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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Tiens, s’écria Thérèse, j’en ai une pour vous, depuis tantôt, étourdie que je suis!

Paul prit la lettre et la mit dans sa poche sans la regarder.

– Vous n’êtes pas curieux, fit Mme Soûlas.

– Je sais ce que c’est, murmura Paul machinalement. J’ai besoin de faire un tour, ce soir. Au revoir, maman Soûlas.

Il ajouta et sa voix tremblait:

– Je ne vous ai jamais assez remerciée de ce que vous avez fait pour ma mère, savez-vous?

– Bon! dit Thérèse, encore ces idées! Je donnerais mon petit doigt pour vous voir heureux et content, monsieur Paul.

– Cela viendra, maman Soûlas. À vous revoir.

– À vous revoir… et ne nous faites pas faux bond demain à déjeuner, dites donc! c’est comme ça qu’on s’abîme l’estomac.

Paul descendait l’escalier tournant.

À la hauteur du premier étage, il se rencontra avec un homme qui montait. Cet homme portait sous le bras un objet assez volumineux qui heurta la poitrine de Paul.

– Ah! dit l’homme, pardon; il fait noir comme dans un four, ici. Par hasard, ne seriez-vous pas M. Paul Labre?

Le premier mouvement de Paul fut de répondre affirmativement, mais il se ravisa.

– Je n’ai plus d’affaires avec personne, pensa-t-il.

Et il ajouta:

– Non, monsieur.

– Le connaissez-vous, au moins?

– Non.

Et il continua de descendre. L’autre continua de monter.

VI La chambre n° 9

L’homme que nous venons de rencontrer dans l’escalier quittait le cabaret du père Boivin où il était entré pour demander Paul Labre. Les habitués du père Boivin n’étaient pas, en général, des raffinés, sous le rapport de la politesse.

L’étranger était un fort beau garçon d’une trentaine d’années, portant un élégant costume de voyageur. Il avait une valise à main sous le bras.

Il arrivait rarement que des gens de cette sorte s’égarassent dans le rez-de-chaussée du père Boivin. On ne les y aimait pas.

La partie la plus grossière de l’assemblée accueillit sa question par des rires et des murmures; le moins brutal de la bande répondit:

– Mon prince, ici, nous n’appartenons pas à la chose de ce bureau-là. L’autorité a oublié de nous donner à garder l’oiseau en question.

Un garçon qui passait chargé de chopes et de demi-setiers dit:

– Troisième étage, porte en face.

L’étranger n’avait aucune envie de prolonger son séjour dans l’établissement du père Boivin. Il remercia et sortit.

La rencontre de Paul dans le noir escalier en colimaçon et sa réponse brusque ne contribuèrent pas à donner au voyageur une haute idée de la courtoisie qui régnait dans ces latitudes.

– Il a fallu le besoin pour le pousser dans ce quartier! pensa-t-il. La pauvre mère aura tout perdu à la loterie.

Il se prit à la rampe et poursuivit son ascension.

Paul, en atteignant le bas des degrés, n’avait déjà plus conscience de s’être rencontré avec quelqu’un.

Et pourtant, comme il tournait l’angle de la tour pour prendre le quai des Orfèvres, un vague ressouvenir lui vint. Il se dit:

– C’est quelque camarade d’enfance. J’ai bien fait de m’enfuir. Il m’aurait demandé: Qu’es-tu devenu? Que fais-tu? Pourquoi vis-tu dans cet horrible trou?… Je n’y vis pas, j’y meurs.

Il fit encore quelques pas et ajouta:

– C’est singulier… cette voix-là me reste dans l’oreille; je suis bien sûr de l’avoir entendue autrefois.

Ce fut tout.

L’étranger à la valise arrivait, en ce moment, sur le palier où notre histoire a jusqu’à présent élu son domicile.

La lune était cachée sous les nuages, et c’est à peine si une lueur insaisissable filtrait à travers la poussière qui aveuglait le carreau du jour de souffrance. La nuit était complète. Mme Soûlas venait d’éteindre sa lampe en se mettant au lit. Il n’y avait rien d’allumé dans la chambrette de Pauclass="underline" seule, la chambre n° 9, celle où un mystérieux personnage avait écrit le nom de Gautron, à la craie jaune, gardait une raie lumineuse sous les planches de sa porte.

L’étranger essaya de s’orienter. Son regard interrogea tout autour de lui, et comme il arrive invariablement quand un point isolé luit dans l’obscurité, il se dit, au bout d’une seconde d’examen: ceci est le milieu.

Le point lumineux est toujours le milieu.

Or, on lui avait dit: porte du milieu.

Il marcha droit à la porte n° 9 et y frappa à coups de poing.

Aucun bruit, aucun mouvement ne suivirent cet appel. L’étranger redoubla, et il lui sembla entendre des chuchotements à l’intérieur.

– Morbleu! dit-il, je suis las. J’ai besoin de manger et de dormir. Paul, mon frère, ouvre, c’est moi!

La porte s’ouvrit en effet, mais, préalablement, la raie lumineuse avait cessé de briller au ras du sol.

– Eh bien! petit frère, commença le voyageur, es-tu seul? La mère ne demeure-t-elle pas avec toi? Où es-tu, qu’on t’embrasse!…

Ce dernier mot ne fut pas achevé, et Jean Labre, car c’était lui, n’eut pas le temps de s’étonner du bizarre silence qui accueillait sa venue.

Dans la nuit, il avait cru voir une ombre se glisser entre la porte et lui. Au moment où il se retournait, il reçut par-derrière un coup de couteau dans la région du cœur.

Il poussa un cri faible et tomba foudroyé.

– Ah çà! dit une grosse voix, qu’est-ce qu’il raconte avec son petit frère, sa mère et ses embrassades! Allume, Landerneau, qu’on voie ce qu’on a fait.

Une autre voix demanda:

– As-tu des phosphoriques, Coterie?

Une allumette frémit et prit feu, éclairant un réduit rond, très bas d’étage et percé de deux fenêtres. La tradition affirme que c’est à l’une des croisées de ce réduit que les paysans virent pendre, un matin d’octobre, en l’an 1655, la tête chauve du lieutenant criminel Tardieu, assassiné avec sa femme, la nuit précédente. Ils étaient morts tous deux par avarice, et faute d’avoir voulu nourrir un chien ou un valet.

À droite de la fenêtre qui regardait le sud-ouest, un trou considérable s’ouvrait, pratiqué dans la maçonnerie même de la tour, et encore entouré de ses déblais.

Auprès du monceau de pierres cassées et de plâtras, il y avait un fort pic de mineur, plus une auge à plâtre, des sacs de chaux, un seau d’eau et une truelle.

Sur l’appui même de la croisée, un panneau de boiserie, désarticulé avec soin et enlevé de la place où était le trou, semblait attendre qu’on le posât de nouveau en son lieu.

Près de la porte, quatre hommes étaient groupés: trois debout, le quatrième étendu sans mouvement sur le carreau.

Nous eussions reconnu du premier coup d’œil, à la pesante vigueur de sa carrure, celui qui paraissait être le chef: M. Coyatier, comme l’appelait Pistolet, l’homme qui avait tracé le nom de Gautron, au revers de la porte. Il dépassait les deux autres de la tête.

C’était un coquin à face énergique et brutale. Ses petits yeux disparaissaient presque sous l’épaisseur de ses sourcils roux. Il avait un tic dans la bouche, dont les coins révoltés relevaient à chaque instant la lourde et pâle bouffissure de ses joues.

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