Les enfants de Venise
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #2
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440313
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:
« Giuditta ! », continuait de hurler Mercurio, les mains de chaque côté de la bouche, de toute la force de ses poumons. Comme si son souffle pouvait expulser son angoisse par ce cri. « Pourquoi ? Dis-moi pourquoi ! »
À un signe du commandant, les deux hommes qui gardaient la grille tentèrent de le saisir par les bras.
Mercurio fit un bond en arrière et se dégagea. Il hurla de nouveau : « Giuditta !
— Arrête, mon gars, ou je te mets en prison ! », lui intima le commandant.
Les autres gardes, pendant ce temps, avaient fait quelques pas, attendant un ordre.
« Va te faire foutre ! », hurla Mercurio qui avait perdu tout contrôle.
Le commandant bondit et l’attrapa par sa veste. « Tu l’auras voulu, tu es en état d’arrestation ! »
Deux gardes s’emparèrent de lui.
« Giuditta ! », continuait de hurler Mercurio en tentant d’échapper à leur prise. Dis-moi pourquoi ?
— Tu verras qu’une nuit en prison t’éclaircira les idées ! dit le commandant. Qui es-tu ? Comment tu t’appelles ? »
En haut des escaliers qui menaient aux prisons apparut le Saint, attiré par les cris.
« Toujours dans les parages, foutu moine ! », lui cria Mercurio avec rage.
Le Saint le reconnut et lui lança un regard de mépris.
« Modère tes paroles », lui dit le commandant en s’approchant. Il se tourna vers ses gardes. « Emmenez-le à l’intérieur ».
Alors Mercurio, d’instinct, frappa le commandant d’un coup de tête en plein visage.
Les gardes, désorientés, le lâchèrent un instant. Un instant qui suffit à Mercurio pour faire un bond en arrière.
Le commandant, gémissant de douleur, était au sol, le nez cassé. « Arrêtez-moi ce fumier ! »
Mais Mercurio était déjà loin.
« Attrapez-le ! », hurla le commandant dont le nez pissait copieusement le sang.
« Je sais qui c’est, dit le Saint. Et je crois que je sais où il habite. »
Pendant ce temps, Mercurio traversait toute la piazza San Marco avec les gardes sur les talons, ralentis par leurs armes et leurs uniformes. Il les sema rapidement. Il monta sur une barque de pêcheurs qui rentraient à Mestre. Une fois débarqué au quai au poisson, il partit vers la maison d’Anna.
En dehors de Giuditta, une seule personne pouvait peut-être répondre à sa question.
« Je dois vous parler, docteur », dit-il à Isacco, penché sur une prostituée dont il nettoyait la plaie.
Isacco le regarda. Puis il acquiesça et le suivit hors de l’hôpital.
Ils marchèrent en silence jusqu’à l’abreuvoir. S’arrêtèrent, l’un à côté de l’autre, sans se regarder.
Mercurio se sentait faible mais ne pouvait plus attendre. Il devait savoir, laisser cet espoir contre lequel il avait lutté toute la journée prendre forme ou s’évaporer.
Isacco ne disait rien. Il restait immobile, fixant l’horizon voilé par la brume d’été.
Alors Mercurio prit une inspiration et parla. Il dit seulement : « Pourquoi ? »
Le docteur laissa le son de ce mot entrer en lui. Puis, d’une voix pleine de compassion et de chaleur, il répondit : « Parce qu’elle t’aime, mon garçon ».
Et alors, incontrôlable, la panique explosa.
« Aidez-moi », murmura Mercurio.
78
« Sigillum diaboli, dit le Saint. Tu sais ce que ça veut dire, Juive ? »
Giuditta le regardait, terrorisée. Après une nuit dans une cellule noire et froide, on l’avait emmenée, à l’aube, dans cette pièce sans fenêtre au plafond voûté. Des anneaux et des chaînes étaient fixés aux murs. Et au centre de ce local humide se trouvait une table avec d’étranges instruments. Des instruments de torture.
Le Saint se tenait à côté d’un homme musclé. Cet homme était le bourreau. Le Saint se faisait appeler Inquisitor.
« Alors, sais-tu ce qu’est le sigillum diaboli ? », demanda de nouveau frère Amadeo.
Giuditta fit non de la tête.
« Le bétail est toujours marqué par son maître, qui déclare ainsi sa possession, dit le moine en souriant. Pour la même raison, ton maître, le démon, Satan en personne, t’a certainement marquée. » Il s’approcha d’elle. « Et moi, maintenant, je vais trouver cette marque, sorcière. »
Giuditta eut un frisson de terreur.
« Bourreau, exécute ta mission, dit le Saint. Que la main de Dieu soit avec toi. »
Le bourreau commença à affiler un rasoir sur une bande de cuir.
« Déshabille-toi, lui dit-il, de la voix neutre de celui qui fait simplement son métier.
— Non… », dit Giuditta, les yeux écarquillés. Elle recula d’un pas et croisa les bras sur sa poitrine, comme si elle était déjà nue.
Le bourreau se tourna vers les deux gardes qui l’avaient escortée. « Déshabillez-la, ordonna-t-il.
— Non… », dit encore Giuditta, qui regarda autour d’elle. Quand les gardes s’approchèrent d’elle, elle leur échappa, comme un oiseau affolé. Courant jusqu’à la porte qui la séparait de la liberté, elle frappa de ses mains contre le lourd vantail de mélèze renforcé d’épaisses barres de fer. Elle la griffa de ses ongles. Elle hurla « Non ! Je vous en supplie ! », tandis qu’on s’emparait d’elle.
Les deux gardes la ramenèrent au centre de la salle.
Le bourreau s’approcha. « Si tu t’y opposes, ils t’arracheront tes vêtements, fit-il de sa voix calme, raisonnable. Et quand nous aurons fini, que tu pourras te rhabiller, tu n’auras plus que des vêtements déchirés. Ce sera comme si tu étais toujours nue.
— Je vous en supplie…
— Laisse-les te déshabiller », dit le bourreau.
Alors Giuditta baissa les bras. Pendant que les mains des gardes délaçaient son corset, elle pencha la tête un instant et ses joues furent sillonnées de grosses larmes chaudes et lourdes.
« Par où voulez-vous commencer, Inquisitor ? »
Le Saint désigna le pubis.
« Mettez-la sur la table », ordonna le bourreau.
Les deux soldats prirent Giuditta et la hissèrent sur une table en bois munie d’anneaux de fer. Ils lui bloquèrent les poignets au-dessus de la tête, bras tendus. Puis ils lui saisirent les chevilles et les fixèrent.
Le bourreau vint près de la table. Il referma autour de la taille de Giuditta un grand cercle de métal froid qui l’immobilisa. Puis il actionna un levier. La table, dans sa partie inférieure, commença de se diviser en deux. Quand le bourreau bloqua le levier, Giuditta avait les jambes écartées.
Le bourreau lui montra le rasoir. « Si tu ne bouges pas, je ne te couperai pas. »
Puis il se plaça entre les jambes de Giuditta, lui versa sur le pubis une carafe d’eau et de savon, frictionna les poils sans insister, et enfin commença à la raser.
Giuditta ferma les yeux, retenant les cris de désespoir qui voulaient sortir de sa bouche.
Quand le bourreau eut terminé, il versa entre ses jambes, pour la rincer, une carafe d’eau glacée.
« Elle est prête », dit-il en s’adressant au Saint.
Frère Amadeo s’approcha. Il fixait la fleur de chair douce et nue que Giuditta avait entre les jambes, comme toutes les femmes. Il se savait né de quelque chose qui ressemblait à ça. Sa mère avait à peu près l’âge de cette Juive quand elle l’avait mis au monde. C’était cette excroissance charnue, comme une bouche abjecte, qui avait attiré hors du couvent son père, le frère Reginaldo da Cortona, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, moine herboriste. Et l’avait corrompu. Damné.