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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Roland Beaufrettot se frottait les yeux. Il avait posé sa carabine, ses jumelles, et s’était recroquevillé sur ses talons, bien à l’abri. Il venait d’assister à un meurtre en direct.

Elle n’avait pas eu un geste de protestation ! Elle n’avait pas eu un cri, elle avait dansé jusqu’à la fin et était morte sans faire de bruit comme une voile blanche qui s’affale.

C’était pas Dieu possible !

Les deux hommes revinrent au bout de dix minutes. Retournèrent à la voiture de l’homme à l’imper blanc, sortirent une caisse, l’ouvrirent et répandirent des sortes de cailloux dans le champ qu’ils disposèrent comme s’ils dessinaient un rond. Ils effacent les traces, c’est ça, pensa Roland Beaufrettot, ils effacent le sang… Puis ils se serrèrent la main et repartirent chacun de son côté. Les phares disparurent dans la nuit et le bruit des moteurs s’éloigna.

Alors ça ! s’exclama Roland Beaufrettot, le cul par terre, alors ça…

Il attendit d’être certain que les deux voitures ne reviendraient plus et sortit des fourrés. Il voulait voir ce qu’ils avaient laissé sur le sol pour effacer les traces de leur crime. Des cailloux, de la sciure ?

Il braqua sa lampe-torche à terre et aperçut une dizaine de gros galets ronds, marron et jaunes disposés en cercle parfait. C’était comme s’ils se donnaient la main, qu’ils faisaient une ronde. Il en poussa un du bout de son soulier. Le caillou bougea, il lui poussa une petite patte, puis une deuxième, une troisième… Il jura « Putain de bordel de merde ! » prit ses jambes à son cou et détala.

Le lendemain, il alla chez les gendarmes et raconta tout.

— Je crois que je devrais aller voir Garibaldi et lui raconter l’histoire de l’imprimeur, dit Joséphine à Philippe. Je voudrais savoir aussi s’ils ont arrêté Luca…

— Tu veux que je vienne avec toi ?

— Je crois qu’il ne vaut mieux pas…

— Je t’attendrai ici.

Ils étaient rentrés à Paris. Philippe avait pris une chambre à l’hôtel. Ils désiraient passer encore un peu de temps ensemble. En clandestins. Zoé et Alexandre arrivaient dans deux jours. Deux jours tous les deux, seuls, dans un Paris déserté. Joséphine fit une nouvelle fois le numéro du portable d’Iris. Elle ne répondit pas.

— C’est bizarre, elle qui est toujours cramponnée à son portable… Je trouve ça inquiétant.

— Elle l’a coupé, elle ne veut pas qu’on la dérange. Laisse-la vivre sa passion… Ils ont dû partir quelques jours ensemble.

— Ça ne te fait vraiment rien de la savoir avec un autre ?

— Tu sais, Jo, je n’ai qu’une envie, c’est qu’elle soit heureuse et je ferai tout pour qu’elle le soit. Avec Lefloc-Pignel ou un autre… Mais j’ai peur qu’elle se heurte à un mur avec lui. Tu crois qu’il divorcera ?

— Je ne sais pas. Je ne le connais pas assez… Je devrais aller voir si elle est à la maison…

— Non ! Reste avec moi…

Il l’avait prise dans ses bras et elle se laissa aller contre lui, sa bouche contre sa bouche, immobile, à goûter un baiser qui n’en finissait pas. Il l’embrassait, lui caressait le cou, sa main descendait, attrapait un sein, l’enfermait, elle se tendait contre lui, enfonçait sa bouche dans la sienne, gémissait. Il l’entraîna vers le lit, la renversa en la maintenant serrée dans ses bras, elle soupira oui, oui… et aperçut l’heure sur l’horloge en acajou posée sur la cheminée.

Elle s’arracha à son étreinte.

— Dix heures ! Il faut que j’aille voir Garibaldi… J’ai trop de questions dans la tête.

Philippe grogna, mécontent. Lança un bras pour la rattraper.

— Mais je reviens tout de suite…

Joséphine était en train d’expliquer au planton du rez-de-chaussée du 36, quai des Orfèvres qu’il fallait absolument qu’elle voie l’inspecteur Garibaldi lorsque celui-ci dévala l’escalier.

— Inspecteur ! Il faut que je vous parle, j’ai du nouveau…

Il avait fait signe à deux collègues de le suivre et ne s’arrêta pas sur le visage soucieux de Joséphine.

— Moi aussi, j’ai du nouveau, madame Cortès, et j’ai pas le temps maintenant.

Elle courut à ses côtés.

— C’est au sujet des RV…

— Puisque je vous dis que j’ai vraiment pas le temps ! Je vous attends cet après-midi. Dans mon bureau…

Elle commença par dire « mais, c’est important… ». Il était déjà parti et la voiture démarrait dans la cour.

Elle retourna à l’hôtel et retrouva Philippe.

— Il était pressé, il partait en mission, mais je le vois cet après-midi…

— Il ne t’a rien dit ?

— Non… Il avait un air, comment te dire, un air… un air que je n’aime pas.

Un air fébrile, inquiet, sombre. Cela lui rappelait quelque chose. Elle ne savait pas quoi. Et toujours cette question qui tournait dans sa tête et qu’elle répéta à Philippe :

— Pourquoi ne décroche-t-elle pas ?

— Calme-toi. Je la connais. Elle a oublié le reste du monde. C’est bientôt la fin du mois, sa femme et ses enfants vont rentrer, ils ne seront plus libres de se voir, ils ne veulent pas être dérangés…

— Tu as peut-être raison. Je me fais du souci pour rien… Et pourtant, il y a quelque chose qui me trouble dans ce silence…

— Ce n’est pas plutôt d’être à l’hôtel avec moi qui te met mal à l’aise ?

— C’est vrai que ça fait drôle, murmura-t-elle. J’ai l’impression d’être une femme adultère…

— Et ce n’est pas délicieux ?

— Je ne suis pas habituée à être clandestine…

Elle faillit demander « et toi ? », mais se reprit à temps.

Elle regarda Philippe à travers ses cils baissés et se dit qu’elle aimait cet homme à la folie. Et puisque Iris, elle aussi, était amoureuse… Cela semblera étrange, au début, c’est sûr. Il faudra s’habituer, attendre que Zoé et Alexandre soient prêts à entendre la nouvelle. Hortense s’en félicitera. Elle a toujours aimé Philippe. Ses filles lui manquaient. Il lui tardait qu’elles reviennent. Zoé serait là bientôt, avec qui Hortense était-elle partie à Saint-Tropez ? Je ne le lui ai même pas demandé…

Elle entendit une sonnerie qui signalait l’arrivée d’un message. Philippe grommela « qui c’est ? ». Joséphine se leva et alla vérifier.

— C’est Luca…

— Et que dit-il ?

— « Ainsi vous vous êtes débarrassée de moi ! »

— Tu as raison, cet homme est fou ! Ils ne l’ont pas encore arrêté, alors ?

— Apparemment non…

— Qu’est-ce qu’ils attendent ?

— J’ai compris ! s’exclama Joséphine. C’est vers lui que Garibaldi courait ce matin ! Il partait l’arrêter !

Quand Joséphine vint au rendez-vous, Garibaldi l’attendait. Il avait une belle chemise noire et tordait le nez et la bouche comme s’ils étaient en caoutchouc. Il demanda à ne pas être dérangé et offrit une chaise à Joséphine. Il se racla plusieurs fois la gorge avant de commencer à parler. Il n’arrêtait pas de s’éplucher les ongles avec ses pouces.

— Madame Cortès, commença-t-il, savez-vous s’il y a moyen de contacter monsieur Dupin ?

Joséphine rougit.

— Il est à Paris…

— Il est joignable, donc.

Joséphine hocha la tête.

— Pouvez-vous lui demander de nous retrouver ?

— Il s’est passé quelque chose de grave ?

— Je préférerais attendre qu’il soit là pour…

— C’est une de mes filles ? s’écria Joséphine. Je veux savoir !

— Non. Ce n’est ni une de vos filles ni son fils…

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