Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina]
Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina]

Электронная книга - «Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina]». Краткое содержание книги:

À travers les destins de Jacques Thibault, idéaliste et révolté, et d'Antoine, sérieux, conservateur, deux frères que tout oppose, Roger Martin du Gard nous entraîne dans une vaste fresque sociale et historique.
Dans une famille déchirée par l'autorité d'un père égoïste et brutal, le jeune Jacques vit une amitié passionnée avec Daniel de Fontanin ; la découverte de leur correspondance conduira au drame, tandis qu'Antoine, partagé entre la tendresse qu'il porte à son frère et le respect qu'il voue à son père, tente de trouver sa voie en se consacrant corps et âme à la médecine…
1 ... 149 150 151 152 153 154 155 156 157 ... 186
Перейти на страницу:

Il but une gorgée de whisky coupé d'eau, attaqua le rosbif, et se répéta qu'il aimait à vivre.

La vie, à ses yeux, c'était avant tout un large espace découvert où les gens actifs comme lui n'avaient qu'à s'élancer avec entrain ; et, quand il disait : aimer la vie, il voulait dire : s'aimer soi-même, croire en soi. Toutefois, lorsqu'il se représentait plus particulièrement sa propre vie, elle ne lui apparaissait pas seulement comme un champ de manœuvres merveilleusement disponible, comme un ensemble infini de combinaisons possibles, mais aussi et surtout comme un chemin nettement tracé, une ligne droite qui menait infailliblement quelque part.

Il sentit qu'il venait de mettre en branle une cloche familière, dont il écoutait toujours le son avec indulgence. « Thibault ? » murmurait la voix intérieure. « Il a trente-deux ans, l'âge des beaux départs !.. Santé ? Exceptionnelle : la résistance d'un animal jeune, en pleine vigueur… Intelligence ? Souple, hardie, sans cesse en progrès… Faculté de travail ? À peu près inépuisable… Aisance matérielle… Tout, enfin ! Ni faiblesses ni vices ! Aucune entrave à sa vocation ! Et le vent en poupe ! »

Il allongea les jambes, et alluma une cigarette.

Sa vocation… Depuis l'âge de quinze ans, la médecine n'avait pas cessé d'exercer sur lui une attraction singulière. Encore maintenant, il admettait comme un dogme que la science médicale était l'aboutissement de tout l'effort intellectuel, et constituait le plus clair profit de vingt siècles de tâtonnements dans toutes les voies de la connaissance, le plus riche domaine ouvert au génie de l'homme. Science illimitée dans son étude spéculative, et néanmoins enracinée dans la plus concrète réalité, en contact direct et constant avec l'être humain. À cela, il tenait particulièrement. Jamais il n'aurait consenti à s'enfermer dans un laboratoire, à limiter son observation au champ du microscope : il aimait ce corps à corps perpétuel du médecin avec la multiforme réalité.

« Ce qu'il faudrait », reprit la voix, « c'est que Thibault travaille davantage pour lui… Ne pas se laisser paralyser par la clientèle, comme Terrignier, comme Boistelot… Trouver le temps de provoquer et de suivre des expériences, de coordonner les résultats, de dégager les lignes d'une méthode… » Car Antoine imaginait son avenir pareil à celui des plus grands maîtres : avant la cinquantaine, il posséderait à son actif nombre de découvertes ; et, surtout, il aurait déjà jeté les bases de cette méthode personnelle, encore confuse, mais que, certains jours, il croyait bien entrevoir. « Oui, bientôt, bientôt… »

Sa pensée franchit une sorte d'espace obscur qui était la mort de son père ; au-delà, le chemin redevenait lumineux. Entre deux bouffées de cigarette, il envisagea cette mort tout autrement que d'habitude, sans appréhension aucune, sans tristesse ; au contraire, comme une délivrance nécessaire, attendue, comme un élargissement de l'horizon et l'une des conditions de son essor. Cent possibilités nouvelles s'offraient à lui. « Il s'agira de faire aussitôt un choix parmi la clientèle… Se réserver des loisirs… Et puis, un aide à demeure, pour les recherches. Peut-être même un secrétaire ; pas un collaborateur, non, un garçon jeune, une intelligence ouverte à tout, que je dresserais, qui me débarrasserait des besognes… Et moi, je pourrais travailler dur… M'acharner… Découvrir du neuf… Ah, oui, je suis sûr de faire de grandes choses !.. » Sur sa lèvre se joua une ébauche de sourire, reflet intérieur de cet optimisme qui le dilatait.

Tout à coup il jeta sa cigarette et s'arrêta, songeur. « N'est-ce pas étrange, si l'on y pense ? Ce sens moral que j'ai expulsé de ma vie, et dont je me sentais, il n'y a pas une heure, radicalement affranchi, voilà que je viens de le retrouver en moi, brusquement ! Et non pas réfugié dans quelque repli obscur et inexploré de ma conscience ! Non ! Épanoui, au contraire, solide, indéracinable, s'étalant à la place principale, en plein centre de mon énergie et de mon activité : au cœur de ma vie professionnelle ! Car il ne s'agit pas de jouer sur les mots : comme médecin, comme savant, j'ai un sens de la droiture absolument inflexible ; et, sur ce point-là, je crois bien pouvoir dire que je ne transigerai jamais… Comment concilier tout ça ?… Bah », se dit-il, « pourquoi toujours vouloir concilier ? » En fait, il y renonça vite, et, cessant de penser avec précision, il s'abandonna lâchement au bien-être, mêlé de fatigue, qui peu à peu l'engourdissait.

Deux automobilistes venaient d'entrer et de s'installer non loin de lui. Ils étaient surchargés de manteaux qu'ils empilèrent sur la banquette. L'homme pouvait avoir vingt-cinq ans ; la femme, un peu moins. Une admirable paire : tous deux élancés, vigoureux ; tous deux bruns, l'œil franc, la bouche grande, la dent saine, le teint coloré par le froid. Même âge, même santé, même classe sociale, même élégance naturelle, et sans doute mêmes goûts. En tout cas, même appétit : l'un près de l'autre, au même rythme, ils mordaient à grandes bouchées dans deux sandwiches jumeaux ; puis, du même geste, ils vidèrent leurs chopes de bière, réendossèrent leurs fourrures, et, sans avoir échangé un mot ni un regard, s'éloignèrent du même pas élastique. Antoine les suivit des yeux ; ils suggéraient l'idée de l'entente modèle, du couple parfait.

Alors il remarqua que la salle était presque vide. Son regard consulta, dans une glace éloignée, un cadran qui se trouvait suspendu au-dessus de sa tête. « Dix heures dix ? Non, c'est à l'envers. Quoi ? bientôt deux heures ? »

Il se leva, secouant sa torpeur. « Je serai frais demain matin », songea-t-il, penaud.

Toutefois, en remontant l'étroit escalier où le chasseur sommeillait affalé sur une marche, il eut une pensée vivace, suivie d'une évocation très précise, qui le fit sourire furtivement : « Demain soir dix heures… », se dit-il.

Il sauta dans un taxi. Cinq minutes plus tard, il entrait chez lui.

Sur la table de l'antichambre, où l'attendait le courrier du soir, s'étalait, en évidence, un papier déplié ; l'écriture de Léon :

« On a téléphoné vers une heure de chez le docteur Héquet. La petite fille est décédée. »

Il garda quelques secondes la feuille entre les doigts et dut relire. « Une heure du matin ? Après mon départ… Studler ? Devant la garde ? Non… Sûrement, non… Alors ? Ma piqûre ? Peut-être… Petite dose, pourtant. Mais le pouls était si faible… »

La surprise passée, ce qui dominait, c'était une sensation de soulagement. Pour Héquet et sa femme, si douloureuse que pût être la certitude, elle terminait du moins cette abominable attente. Il se rappela le visage de Nicole endormie. Bientôt, un petit être nouveau serait là, entre eux. La vie avait raison de tout ; pas de plaie qui ne devienne cicatrice. Il prit son courrier d'un geste distrait. « Pauvres gens, tout de même », pensa-t-il, le cœur serré. « Je passerai chez eux avant l'hôpital. »

1 ... 149 150 151 152 153 154 155 156 157 ... 186
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)