Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Ils étaient assis côte à côte sur une pierre tombale abattue, recouverte de lierre, les pieds baignés de brume. Susan se laissa glisser à bas de Flash et s’approcha d’eux lentement. Ils se levèrent. Alain l’honora d’un salut à la mode de l’Intérieur. Jambe tendue, genou raide, talon planté dans le sol.
— Ma Dame, fit-il, que vos journées soient longues…
Son compagnon l’avait rejoint — frêle et brun, avec un visage qui aurait été beau, ses traits eussent-ils été en repos. Il avait des yeux noirs vraiment magnifiques.
— … et vos nuits plaisantes, termina Cuthbert, redoublant le salut d’Alain.
Tous deux avaient tellement l’air de deux courtisans ridicules dans un sketch comique d’un Jour de Fête que Susan ne put retenir un éclat de rire. Puis elle leur fit une profonde révérence, écartant les bras pour mimer les jupes dont elle était dépourvue.
— Leur nombre en soit doublé pour vous, Messires.
Alors ils se considérèrent simplement, trois adolescents qui ne savaient trop comment procéder. Roland ne leur venait pas en aide, se contentant de les observer attentivement, toujours monté sur Flash.
Susan fit une tentative d’ouverture ; elle ne riait plus à présent, même si des fossettes creusaient encore la commissure de ses lèvres. Mais son regard trahissait son anxiété.
— Vous ne me détestez point, j’espère, dit-elle. Je comprendrais que vous le fassiez — je me suis mise en travers de vos plans, et je me suis aussi interposée entre vous trois, mais je ne pouvais pas faire autrement.
Elle leva alors les mains vers Alain et Cuthbert, paumes tournées vers le ciel.
— Je l’aime.
— On ne vous déteste pas, dit Alain. Hein, Bert ?
Pendant un moment, Cuthbert garda un affreux silence, fixant un point au-delà de l’épaule de Susan, paraissant perdu dans la contemplation de la Lune du Démon en pleine croissance. Susan crut que son cœur allait s’arrêter de battre. Puis il reporta son regard sur elle et lui décocha un sourire d’une telle douceur que l’idée (si je l’avais rencontré, lui, en premier…) passa confusément par la tête de Susan avec la brillance d’une comète.
— Les amours de Roland sont mes amours, dit Cuthbert.
Tendant les mains, il prit les siennes et l’attira à lui, en sorte que Susan se retrouva entre Alain et lui, comme une sœur entre ses deux frères.
— Car nous sommes amis depuis nos premiers langes et nous le resterons jusqu’à ce que l’un de nous deux quitte le sentier et entre dans la clairière.
Il eut alors un sourire de gosse.
— Peut-être atteindrons-nous la fin du sentier ensemble, au train où vont les choses.
— Et plus tôt que prévu, ajouta Alain.
— Tant que ma Tante Cordélia ne nous sert point de chaperon, acheva Susan.
— Nous formons un ka-tet, dit Roland. Un seul en plusieurs.
Il les regarda tour à tour et ne lut aucun désaccord dans leurs yeux. Ils s’étaient repliés dans le mausolée et leurs bouches et leurs nez fumaient. Roland se mit à croupetons, face aux trois autres, assis en rang d’oignon sur un banc de méditation, flanqué de bouquets étiques dans des urnes de pierre. Des pétales de roses fanés jonchaient le sol. Cuthbert et Alain, de part et d’autre de Susan, la tenaient embrassée sans façon. Le trio évoqua une nouvelle fois à Roland une sœur protégée par ses deux frères.
— Nous voilà plus puissants que jamais, dit Alain. Je ressens ça très fort.
— Moi aussi, renchérit Cuthbert.
Il jeta un regard à la ronde et ajouta :
— Et quel splendide lieu de réunion ! Surtout pour un ka-tet comme le nôtre.
Cela ne fit pas sourire Roland ; lancer des reparties n’avait jamais été son fort.
— Parlons de ce qui se passe à Hambry, dit-il. Puis nous parlerons du futur immédiat.
— On ne nous a pas envoyés ici en mission, vous savez, dit Alain à Susan. Nos pères ont voulu qu’on débarrasse le plancher, c’est tout. Roland s’est attiré l’inimitié d’un compagnon de route de John Farson…
— S’est attiré l’inimitié, répéta Cuthbert. Voilà qui est joliment tourné. Je veux m’en souvenir et l’employer à la première occasion.
— Contiens-toi, dit Roland. Je n’ai pas envie de passer la nuit ici.
— J’implore votre pardon, Votre Grandeur ! fit Cuthbert, dont l’œil vif ne trahissait aucun signe de repentance.
— On a fait suivre des pigeons voyageurs pour envoyer et recevoir des messages, continua Alain. Mais je crois qu’ils servaient uniquement à rassurer nos parents sur notre sort.
— Oui, fit Cuthbert. Ce qu’Alain essaie de dire, c’est qu’on a été pris au dépourvu. Roland et moi, on a eu… un désaccord… sur la façon de procéder. Il voulait attendre. Moi pas. Je trouve maintenant qu’il n’avait pas tort.
— Mais pour de mauvaises raisons, dit Roland d’un ton pincé. En tout cas, nous avons réglé notre différend.
Le regard de Susan passait de l’un à l’autre avec un léger effroi et finit par se fixer sur l’ecchymose agrémentant la mâchoire de Roland de manière parfaitement visible, malgré la faible lumière qui filtrait du dehors par la porte entrebâillée de la sepultura.
— Et vous l’avez réglé comment ?
— Peu importe, dit Roland. Farson projette de livrer bataille ou même une série de batailles dans les Monts Shavéd au nord-ouest de Gilead. Aux yeux des forces de l’Affiliation qui marcheront contre lui, il semblera pris au piège. Dans un contexte plus ordinaire, cela aurait même pu être vrai. Farson se propose de les attirer là, de les y piéger et de les détruire avec les armes du Vieux Peuple. Qu’il fera fonctionner avec le pétrole de Citgo. Le pétrole des citernes que nous avons vues ensemble, Susan.
— Où sera-t-il raffiné pour que Farson puisse s’en servir ?
— Quelque part à l’ouest d’ici, en cours de route, dit Cuthbert. Nous pensons probablement dans le Vi Castis. Vous connaissez ? C’est un pays minier.
— J’en ai entendu parler ; je n’ai jamais quitté Hambry depuis ma naissance.
Elle regarda Roland tranquillement.
— Mais je crois que ça va changer bientôt.
— Il y a beaucoup de machines abandonnées dans ces montagnes depuis l’ère du Vieux Peuple, dit Alain. La plupart dans les ravins et les canyons, à ce qu’on raconte. Des robots et des éclairs qui tuent — des rayons-rasoirs, on les appelle, parce qu’ils vous coupent en deux comme rien si on passe à travers. Et les dieux savent quoi d’autre. Une bonne part de tout ça, c’est sans doute de la légende, mais il n’y a jamais de fumée sans feu. En tout cas, cela semble l’endroit le plus vraisemblable pour raffiner.
— Et puis, une fois cela fait, on l’emportera là où Farson l’attend, dit Cuthbert. Non pas que cette partie-là nous concerne ; nous avons largement de quoi nous occuper, ici à Mejis.
— Et j’ai attendu afin de tout récupérer, dit Roland. La totalité de leurs satanées rapines.
— Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, notre ami n’est pas qu’un peu ambitieux, dit Cuthbert, faisant un clin d’œil à Susan.
Roland n’y prêta pas attention. Il regardait en direction de Verrou Canyon. Nul bruit n’en venait, cette nuit-là ; le vent avait viré avec l’automne et soufflait en s’éloignant de la ville.
— Si l’on réussit à mettre le feu au pétrole, le reste suivra… et le pétrole est le plus important, de toute façon. Je veux qu’on le détruise, puis qu’on fiche le camp d’ici. Tous les quatre.