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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Il me demanda de lui confirmer que ces zones noires étaient réellement mortelles pour un humain non-autorisé. C’était le cas, bien entendu. Je lui répondis donc par l’affirmative. Il me rappela alors que les connexions à l’Infocosme que nous réalisions ici ne passaient pas par un humain, mais par un Atamide. Comprenant immédiatement où il voulait en venir, je m’insurgeai contre ce qui me semblait représenter un risque inconsidéré. Certes, il était possible que les cerbères, ne reconnaissant pas une forme d’onde cérébrale humaine, ne le considèrent pas comme un intrus, mais c’était un coup de dé. Il n’y avait aucun moyen de vérifier cette hypothèse. Si elle était erronée, le vieux sage resterait sur le carreau.

Évidemment, comme à son habitude, Tan’hem argumenta. Il fit vibrer la corde sensible en rappelant que dans quelques jours, des centaines de milliers d’Atamides sacrifieraient leur vie sur le champ de bataille et que c’était bien le moins qu’il pouvait faire, lui, pour aider son peuple.

Que peut-on opposer à ce genre d’argument ?

À contrecœur, je dus céder et accepter de faire au moins une tentative. Celle-ci fut programmée pour le début d’après-midi et Tan’hem, qui ne cachait pas sa satisfaction, partit se reposer afin d’être en pleine possession de ses moyens le moment venu.

Je m’étais rendu à ses arguments, mais l’inquiétude me rongeait. Bien que je me sois fait un certain nombre d’amis parmi les Atamides, Tan’hem occupait pour moi une place particulière, parce qu’il avait été le premier à nous faire confiance, le premier à manifester une volonté réelle de communiquer avec nous. Songer qu’il pourrait perdre la vie tout à l’heure me nouait les tripes. Je sautai la pause déjeuner afin de préparer en profondeur la séance à venir.

Trente minutes avant l’heure convenue, Ouz’ka vint me trouver.

Il m’informa que Tan’hem lui avait demandé de prendre sa place pour cet après-midi. Je ne cachai pas ma surprise. Après l’insistance dont le vieux sage avait fait montre, j’étais étonné qu’il renonce à la dernière minute. Ouz’ka m’expliqua que son mentor avait mal mesuré l’état de fatigue dans lequel il se trouvait et, devant l’importance de la séance à venir, avait jugé plus prudent de laisser quelqu’un de plus jeune et en meilleure forme prendre sa place.

En dépit de mon étonnement, je dois avouer qu’au fond de moi, cette décision me soulageait. Bien entendu, afin de ne pas être désobligeant envers Ouz’ka, je n’en laissai rien paraître. Il ne fallait pas qu’il s’imagine que sa vie m’importait moins que celle de Tan’hem. Disons plutôt que sa vie m’importait énormément, mais que celle de Tan’hem m’importait encore plus… Bref, je n’étais pas très fier de cette pensée, aussi je passai rapidement à autre chose.

Comme il n’était pas question de laisser quelqu’un prendre de tels risques juste par obéissance envers son mentor, je pris le temps de lui expliquer soigneusement les détails de l’opération. Ouz’ka s’empressa de préciser que, bien évidemment, Tan’hem l’avait averti des risques et lui avait laissé le libre choix d’accepter ou non de le remplacer. Chose qu’il avait faite sans hésiter.

Après avoir informé l’équipe du remplacement de notre vecteur d’intrusion, je montrai à Ouz’ka comment s’installer puis nous passâmes l’heure suivante à lui expliquer ce qu’on attendait de lui. À peine une heure supplémentaire fut nécessaire pour son entraînement dans une simulation de l’Infocosme. Comme je m’en doutais, n’importe quel sage pouvait apprendre aussi vite que Tan’hem, contrairement à ce que le vieux têtu prétendait. Vers seize heures trente, nous étions connectés au Nod2 pour de bon et je commençai à pupitrer « à cheval sur les épaules » d’Ouz’ka.

Nous remontâmes le long de l’Arbre central afin d’atteindre les cimes habituellement interdites aux inermes. Tout en haut, les champs de données classifiées s’étendaient dans toutes les directions sur des plaines aux courbures impossibles, ponctuées ça et là par les marionnettes grises des pupitreurs autorisés. Nous les survolâmes comme des flèches sans attirer leur attention ; pour eux, si un pupitreur ne déclenchait pas d’alarme, c’est qu’il avait le droit d’être là. Point. Je demandai à l’Atamide de donner un coup de talon afin de nous propulser vers le haut, dans les recoins obscurs des sommets.

Dans le Chaudron, juste derrière moi, j’entendis la respiration d’Ouz’ka s’accélérer. Cela n’avait rien d’inquiétant en soi, en dépit des vapeurs d’Uk’tis qui l’enveloppaient, il répondait avec lucidité quand je lui adressais la parole.

Les zones militaires de haute sécurité étaient toujours aussi effrayantes. Colossales masses noires aux reflets irisés, seul un maillage translucide couvrant toute leur surface empêchait de les confondre avec des blocs massifs d’obsidienne. Leur aspect n’exprimait que la menace. En fait, elles exsudaient la menace.

On en dénombrait des dizaines sur toute la périphérie de la canopée infocosmique. Heureusement, nous disposions d’une topographie précise de leurs secteurs qui nous permit de choisir celle dédiée aux communications sécurisées sans risque de nous tromper. Lorsque nous nous trouvâmes devant celle-ci, je demandai une dernière fois à Ouz’ka s’il voulait renoncer. En guise de réponse, celui-ci nous propulsa vers la paroi sans la moindre hésitation.

Je ne pus retenir un petit cri de frayeur. C’était comme plonger la tête la première dans une mare de pétrole agitée de soubresauts. Avant que mon cri ne s’éteigne, nous étions de l’autre côté.

Deux secondes plus tard, les cerbères fondaient sur nous.

Les bots de sécurité des zones noires me faisaient toujours penser à des origamis rutilants couverts d’épines mobiles. Leurs silhouettes abstraites changeaient régulièrement au rythme des reconfigurations dynamiques qu’ils opéraient. Bien qu’ils ne fussent pas conçus pour inspirer la peur, ils terrorisaient quiconque attirait leur attention. Or, c’était précisément ce que nous venions de faire.

Nous n’avions pas déclenché d’alarme en franchissant la limite de la zone noire et les cerbères ne nous avaient pas attaqués, donc notre hypothèse s’avérait exacte, pour le moment. Pourtant, les bots gardiens nous avaient clairement identifiés comme des intrus puisqu’ils nous avaient foncé dessus et qu’ils nous encerclaient maintenant, interrompant notre élan. J’eus alors la nette impression que leurs fonctions d’analyse étaient en train de nous évaluer. Nous ne disposions peut-être que de peu de temps, il fallait se magner le train.

Nous nous remîmes en route avec circonspection, redoutant le contact des cerbères qui nous barraient le passage. Toutefois ceux-ci s’écartèrent, comme à regret. Ils ne nous avaient pas encore classés comme ennemis. Sans perdre une seconde de plus, je demandai à Ouz’ka d’accélérer et le guidai à travers les cubes de répartition abritant les brins de données standards en espérant semer la meute de gardiens qui pourtant ne nous lâchait pas d’une semelle.

Je commençais à avoir un mauvais pressentiment. Les archives des communications super-tachy étaient bien plus vastes que nous ne le pensions et les cerbères nous collaient de plus en plus. Les travées aux lignes claires qui subdivisaient les cubes géants défilaient à toute vitesse sans que je puisse déterminer laquelle était susceptible de contenir les données que nous cherchions. Dans le Chaudron, notre équipe de hackeurs s’échinait à lancer toutes sortes de sous-programmes créés spécialement pour cette opération sans obtenir le moindre résultat.

Les bots de sécurité s’agglutinaient autour de nous, sans cesse plus nombreux, sans cesse plus entreprenants, et soudain, je compris ce qu’ils faisaient. Ils analysaient notre comportement. Bien que leurs demandes d’identification réglementaires aient échoué, nous n’avions pas déclenché l’alarme de la membrane. Devant cette contradiction, ils avaient probablement lancé un appel pour qu’un cadre vienne nous identifier formellement. Le temps que celui-ci arrive, leurs programmes d’analyse nous observaient, nous étudiaient, et je sus qu’ils allaient bientôt déduire de notre comportement sur place que nous étions indésirables. Il ne nous restait plus beaucoup de temps.

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