Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Rien que ce silence attentiste.
— Ne t’avise pas de toucher un seul cheveu de la tête du garçon que tu avais chargé de propager ta mauvaise action ou tu mourras. Plus un seul mot de ce que tu sais ou crois savoir à quiconque — ni à Cordélia Delgado, ni à Jonas, ni à Rimer, ni à Thorin — ou tu mourras. Tiens-toi tranquille et nous nous tiendrons tranquilles. N’en fais qu’à ta tête et on saura te calmer. Tu m’as compris ?
Le silence s’accrut encore. Les vitres sales des fenêtres le scrutaient comme des yeux. La brise souffla, faisant pleuvoir d’autres feuilles autour de lui et craquer vilainement le pantin de chiffon sur son piquet. Roland se remémora brièvement Hax le cuisinier se balançant au bout d’une corde.
— Tu m’as compris ?
Pas de réponse. Il ne voyait plus aucun chatoiement par la porte ouverte à présent.
— Très bien, fit Roland en conclusion. Qui ne dit mot consent.
Il fit tourner bride à son cheval. Ce faisant, il leva légèrement la tête et aperçut quelque chose de vert se glisser parmi le jaune des feuilles, au-dessus de sa tête. Puis entendit un faible sifflement.
— Attention, Roland ! Un serpent ! hurla Cuthbert.
Mais avant même que la menace se fût précisée, Roland avait dégainé l’un de ses revolvers.
Il se baissa en biais sur sa selle, s’arc-boutant de la jambe gauche et du talon tandis que Flash piaffait et caracolait. Il tira à trois reprises, déclenchant un tonnerre qui déchira le calme de l’atmosphère et dont les collines voisines renvoyèrent le roulement. À chaque coup de feu, le serpent rebondissait en l’air, son sang ajoutant des taches rouges au bleu du ciel et au jaune du feuillage. La dernière balle le décapita et quand il retomba sur le sol pour de bon, ce fut en deux tronçons. De l’intérieur de la masure s’éleva une plainte de rage et de douleur si atroce qu’elle glaça l’épine dorsale de Roland.
— Espèce de salopard ! hurla une voix de femme, tapie dans l’ombre. Goujat assassin ! Mon ami ! Oh, mon doux ami !
— Si c’était ton ami, il ne fallait pas le dresser contre moi, dit Roland. Souviens-t’en, Rhéa, fille de personne.
La voix poussa un autre cri perçant, puis se tut.
Roland rejoignit Cuthbert, tout en rengainant son arme. Bert ouvrait des yeux ronds d’effarement.
— Roland, quel carton ! Mes dieux, quel carton !
— Partons d’ici.
— Mais on ignore toujours comment elle a su !
— Tu crois qu’elle nous le dirait ?
La voix de Roland tremblait imperceptiblement. Cette façon que le serpent avait eue de surgir d’entre les feuilles à l’improviste et de le menacer… il avait encore du mal à croire qu’il en ait réchappé.
— On pourrait la forcer à parler, suggéra Cuthbert.
Mais à son ton, Roland pouvait affirmer que Bert n’avait aucun goût pour ce genre de recours. Plus tard, peut-être, après bien des années à courir les routes en pistolero, il aurait assez d’estomac pour torturer et tuer sur place n’importe qui mais, pour le moment, certainement pas.
— Même si on en était capables, on pourrait pas lui faire dire la vérité. Elle et ses pareilles mentent comme elles respirent. Si on l’a convaincue de se taire, on en a assez fait pour aujourd’hui. Viens, je déteste cet endroit.
Pendant leur chevauchée vers la ville, Roland dit :
— Il faut qu’on se réunisse.
— Tous les quatre, tu veux dire ?
— Oui. Je veux vous dire tout ce que je sais et tout ce que je subodore. Je veux vous parler de mon plan, si l’on peut parler de plan. Et vous apprendre pourquoi nous avons attendu.
— Ce serait une très bonne chose, en effet.
— Susan peut nous être utile.
Roland semblait se parler à lui-même. Cuthbert s’amusa de voir que la feuille prise dans ses cheveux lui faisait comme une couronne.
— Susan était toute désignée pour nous aider. Pourquoi ne l’ai-je pas vu ?
— Parce que l’amour est aveugle, dit Cuthbert, légèrement sarcastique, en frappant Roland sur l’épaule. Eh oui, mon vieux, l’amour est aveugle.
Une fois sûre que les garçons étaient partis, Rhéa franchit furtivement la porte et sortit au soleil qui lui était si odieux. Elle boitilla jusqu’à l’arbre et tombant à genoux près des restes de son serpent, se mit à sangloter bruyamment.
— Ermot, Ermot ! s’écria-t-elle. Vois ce qu’ils ont fait de toi !
La tête gisait d’un côté, la gueule ouverte, les deux crocs dégouttant encore leur poison — gouttelettes transparentes qui étincelaient comme de minuscules prismes dans la clarté du jour qui s’accentuait. Le reptile avait l’œil vitreux et furieux. Rhéa ramassa Ermot et baisa sa gueule écaille use, buvant les dernières gouttes de venin, pleurant et ramageant à qui mieux mieux.
De l’autre main, elle saisit le long corps déchiqueté, gémissant à la moindre blessure qui trouait sa peau satinée, mettant à nu la chair rouge. Deux fois, elle pressa sa tête contre la dépouille d’Ermot, prononçant des incantations non suivies d’effet. Évidemment. Ermot était maintenant hors de portée de ses sortilèges. Pauvre Ermot !
Pressant la tête d’une part, le corps de l’autre, contre ses mamelles flétries, les dernières gouttes du sang d’Ermot mouillant le corsage de sa robe, elle fixa la direction que les garçons avaient prise.
— Je vous revaudrai ça, murmura-t-elle. Par tous les dieux qui ont jamais existé, je vous revaudrai ça. Quand vous vous y attendrez le moins, Rhéa sera là et vos cris vous déchireront le gosier. Vous m’entendez ? Vos cris vous déchireront le gosier !
Elle resta encore un petit moment à genoux, puis se releva et regagna sa masure d’un pas lourd, serrant Ermot sur son cœur.
CHAPITRE 5
L’Arc-en-Ciel du Magicien
Trois jours après la visite de Roland et de Cuthbert sur le Cöos, Roy Depape et Clay Reynolds longeaient, au beau milieu de l’après-midi, le couloir du premier étage du Repos des Voyageurs pour gagner la chambre spacieuse de Coraline Thorin. Clay frappa. Jonas leur cria d’entrer, que la porte était ouverte.
La première chose que vit Depape en entrant fut sai Thorin en personne, installée dans un rocking-chair près de la fenêtre. Vêtue d’une chemise de nuit de soie blanche mousseuse et coiffée d’une bufanda rouge, elle avait un ouvrage sur les genoux. Depape la considéra avec surprise. Elle le gratifia ainsi que Reynolds d’un sourire énigmatique, accompagné d’un « bonjour, Messires », avant de retourner à ses travaux d’aiguille. Une pétarade retentit à l’extérieur (les jeunes ne pouvaient jamais patienter jusqu’au grand jour ; s’ils avaient des pétards sous la main, il fallait qu’ils craquent une allumette), suivie du hennissement d’un cheval rendu nerveux et des éclats de rire bruyants des gamins.
Depape se tourna vers Reynolds qui haussa les épaules, croisant les bras pour tenir les deux pans de sa cape. Il exprimait de cette façon soit sa désapprobation, soit ses doutes. Ou bien encore les deux à la fois.