Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— Y a un problème ?
Jonas se tenait sur le seuil de la salle de bains, essuyant le savon à barbe de sa figure avec le bout de la serviette jetée sur son épaule. Il était torse nu. Depape l’avait vu ainsi bien des fois, mais les croisillons de ses cicatrices lui soulevaient toujours légèrement le cœur.
— Ben… je savais qu’on allait se servir de la chambre d’une dame, mais pas que la dame était comprise.
— Si fait.
Jonas balança la serviette dans la salle de bains, s’approcha du lit et prit sa chemise accrochée à l’un des pieds. Derrière lui, Coraline jeta un coup d’œil avide à son dos nu, puis rebaissa la tête sur son ouvrage. Jonas enfila sa chemise.
— Comment ça se passe à Citgo, Clay ?
— C’est calme, mais ça s’animerait si jamais certains jeunes vagabundos venaient y fourrer leur nez de fouines.
— Combien d’hommes là-bas ? Et comment ils sont répartis ?
— Dix pendant le jour, douze pendant la nuit. Moi ou Roy, on s’y rend à chaque relève, mais comme j’ai dit, tout est calme.
Jonas opina, mais pas de satisfaction. Il avait compté attirer les garçons à Citgo avant l’heure, tout comme il avait espéré les pousser à un affrontement en saccageant le baraquement et en tuant leurs pigeons. Pourtant, jusqu’au jour d’aujourd’hui, ils demeuraient obstinément à l’abri de leur foutue Butte. Il se faisait l’impression d’un apprenti torero confronté à trois taurillons dans un champ. Il avait beau agiter le chiffon rouge comme un perdu, les toros refusaient de charger. Pourquoi ?
— Et le déménagement ? Ça se passe comment ?
— Comme sur des roulettes, dit Reynolds. À raison de quatre citernes chaque soir, deux par deux, ces quatre derniers soirs. C’est Renfrew qui s’en occupe, celui de la Lazy Susan. Tu veux toujours qu’on en laisse une demi-douzaine comme appât ?
— Ouair, fit Jonas.
Là-dessus, on frappa à la porte. Depape sursauta.
— Est-ce que c’est…
— Non, fit Jonas. Notre ami en robe noire a décampé. Peut-être est-il allé offrir son réconfort aux troupes de l’Homme de Bien avant la bataille.
À ces mots, Depape se plia en deux de rire. Dans l’embrasure de la fenêtre, la femme en chemise de nuit garda le nez collé sur son ouvrage et se tut.
— C’est ouvert ! cria Jonas.
L’homme qui entra portait le sombrero, le poncho et les sandalias d’un fermier ou d’un vaquero ; mais il avait la peau claire et la mèche de cheveux qui dépassait du sombrero était blonde. Il s’agissait de Latigo. Un vrai dur à cuire, pas d’erreur, mais sa présence marquait néanmoins une nette amélioration par rapport à l’homme en noir au rire de crécelle.
— C’est bon de vous revoir, Messires, dit-il.
Il entra et referma la porte. Malgré sa phrase, son visage — austère et renfrogné — était celui d’un homme qui n’avait rien vu de bon depuis des années. Peut-être même depuis sa naissance.
— Comment va, Jonas ? Les choses avancent ?
— Je vais bien et elles de même, dit Jonas, lui tendant la main.
Latigo la serra sèchement et sans traîner. Ne se donnant pas la peine de serrer celles de Depape et de Reynolds, il jeta un coup d’œil à Coraline.
— Que vos journées soient longues et vos nuits plaisantes, gente dame.
— Leur nombre en soit doublé pour vous, sai Latigo, répondit-elle sans lever les yeux de son ouvrage.
Latigo s’assit au pied du lit, sortit une blague à tabac de sous son poncho et entreprit de se rouler une cigarette.
— Je ne vais pas rester longtemps.
Il avalait ses mots, ayant le débit saccadé des régions nord du Monde de l’Intérieur où — Depape l’avait entendu dire — se faire baiser par un renne était encore considéré comme un sport national. À condition de courir plus lentement que sa sœur.
— Ce ne serait pas prudent. Si on me regarde de près, on voit bien que je ne fais pas partie du paysage.
— Ah pour ça non, dit Reynolds d’un ton amusé.
Latigo le jaugea, puis reporta son attention sur Jonas.
— Le gros de ma troupe est stationné à trente roues d’ici, dans la forêt à l’ouest de Verrou Canyon… au fait, d’ailleurs, c’est quoi, ce bruit abominable qui vient du canyon ? Il effraie les chevaux.
— Une tramée, dit Jonas.
— Ça fait peur aux hommes aussi, quand ils s’approchent de trop près, dit Reynolds. Mieux vaut rester au large, cap’taine.
— Combien êtes-vous ? demanda Jonas.
— Une centaine. Et bien armés.
— Comme l’étaient les hommes de Lord Perth, à ce qu’on dit.
— Soyez pas con.
— Ils sont déjà allés au combat ?
— Suffisamment pour savoir de quoi il retourne, dit Latigo.
Jonas savait qu’il mentait. Farson avait gardé ses vétérans dans leurs refuges montagnards. Il n’y avait ici qu’un petit corps expéditionnaire dont sans doute seuls les sergents savaient se servir de leur queue pour autre chose que pisser.
— J’en ai posté une dizaine à la Roche Suspendue pour garder les citernes que vos hommes y ont amenées jusqu’ici, dit Latigo.
— C’est plus que le nécessaire, probablement.
— Je ne me suis pas aventuré à mes risques et périls dans cette bourgade chiatique oubliée des dieux pour discuter avec vous des dispositions que j’ai prises, Jonas.
— J’implore votre pardon, sai, répliqua Jonas, plus pour la forme qu’autre chose.
Il s’assit sur le plancher près du rocking-chair de Coraline et commença à se rouler une cigarette de son propre tabac. Posant son ouvrage, Coraline lui caressa les cheveux. Depape ne comprenait pas ce qu’Eldred trouvait de si fascinant chez elle — quand lui la regardait, il ne voyait qu’un laideron au grand nez, avec des seins en piqûres de moustique.
— Venons-en aux trois jeunes gens, fit Latigo de l’air de celui qui entre directement dans le vif du sujet. L’Homme de Bien a été extrêmement contrarié d’apprendre que des visiteurs du Monde de l’Intérieur se trouvaient à Mejis. Et maintenant, vous me dites qu’ils ne sont pas ceux qu’ils prétendent. Alors, qui sont-ils exactement ?
Jonas chassa la main de Coraline de ses cheveux comme un insecte importun. Sans se troubler pour autant, elle reprit son ouvrage.
— Ce ne sont pas des jeunes gens, des gamins seulement, et si leur venue ici dépend du ka — je sais que Farson s’y intéresse énormément —, alors, c’est peut-être plutôt de notre ka que de celui de l’Affiliation.
— Malheureusement, il nous faudra renoncer à éclairer l’Homme de Bien avec vos conclusions théologiques, dit Latigo. Nous avons fait suivre des radios, mais soit elles sont en panne, soit elles ne fonctionnent pas à une telle distance. Personne ne peut trancher. Je déteste ces joujoux, de toute façon. Les dieux en font des gorges chaudes. Nous sommes entre nous, coupés de tout, mon ami. Pour le meilleur ou pour le pire.
— Inutile que Farson s’inquiète sans nécessité, dit Jonas.
— L’Homme de Bien veut qu’on traite ces gars-là comme s’ils menaçaient ses plans. J’espère que Walter vous a dit la même chose.
— Si fait. Et je n’ai pas oublié un seul mot. Sai Walter est un homme inoubliable, dans son genre.