’autrui et ce meurtre annule l’humiliation. C’est un acte thérapeutique qui lui permet de se récréer en tant qu’individu. Lorsqu’un obstacle le contrarie, même s’il s’agit d’un fait aussi futile qu’une bousculade dans la rue ou un café qu’on lui sert tiède, cet événement menace la fragile image qu’il a de lui-même. Cela provoque un déséquilibre psychologique qu’il a besoin de rétablir afin de se sentir puissant à nouveau. Tuer quelqu’un donne un sentiment de puissance extrême. Vous vous sentez l’égal de Dieu. Une fois qu’ils ont tué, ils se sentent rassasiés, mais ils ressentent un vide qu’il faut combler et il leur faut tuer à nouveau. » Elle avait souligné ce passage.

Il s’interrompit et recula dans son fauteuil.

— Qu’est-ce que j’aurais voulu avoir une femme comme ça dans mon équipe ! Vous vous rendez compte, elle avait tout compris ! Dans ce job, il faut savoir associer méthode et intuition. Une enquête, ce n’est pas seulement des faits objectifs, c’est l’investir avec tous ses sentiments, tout son vécu.

C’était comme s’il se parlait à lui-même. Il revint à eux.

— Elle a donc appelé sa mère afin qu’elle se renseigne sur l’assistante sociale. Elle a appris qu’Évelyne Lamarche avait été retrouvée, pendue, à son domicile, près d’Arras, dans la nuit du 1er au 2 août 1983.

— C’est la date que nous a donnée l’imprimeur ! La dernière fois qu’il a vu Lefloc-Pignel, accompagné de Van den Brock ! s’exclama Joséphine.

L’inspecteur la regarda et dit : « Tout colle ! »

— Je vous explique… Il y avait eu une enquête à l’époque sur la mort de cette femme qui n’était nullement dépressive. Elle était revenue dans son village natal, près d’Arras, elle vivait seule, sans amis, sans enfants, elle comptait se présenter aux élections municipales et était devenue une sorte de notable. Personne n’a cru au suicide et pourtant elle s’était bel et bien pendue. Cela a confirmé les soupçons du capitaine Gallois : ce n’était pas un suicide, c’était un meurtre. Une vengeance d’un ancien RV ? La phrase de sa mère « elle va en faire des bêtes furieuses de ces enfants » revenait sans arrêt dans sa tête. Et si Évelyne Lamarche avait payé de sa vie les humiliations qu’elle avait fait subir autrefois ? Le soupçon se précisait autour des deux Hervé. Elle a dû les convoquer, les interroger à nouveau et certainement commettre une imprudence en leur parlant. Elle en savait trop. Ils ont décidé de la supprimer.

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