Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Soixante-douze heures plus tôt, une escadre de douze H6 avait fondu sur les premiers arrivants dans la vallée au nord-ouest de la Nouvelle-Jérusalem. Mais les hackeurs du Chaudron avaient prévenu Tancrède à temps et près de deux cent cinquante archers s’étaient alignés sur les crêtes, de manière à former plusieurs lignes de barrage. Au passage des intercepteurs, plusieurs volées successives de flèches s’étaient élancées jusqu’à cinq cents mètres de hauteur, tel un nuage de criquets enragés. Un pourcentage minime de celles-ci avait atteint leur cible, mais ce faible nombre était parvenu à pénétrer des blindages, perforer des moteurs, briser des cockpits ou même blesser des pilotes.
Sur les douze H6, neuf s’étaient écrasés quelques secondes plus tard, deux avaient immédiatement fait demi-tour et un avait continué en ligne droite, une épaisse traînée de fumée derrière lui, manifestement devenu incapable de contrôler sa trajectoire.
Trois jours plus tard, lorsque l’armada atamide massée dans la vallée était entrée dans la plaine de la Nouvelle-Jérusalem, une vague d’intercepteurs avait de nouveau pris l’air pour tenter de la refouler. La sanction avait été la même, les trois quarts des engins avaient été abattus. Depuis, plus un appareil n’avait été vu dans le ciel et les troupes prenaient position, lentement mais sûrement.
« Ce soir, tout sera fini, fit Tancrède pensivement. Soit les Croisés seront défaits, soit les Atamides perdront tout espoir. »
Liétaud dévisagea son ami sans répondre. Il partageait son état d’esprit.
Soulevées par les troupes, de spectaculaires colonnes de poussière montaient de la plaine, dessinant de longues traînées verticales. Les légions qui descendaient la pente de l’embouchure de la vallée se divisaient dès leur arrivée dans le T’ug afin de mieux se repartir autour du camp croisé. L’impressionnante marée atamide, contenue jusqu’alors dans un passage d’à peine quatre cents mètres de large, semblait soudain rapetisser au regard des dimensions de la plaine alluviale. Les groupes se séparaient, les escadrons se perdaient sur le fond ocre de cet océan de terre desséchée. Seules les colonnes de poussière visibles jusqu’à l’horizon rappelaient que, bien que dispersée, cette armée n’encerclait pas moins la Nouvelle-Jérusalem.
Les mouvements de troupes avaient d’ailleurs posé de nombreuses difficultés. Les guerriers atamides n’ayant aucune expérience des déplacements militaires massifs, une certaine désorganisation avait failli compromettre le déploiement prévu dans la plaine. Des escadrons entiers s’étaient même télescopés, semant momentanément désordre et confusion. Heureusement, la formation dispensée par Tancrède et Liétaud aux différents chefs de guerre avait permis d’empêcher que ces accrocs ne dégénèrent en véritable chaos. D’ici quelques heures, l’installation d’un centre opérationnel aux portes de la plaine permettrait de mieux coordonner les troupes.
Une silhouette plus grande que les autres qui montait vers eux attira leur attention. C’était Arnut’har. Aujourd’hui, il avait revêtu une armure atamide complète couvrant de plaques blanches les parties de son corps qui n’étaient pas naturellement protégées par de larges écailles brunes. Sous cette armure, au lieu d’être nu comme les guerriers l’étaient habituellement pour les combats, il avait passé le vêtement traditionnel atamide, longue étoffe colorée enroulée autour du corps et maintenue par de la cordelette aux couleurs vives. Cela signifiait que cette bataille était spéciale, Tancrède le savait.
Le guerrier s’arrêta entre les percherons de combat. Sa tête arrivait au niveau de l’abdomen des deux hommes. La crête orange vif qui la surmontait rehaussait l’éclat doré de ses pupilles. Une flamme brûlait dans ce regard.
« Toi…, commença Arnut’har en s’adressant à Tancrède. Toi, descendre… avec moi… soldats doivent te si’nar… te voir. Uk nah’tar ! »
Même si le français d’Arnut’har était encore embryonnaire, les progrès réalisés par le chef de guerre en l’espace de quelques semaines forçaient le respect de Tancrède. Après tout, la notion de langue étrangère n’existait même pas sur Akya du Centaure. Toutes les ethnies de la planète ne possédaient qu’une seule langue, dont seules de légères variations permettaient de deviner d’où venait l’interlocuteur.
Tancrède acquiesça : « Entendu, Arnut’har. Je te suis. Mais n’oublie pas qu’après, nous devrons partir. Nous avons encore une chose à faire avant le début des combats.
— Arnut’har… n’oublie pas ! » répondit le grand Atamide.
Tandis qu’Arnut’har tournait les talons et commençait à descendre la pente qu’il venait de gravir, l’ex-lieutenant de l’ECM lança un dernier regard sur la ville croisée, songeant que Clorinde s’y trouvait et que probablement, elle aussi était en train d’observer cette immense armée.
Puis, il inclina les barres de commandes de son méca-perch et s’engagea dans la descente. Le sol friable se détachait sous les sabots de la lourde monture, créant un nuage de poussière derrière lui et des éboulements de pierre devant. Liétaud lui emboîta le pas.
Tu es vivant.
C’était la première phrase qu’elle avait prononcée lorsqu’il était venu à sa rencontre pendant l’embuscade. Ces trois mots n’avaient depuis cessé de résonner dans ses pensées. Il aurait été bien en peine d’affirmer, pas davantage sur l’instant qu’aujourd’hui, près de trente jours plus tard, que ces trois mots avaient exprimé du soulagement. Après tout, le ton qu’elle avait employé aurait tout aussi bien pu convenir pour un reproche.
Après avoir fait ce que tu as fait, j’aurais encore préféré que tu sois mort. Ce serait plus facile à accepter.
Bien entendu, jamais la jeune femme n’avait eu de tels mots. Toutefois, Tancrède les avait entendus aussi clairement que si elle avait réellement articulé cette phrase. Cela lui avait fait horriblement mal. Il avait tâché de ne pas le montrer, mais il savait parfaitement qu’elle s’en était rendu compte. Ce fut si dur qu’il avait failli tout lui révéler, là, comme ça, de but en blanc. Lui dire que sa foi, si importante pour elle, ne reposait au pire que sur une imposture, au mieux, que sur un malentendu. Lui dire que son engagement sans faille dans cette campagne militaire lui avait été dicté par des menteurs et des manipulateurs.
Puis il s’était ravisé. À quoi bon ? Elle refuserait de l’entendre et surtout, il ne pouvait se résoudre à la faire souffrir. Et par-dessus tout, secrètement, il espérait encore que des circonstances exceptionnelles les réuniraient de nouveau un jour.
Son percheron dérapa soudain sur plus d’un mètre, l’obligeant à ramener brutalement les barres de commande vers lui. S’apercevant que la monture menaçait de se mettre en travers de la pente, il repoussa l’une des barres vers l’avant tandis qu’il maintenait l’autre en arrière afin de ramener la croupe dans l’axe de la côte, puis reprit sa descente.
Il ne devait pas laisser ses problèmes personnels interférer avec la concentration nécessaire à la tâche capitale qui l’attendait aujourd’hui. Les enjeux de la bataille à venir dépassaient largement sa relation avec l’Amazone italienne. Aujourd’hui, il lui fallait donner le meilleur de lui-même. C’était son devoir.
Une fois au bas de la pente, il s’avança au milieu des troupes avec, à ses côtés, Liétaud et Arnut’har.
Il avait été décidé que chaque tribu conserverait sa structure hiérarchique et que celle-ci constituerait l’unité de base de l’armée atamide. Chaque section s’incorporait à un sous-ensemble plus grand de troupes de la même ethnie ou de la même région, pour la raison qu’elles se connaissaient et pratiquaient souvent les mêmes techniques de combat. Chacun de ces sous-ensembles obéissait à des chefs de guerre triés sur le volet, parfaitement informés de la stratégie globale et en contact constant avec l’état-major par l’intermédiaire de sages ou de systèmes com fournis par les évadés inermes. Lorsque le centre opérationnel serait enfin installé, des binômes humain/Atamide centraliseraient les décisions stratégiques.