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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Ces champs, ces bois, ces clairières, il les connaissait par cœur. Il savait par où passaient les voleurs de muguet, les voleurs de champignons, les voleurs de châtaignes, les voleurs de lapins, les voleurs de ce qui faisait son ordinaire et lui mettait le pain dans la bouche. Il allait pas en plus se faire saccager sa terre par des merdeux bruyants et drogués !

Il avançait donc prudemment dans les fourrés qui bordaient son champ. Il était beau, son champ ; beau et bien planqué. Fallait connaître pour le trouver ! Toute l’année, il le dorlotait, enlevait les pierres une par une, le hersait, le retournait, lui donnait de l’engrais à bouffer…

Il était donc bien à l’abri, guettant les « toffeurs » comme ils disent à la télé, lorsqu’il entendit le bruit d’une voiture, puis d’une autre et vit débouler les deux autos face à lui. Tiens, je vais enfin voir à quoi ça ressemble de près, un toffeur ! Juste me rincer l’œil avant de leur tirer dans les couilles, à supposer qu’ils en aient !

La première voiture s’arrêta et vint se garer presque sous son nez. Il recula pour qu’on ne le voie pas. On était fin août, la nuit était claire, la lune bien pleine, bien ronde, un amour de lune qui se prenait pour un réverbère de ville. Il aimait tout dans son champ, même la lune qui l’éclairait. La seconde voiture vint se garer face à la première, le capot de l’une à une dizaine de mètres du capot de l’autre.

De la première voiture sortit un homme. Grand, vêtu d’un imperméable blanc. Et de l’autre, un autre homme, très maigre, presque squelettique. Ils se concertèrent un moment comme au café avec Raymond avant de jouer le tiercé et puis l’homme squelettique retourna à sa voiture, alluma grands les phares et mit de la musique. Une musique rudement belle. Pas la musique qui passe à la télé pour les reportages sur les raves. Une musique avec des ronds, des déliés, des envolées et une voix de femme belle comme la lune qui s’éleva dans la forêt et embellit tous les arbres autour, les chênes centenaires, les trembles, les peupliers et les grisards que son père avait plantés juste avant de mourir et sur lesquels il veillait jalousement.

L’homme en imperméable blanc alluma aussi ses phares plein feu et ça fit comme une charpente de lumière. Il y avait des particules qui flottaient dans la lumière des phares et avec la musique qui montait comme un drapeau, ça faisait particulièrement joli. L’imperméable blanc fit descendre de sa voiture une belle femme avec de longs cheveux noirs, vêtue d’une robe blanche, pieds nus. Une comme ça, j’en aurai jamais dans mon lit ! Elle avançait avec grâce et légèreté comme si elle ne touchait pas le sol, comme si les chardons ne lui écorchaient pas les pieds. Le couple était beau, magique, c’est sûr. Ressemblait pas aux toffeurs, c’est sûr encore. Ils avaient pas l’âge. Dans les quarante ans. Une allure élégante, un rien vantarde comme les gens qui ont de l’argent, qui sont habitués à fendre la foule et à ce qu’on s’écarte… Et la musique ! La musique… Que des cââ, des stââ, des diiii et des vââ lancés dans la nuit comme un hommage à sa forêt. Il n’avait jamais entendu une si belle musique !

Roland Beaufrettot baissa sa carabine. Il sortit son calepin et, pendant qu’il faisait encore à peu près jour, il nota de la pointe de son crayon bien gras le numéro des plaques minéralogiques, la marque des voitures et se dit que c’était peut-être les organisateurs qui venaient faire un repérage. Pas les raveurs, trop fainéants pour se déplacer, mais les producteurs… parce que faut pas me dire à moi qu’il y en a pas qui se font du blé avec les raves. C’est du bizness, ça aussi ! Ça nous rapporte pas un sou à nous, paysans, mais ça rapporte bien à quelqu’un !

Il rangea son calepin, sortit ses jumelles et regarda la femme. Elle était belle ! Vraiment belle. Surtout elle avait une allure qui en imposait… Bientôt il ferait complètement nuit et il ne verrait plus rien. Mais s’ils laissaient les phares des voitures allumés, il verrait suffisamment. C’est pas possible, c’est pas des raveurs, ça. Même pas des raveurs chefs ! Mais qu’est-ce qu’ils foutent ici, alors ?

L’homme à l’imperméable blanc présenta l’homme squelettique à la femme très belle, très élégante et elle inclina la tête très doucement. Avec beaucoup de retenue. Comme si elle était dans son salon et qu’elle recevait un invité de marque. Puis l’homme squelettique alla baisser un peu la musique. Le beau couple resta enlacé au milieu de la clairière. Droits, beaux, romantiques. L’imperméable blanc avait passé les bras autour de la femme et l’enlaçait. C’était très chaste comme attitude. Le squelettique revint, se plaça entre les deux, joignit les mains comme un prêtre qui commence sa messe, dit quelques mots à la femme qui répondit, la tête baissée, des mots qu’il n’entendit pas. Puis le squelettique se tourna vers l’imperméable blanc et lui posa une question et l’imper blanc répondit haut et fort OUI, JE LE VEUX. Alors le squelettique prit la main de l’homme et la main de la femme, les joignit et déclara très fort comme s’il voulait que tous les animaux de la clairière soient au courant et accourent pour leur servir de témoins : JE VOUS DÉCLARE UNIS PAR LES LIENS DU MARIAGE.

C’était donc ça ! Un mariage romantique à la tombée de la nuit dans son champ ! Mazette ! Il était honoré que de si beaux messieurs et une si belle dame viennent se marier chez lui. Il faillit sortir des fourrées et applaudir, mais n’osa pas interrompre la cérémonie. Ils n’avaient pas encore échangé les anneaux.

Il n’y eut pas d’échange d’anneaux.

La femme se laissa aller contre l’imper blanc, ses grands cheveux flottant sur ses épaules, légère au bras de l’homme et ils tournèrent, tournèrent dans la clairière. Ils valsaient sous la lune ronde et pleine qui souriait comme chaque fois la lune quand elle est pleine. C’était beau, c’était émouvant ! Ils dansaient dans les phares, la femme renversée contre l’homme, l’homme protecteur et très chaste l’entourant de ses bras, la faisant reculer même un peu pour danser la valse selon l’étiquette comme on voit les soirs de Noël à la télé. L’homme squelettique avait remis la musique fort, très fort, même un peu trop fort et il attendait appuyé contre le capot, n’en perdant pas une miette.

Le couple valsait lentement, très lentement et Roland Beaufrettot se dit qu’il n’avait jamais vu un spectacle aussi beau. La femme souriait, les yeux baissés, les pieds nus dans l’herbe et l’homme la maintenait avec une sorte d’autorité tranquille, de grâce d’un autre temps…

Et puis, l’homme squelettique lança ses bras en l’air tel un sémaphore, frappa dans ses deux mains et cria MAINTENANT ! MAINTENANT ! Et alors l’homme en imper blanc sortit quelque chose de sa poche, quelque chose qui brilla dans la lumière des phares avec un reflet blanc, vif, et il l’enfonça dans la poitrine de la femme, fermement, méthodiquement, en comptant un, deux, trois, un, deux, trois, tout en continuant de valser et de la maintenir enlacée.

Je rêve, se dit Roland Beaufrettot, ce n’est pas Dieu possible ! Sous ses yeux, un homme poignardait une femme en valsant et la femme s’écroulait dans l’herbe et faisait une longue tache blanche. Et alors le danseur, sans la regarder, se tourna vers l’homme squelettique et lui offrit, en l’élevant vers le ciel comme une offrande de druide, ce qui semblait être un poignard court, le même qu’ils utilisent à la chasse à courre pour servir le cerf. Il le tendit à l’homme squelettique qui le recueillit cérémonieusement, l’essuya, le rangea dans une sorte d’étui – il ne voyait plus bien, il n’était pas sûr – puis s’en retourna à sa voiture, sortit une sorte de grand sac-poubelle, revint aux côtés de l’homme en imper blanc et lentement, ils plièrent la femme en deux, la firent glisser dans le sac, fermèrent le sac et, le portant chacun par un bout, ils partirent le jeter dans la mare, juste derrière.

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