Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina]
- Автор: дю Гар Роже Мартен
- Серия: Les Thibault #1
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Éditions Gallimard
- ISBN: 978-2070304325
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina]». Краткое содержание книги:
Dans une famille déchirée par l'autorité d'un père égoïste et brutal, le jeune Jacques vit une amitié passionnée avec Daniel de Fontanin ; la découverte de leur correspondance conduira au drame, tandis qu'Antoine, partagé entre la tendresse qu'il porte à son frère et le respect qu'il voue à son père, tente de trouver sa voie en se consacrant corps et âme à la médecine…
Dans la cuisine, la chatte miaulait désespérément. « Elle va m'empêcher de dormir, la sale bête », grogna Antoine ; et, tout à coup, il se souvint des petits chats. Il entrouvrit la porte. La chatte se jeta dans ses jambes, éplorée, câline, se frottant contre lui avec une insistance irritée. Antoine se pencha sur le panier aux chiffons : il était vide.
N'avait-il pas dit : « Vous allez tous les noyer, n'est-ce pas ? » C'était de la vie, pourtant… Pourquoi cette différence ? Au nom de quoi ?
Il haussa les épaules, leva les yeux vers la pendule, et bâilla.
« Quatre heures à dormir, allons-y. »
Il tenait encore le papier de Léon ; il en fit une boule qu'il lança gaiement sur l'armoire.
« Et puis, une bonne douche froide… Système Thibault : détremper la fatigue avant de se mettre au lit ! »
LA SORELLINA
(1928)
I
— « Répondez : non ! » lança M. Thibault sans ouvrir les yeux. Il toussota : une toux sèche, qu'on appelait son « asthme » et qui secouait à peine la tête enfouie dans l'oreiller.
Juché devant une table pliante, dans l'embrasure de la fenêtre, M. Chasle, bien qu'il fût déjà deux heures passées, décachetait le courrier du matin.
Ce jour-là, l'unique rein fonctionnait si mal, et les souffrances avaient été si continues que, de toute la matinée, M. Thibault n'avait pu donner audience à son secrétaire ; enfin, à midi, sœur Céline s'était décidée à faire, sous un prétexte, la piqûre calmante qu'elle réservait d'habitude pour la fin de la journée. La douleur avait presque aussitôt cessé ; mais M. Thibault, qui ne comptait plus bien les heures, avait dû, non sans irritation, attendre, pour se faire lire ses lettres, que M. Chasle fût revenu de déjeuner.
— « Après ? » demanda-t-il.
M. Chasle parcourait une lettre des yeux.
— « Aubry (Félicien), sous-officier de zouaves…, demande une place de surveillant au Pénitencier de Crouy. »
— « Pénitencier ? Pourquoi pas prison ?… Au panier. Après ? »
— « Quoi ? Pourquoi pas prison ? » répéta M. Chasle, très bas. Il renonça à comprendre, assujettit ses lunettes et ouvrit précipitamment une autre enveloppe :
— « Presbytère de Villeneuve-Joubin… profonde reconnaissance… remerciements pour un pupille… Sans intérêt. »
— « Sans intérêt ? Lisez, monsieur Chasle. »
« Monsieur le Fondateur,
« Mon saint ministère me donne l'occasion de remplir un devoir bien doux. Je suis chargé par ma paroissienne, Mme Beslier, de vous exprimer sa profonde reconnaissance… »
— « Plus fort ! » commanda M. Thibault.
« … sa profonde reconnaissance pour les admirables résultats du régime de Crouy sur la nature du jeune Alexis. Quand vous avez eu la bonté de l'admettre à la Fondation Oscar-Thibault, il y a quatre ans, nous désespérions, hélas, de ce pauvre enfant : ses instincts vicieux, ses écarts de conduite, sa violence naturelle, laissaient présager le pire. Mais, en trois ans, vous avez accompli un miracle. Voici plus de neuf mois maintenant que notre jeune homme est rentré au bercail. Sa mère, ses sœurs, les voisins, moi-même, ainsi que M. Binot (Jules), charpentier, chez lequel il est en apprentissage, nous sommes unanimes à louer la douceur d'Alexis, son goût au travail, son zèle à remplir les devoirs de notre religion.
« Je prie N.-S. qu'il accorde ses grâces à la prospérité d'une œuvre ou de pareilles rénovations morales sont possibles, et je salue respectueusement M. le Fondateur en qui revit l'esprit de charité et de désintéressement d'un saint Vincent de Paul.