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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— Tu t’es coupé des mèches de cheveux.

— Si fait.

Cette même voix rêveuse.

— Je les ai coupées.

— Est-ce que tu avais l’intention de les couper toutes ?

— Si fait, jusqu’à la dernière boucle et bouclette.

— Sais-tu qui t’a dit de les couper ?

Très long silence. Roland allait se tourner vers Alain quand Susan répondit.

— Rhéa.

Nouveau silence.

— Elle a voulu me tripoter.

— Oui, mais qu’est-ce qui s’est passé après ? Qu’est-il arrivé pendant que tu te tenais sur le seuil ?

— Oh, quelque chose d’autre s’est passé avant.

— Quoi ?

— Je suis allée lui chercher du bois, répondit-elle sans en dire plus.

Roland regarda Cuthbert, qui haussa les épaules. Alain décroisa les mains. Roland faillit demander à ce dernier de s’avancer, mais se ravisa, jugeant que le moment n’était pas encore venu.

— Laissons le bois de côté pour l’instant, dit-il. Et tout ce qui s’est passé avant. On en parlera plus tard, peut-être, mais pas encore. Que s’est-il passé au moment où tu partais ? Qu’est-ce qu’elle t’a dit à propos de tes cheveux ?

— Elle m’a chuchoté à l’oreille. Et elle avait un Homme Jésus.

— Chuchoté quoi ?

— Je ne sais pas. Cette partie-là est toute rose.

On y était. Il fit un signe de tête à Alain. Ce dernier se mordit la lèvre et avança. Il avait l’air effrayé, mais emprisonnant les mains de Susan dans les siennes, il lui parla d’une voix calme et apaisante.

— Susan ? C’est Alain Johns. Tu me connais ?

— Si fait. C’était toi, Richard Stockworth.

— Qu’est-ce que Rhéa t’a murmuré à l’oreille ?

Un léger pli, telle une ombre par temps couvert, vint froisser son front.

— Je ne vois rien. À part du rose.

— Il n’est pas nécessaire que tu voies quoi que ce soit, dit Alain. Voir n’est pas ce que nous voulons de toi maintenant. Ferme les yeux pour ne plus rien voir du tout.

— Ils sont fermés, dit-elle, un peu irritée.

Elle a peur, songea Roland. Il faillit dire à Alain d’arrêter tout, de la réveiller, mais se contraignit à ne pas intervenir.

— Les yeux de l’intérieur, dit Alain. Ceux de la mémoire. Ferme ceux-là, Susan. Ferme-les pour l’amour de ton père et dis-moi non pas ce que tu vois, mais ce que tu entends. Dis-moi ce qu’elle t’a dit.

À l’improviste et à glacer les sangs, elle rouvrit les yeux en tenant clos ceux de son esprit. Elle dévisagea Roland comme s’il était transparent, avec le regard d’une statue antique. Roland refréna un cri.

— Tu étais dans l’embrasure de la porte, Susan ? demanda Alain.

— Si fait. On y était toutes les deux.

— Reporte-toi à cet instant.

— Si fait.

Voix rêveuse. Faible, mais claire.

— Malgré mes yeux fermés, je peux voir la clarté de la lune. Elle est aussi grosse qu’un pomélo.

C’est le pomélo, songea Roland. Par là, j’entends le rose.

— Et qu’est-ce que tu vois ? Que te dit-elle ?

— Non, c’est moi qui dis.

Susan avait pris une voix de fillette un peu de mauvaise humeur.

— C’est moi qui dis quelque chose d’abord, Alain. Je dis « notre affaire est finie ? » Alors elle dit « peut-être qu’il reste encore un tout petit rien », et puis… et puis…

Alain lui pressa gentiment les mains, lui insufflant avec les siennes ce qu’il possédait en propre, son shining. Elle tenta faiblement de se libérer, mais il ne le lui permit pas.

— Et puis quoi ? Quoi, ensuite ?

— Elle a une petite médaille d’argent.

— Oui ?

— Elle se penche tout près et elle me demande si je l’entends. Je sens son haleine sur moi. Elle empeste l’ail. Et d’autres choses encore pires.

Susan eut une moue de dégoût.

— Je lui dis que je l’entends. Et maintenant je vois. Je vois la médaille qu’elle tient.

— Très bien, Susan, dit Alain. Et tu vois quoi d’autre ?

— Rhéa. On dirait une tête de mort au clair de lune. Une tête de mort avec des cheveux.

— Mes dieux, marmonna Cuthbert, se croisant les bras sur la poitrine.

— Elle dit que je dois l’écouter. Et je dis que je l’écouterai. Elle dit que je dois lui obéir. Et je dis que je lui obéirai. Alors, elle dit : « Si fait, ma jolie, comme ça, t’es une bonne fille. » Elle me caresse les cheveux. Tout le temps, elle caresse ma tresse.

Susan leva une main de noyée, comme dans un rêve, si pâle dans les ombres de la crypte, et la porta à sa chevelure blonde.

— Puis elle me dit qu’il y a une chose que je dois faire quand j’aurai perdu ma virginité. « Tu attendras qu’il s’endorme près de toi, alors tu te couperas les cheveux. La moindre mèche. Jusqu’à ce qu’il ne t’en reste plus un seul sur le crâne. »

Les garçons la regardèrent avec une horreur grandissante tandis que sa voix devenait celle de Rhéa — adoptait les intonations geignardes et les borborygmes de la vieille du Cöos. Son visage même — exception faite des yeux froidement rêveurs — était devenu la face d’une mégère.

— Coupe tout, ma fille, toutes tes tresses, bandeaux et mèches de putain, si fait, et reviens-t’en vers lui aussi chauve qu’au jour où tu es sortie de ta mère ! Tu verras un peu comme il t’aimera alors !

Elle se tut. Alain tourna un visage blême vers Roland. Ses lèvres tremblaient, mais il n’avait pas lâché les mains de Susan.

— Pourquoi la lune est rose ? demanda Roland. Pourquoi la lune est rose, quand tu essaies de te rappeler ?

— C’est son glam.

Susan parut presque surprise, presque gaie. Confiante.

— Elle le garde sous son lit, si fait. Elle ne sait pas que je l’ai vu.

— Tu en es sûre ?

— Si fait, affirma Susan avant d’ajouter simplement : Elle m’aurait tuée si elle l’avait su.

Elle pouffa, les offusquant tous trois.

— Rhéa a la lune dans une boîte sous son lit.

Elle chantonna cela avec le ton zézayant d’un tout petit enfant.

— Une lune rose, dit Roland.

— Si fait.

— Sous son lit.

— Si fait.

Et cette fois, elle libéra ses mains de celles d’Alain. Puis les leva comme si elle tenait une chose ronde qu’elle regarda avec une atroce expression de convoitise, qui parut s’emparer d’elle telle une crampe.

— J’aimerais tellement l’avoir, Roland. Si fait. Une si belle lune ! Je l’ai vue quand elle m’a envoyée chercher le bois. À travers la fenêtre. Elle avait l’air… si jeune.

Puis, encore une fois :

— J’aimerais tellement l’avoir rien qu’à moi, une chose pareille.

— Non, tu n’aimerais pas. Mais tu disais qu’elle est sous son lit ?

— Si fait, dans un lieu magique qu’elle fait apparaître avec des passes.

— Rhéa possède un morceau de l’Arc-en-Ciel de Maerlyn, dit Cuthbert avec stupéfaction. Cette vieille garce possède ce dont ton pa nous a parlé — pas étonnant qu’elle sache tout ce qu’elle sait !

— Il faut encore l’interroger ? demanda Alain. Ses mains sont devenues très froides. Je n’aime pas l’avoir fait plonger si profond. Elle a bien réagi, mais…

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