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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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La version de ce récit suranné ayant cours à Hambry avait pour protagonistes un couple d’amants du nom de Robert et Francesca. L’histoire s’était déroulée aux jours anciens, avant que le monde n’ait changé. Le lieu supposé de ce meurtre doublé d’un suicide était le cimetière d’Hambry, la pierre qui avait fracassé le crâne de l’infortunée Francesca, une stèle d’ardoise, et la paroi de granit à laquelle Robert avait pris appui pour se couper le sifflet, le mausolée de la famille Thorin. (Il était douteux qu’il y ait eu des Thorin à Hambry ou Mejis, cinq générations en arrière, mais les contes folkloriques ne sont à tout prendre que des mensonges mis en vers.)

Vrai ou faux, le spectre des deux amants passait pour hanter le cimetière et on pouvait voir ces derniers tout ensanglantés, disait-on, déambuler, main dans la main, d’un air mélancolique, parmi les stèles funéraires. L’endroit, guère fréquenté la nuit, semblait tout indiqué pour la réunion secrète de Roland, Cuthbert, Alain et Susan.

Au moment où cette réunion eut lieu, Roland éprouvait depuis peu de plus en plus d’inquiétude… et même un certain désespoir. Susan posait problème — ou plus exactement, la tante de Susan. Même sans le billet venimeux de Rhéa pour pousser à la roue, les soupçons de Cordélia concernant Susan et Roland s’étaient mués en une quasi-certitude. Un jour, moins d’une semaine avant la réunion projetée dans le cimetière, Cordélia s’était mise à pousser de hauts cris à peine Susan avait-elle franchi le seuil de la maison, son panier au bras.

— Vous étiez avec lui ! Oui, méchante fille, c’est écrit partout sur votre figure !

* * *

Susan, qui n’avait nullement approché Roland de toute la journée, regarda tout d’abord sa tante, bouche bée.

— J’étais avec qui ?

— Oh, ne jouez point la sainte-nitouche avec moi, Mamzelle Fraîche et Rose ! Pas de ça avec moi, s’il vous plaît ! Qui donc frétille de partout sauf de la langue quand il passe devant notre porte ? Dearborn, voilà qui, pardi ! Dearborn ! Dearborn ! Je le redirai mille et mille fois ! Oh, honte à vous ! Honte à vous ! Regardez-moi un peu ces pantalons ! L’herbe dans laquelle vous vous êtes roulés tous les deux les a verdis, si fait ! Cela me surprend d’ailleurs qu’ils ne soient point déchirés et grands ouverts à la fourche, tant que nous y sommes !

À présent, Tante Cord hurlait quasiment. Les veines de son cou étaient gonflées comme des cordes.

Susan, abasourdie, avait baissé les yeux sur le vieux pantalon kaki qu’elle portait.

— Mais, ma tante, vous ne voyez point que c’est de la peinture ? Avec ’Chetta, nous avons passé la journée à nous occuper des décorations pour le Jour de Fête à la Maison du Maire. La tache que j’ai sur le derrière vient de ce que Art Thorin — j’ai bien dit Thorin, pas Dearborn — m’a surprise dans la resserre où l’on range les décorations et les pièces de feu d’artifice. Il a décidé que l’heure et le lieu étaient aussi bien choisis que d’autres pour se livrer à une nouvelle petite empoignade. Il est monté sur moi, a giclé dans son pantalon encore une fois et il est reparti tout content. Il fredonnait, même.

Elle fronça le nez, bien que, ces jours, tout ce qu’elle ressentait pour Thorin, ce fût une sorte de dégoût attristé. Elle n’avait désormais plus peur de lui.

Tante Cord, pendant ce temps-là, l’avait scrutée avec des yeux hallucinés. Pour la première fois, Susan se surprit à s’interroger sur la bonne santé mentale de Cordélia.

— Très vraisemblable comme histoire, murmura enfin Cordélia.

Des gouttes de transpiration perlaient à son front et les nids de veines bleues à ses tempes battaient comme des horloges. Elle avait même une odeur, ces jours, qu’elle ait pris un bain ou pas — une odeur âcre et rance.

— Vous avez mis ça au point ensemble, lui et toi, pendant que vous vous pelotiez l’un l’autre après vos câlins ?

Susan avait fait un pas en avant, saisi sa tante par le poignet et lui avait plaqué la main sur ce qui maculait son genou. Cordélia, poussant un cri, tenta de se libérer, mais Susan tint bon. Elle leva alors la main de sa tante à hauteur du visage de cette dernière, la maintenant là jusqu’à temps que Cordélia ait flairé ce qui salissait sa paume.

— Alors, tu sens, ma tante ? De la peinture ! On s’en est servi pour peindre les lampions en papier de riz !

Le poignet que tenait Susan ne luttait plus. Et les yeux plongés dans les siens retrouvèrent un semblant de lucidité.

— Si fait, avait-elle dit enfin. De la peinture.

Puis après un temps :

— Passe pour cette fois.

Depuis lors, Susan n’avait que trop souvent surpris, en tournant brusquement la tête, une silhouette étroite de hanches la suivre à la trace dans la rue ou encore l’un des nombreux amis et amies de sa tante guetter ses allées et venues d’un air soupçonneux. Quand elle parcourait l’Aplomb à cheval, elle avait toujours la sensation d’être épiée. À deux reprises avant leur réunion à quatre dans le cimetière, elle avait accepté de rencontrer Roland et ses amis et, les deux fois, elle avait dû annuler. La seconde fois, au dernier moment ; à cette occasion, elle avait surpris le fils aîné de Brian Hookey qui l’observait avec attention et d’étrange façon. Ça n’avait été qu’une intuition de sa part… mais une très forte intuition. Ce qui empirait les choses pour elle, c’était qu’elle avait de son côté le même désir frénétique d’une rencontre que Roland, du sien. Et pas seulement pour palabrer. Elle avait besoin de voir son visage et de serrer sa main entre les siennes. Le reste, si doux que ce fût, pouvait attendre ; mais elle avait besoin de le voir et de le toucher, ne serait-ce que pour s’assurer qu’il n’était point simplement un songe échafaudé par une fillette solitaire et craintive pour se réconforter.

Au final, Maria l’avait aidée — les dieux bénissent la petite camériste qui en comprenait peut-être davantage que Susan ne le supposait. C’était Maria qui était allée trouver Cordélia munie d’un billet l’avertissant que Susan passerait la nuit à Front de Mer dans l’aile des hôtes. Le billet était de la main d’Olive Thorin et en dépit de forts soupçons, Cordélia ne put tout à fait croire à un faux. Ce qu’il n’était point. Olive l’avait bien écrit à la demande de Susan, apathiquement, sans poser de questions.

— Qu’a donc ma nièce ? avait dit sèchement Cordélia.

— Elle est fatiguée, sai. Elle a el dolor de garganta.

— Mal à la gorge ? Juste avant le Jour de Fête ? C’est ridicule ! Je n’y crois pas ! Susan n’est jamais malade !

— Dolor de garganta, répéta Maria avec cette impassibilité que seule une paysanne peut opposer à l’incrédulité. Et Cordélia dut s’en contenter. Maria pour sa part n’avait pas idée de ce que mijotait Susan, et cette dernière aimait qu’il en soit ainsi.

Elle avait enjambé le balcon, descendu avec agilité les cinq mètres d’entrelacs de plantes grimpantes qui couvraient la face nord du bâtiment, puis franchi la porte de service dans le mur de la cour. Roland l’attendait là et, après quelques chaleureuses minutes, dont le détail ne nous concerne en rien, ils gagnèrent tous deux en croupe sur Flash le cimetière où les attendaient Alain et Cuthbert, pleins d’espoir et de curiosité.

3

Susan examina d’abord le blond placide au visage rond, dont le nom n’était pas Richard Stockworth mais Alain Johns. Puis ce fut le tour de l’autre — celui qui avait douté d’elle, avait-elle senti, et peut-être même éprouvé de la colère à son égard. Il s’appelait Cuthbert Allgood.

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