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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Tancrède passa devant chacune de ces unités. Même s’il savait qu’il ne pourrait se montrer à tous – il aurait fallu pour cela qu’il fasse le tour complet du plateau – il tenait à ce qu’un maximum d’entre eux aient vu son visage au moins une fois avant le début des combats puisque c’était à son initiative s’ils s’apprêtaient à mettre leur vie en jeu.

Ainsi, tel un général romain, il avança au pas au milieu des troupes durant plus d’une heure. Liétaud et Arnut’har, quelques mètres en retrait, le suivaient à la même allure. À la grande surprise de l’ex-lieutenant de l’ECM, la plupart des soldats atamides le reconnurent et le saluèrent en levant leurs armes à son passage alors que très peu d’entre eux avaient déjà eu l’occasion de le voir.

Tancrède se rappela ces films populaires où le héros, meneur d’hommes né, se lançait toujours dans un discours enflammé juste avant la bataille finale afin de galvaniser les troupes, et leur donner l’ardeur nécessaire pour affronter un ennemi surnuméraire. Dans la réalité, cela ne se passait jamais ainsi.

Avant la bataille, une odeur de boucherie plane toujours dans l’air. C’est imaginaire, bien sûr, puisqu’aucun sang n’a encore éclaboussé la terre, pourtant tous les soldats la sentent. Avant la bataille, les tripes se nouent, les gorges se serrent, chacun regarde son voisin en se demandant si cela va être lui ou l’autre, ou les deux. Avant la bataille, nul n’a envie de parler et encore moins d’entendre son chef hurler des exhortations creuses. Avant la bataille, les nerfs son tellement à vif, les muscles tellement bandés, que si l’on excite inutilement les troupes, elles prennent le mors aux dents et se ruent vers l’adversaire sans la moindre discipline.

Avant la bataille, le plus important pour les troupes est de pouvoir lire sur le visage de leur chef calme et confiance.

« Chaudron à Tancrède, Chaudron à Tancrède, ici Colin, me reçois-tu ?

— Tancrède à Chaudron, je te reçois, Colin.

— C’est l’heure d’envoyer le message. Tu n’as pas changé d’avis ?

— Négatif, Colin, je n’ai pas changé d’avis. Tu peux l’envoyer.

— Entendu. Alors, c’est parti. Terminé.

— Terminé. »

7 h 44

La sirène de l’alerte générale éclata sur tous les haut-parleurs de la Nouvelle-Jérusalem à 6 h 44 du matin.

Levées depuis plus d’une heure déjà, Clorinde di Severo, Germandière Morand et Blanche de Chausaley se précipitèrent, comme tout le monde, vers les côtés du plateau. Nul n’ignorait la formation d’une gigantesque armée ennemie à quelques kilomètres de là. L’alarme ne leur apprenait qu’une seule chose : les Atamides s’étaient mis en marche et approchaient. Tout le monde désirait voir cela afin de pouvoir juger de ses propres yeux si les rumeurs disaient vrai. Toutefois, les barrières anti-franchissement qui ceinturaient la ville empêchaient de se poster suffisamment près du bord et, même en escaladant les chaos rocheux, la vue en contrebas restait désespérément bouchée. Blanche s’écria alors :

« J’ai une idée, suivez-moi ! »

La fille du baron de Chausaley s’élança sans attendre vers l’une des tours de défense primaire qui protégeaient la Nouvelle-Jérusalem et ses deux compagnes lui emboîtèrent le pas. Ce ne fut qu’en arrivant à l’entrée de la tourelle que celles-ci comprirent ce que Blanche avait derrière la tête.

« Bonjour Andrew ! lança la jeune aristocrate à l’un des opérateurs qui s’affairait à charger d’imposantes douilles plasma dans une trappe d’approvisionnement. Comment allez-vous ? »

Le sous-officier interpellé se redressa et, reconnaissant Blanche, lui adressa un signe amical. Il donna quelques instructions à ses hommes puis vint à la rencontre des trois Amazones en s’essuyant les mains dans un chiffon graisseux.

« C’est un jeune major anglais que j’ai rencontré au carré des sous-officiers, il y a quelques semaines, souffla discrètement la jeune femme à ses camarades. Bien qu’il se soit montré absolument charmant ce soir-là, je dois avouer qu’il m’était un peu sorti de la tête…

— Blanche, quel plaisir de vous voir ! s’exclama le dénommé Andrew en s’approchant avec un large sourire. Vous vous décidez enfin à donner de vos nouvelles.

— Oui, je sais, Andrew, j’ai eu l’imprudence de promettre de vous revoir rapidement et bien entendu, comme tous les hommes, vous m’avez cru ! »

Elle éclata d’un rire frivole et Andrew, sous le charme, en fit autant. Comme souvent depuis qu’elle la connaissait, Clorinde s’agaça de la superficialité de Blanche. Cependant, ce qui l’exaspérait le plus, c’était la facilité avec laquelle elle mettait les garçons à ses pieds. Comment tant d’hommes, surtout des militaires, c’est-à-dire souvent des mâles dominateurs, pouvaient-ils accepter aussi aisément de se faire mener par le bout du nez ?

« Allons, Blanche, dit celui-ci d’un air entendu, je me doutais bien que je ne vous reverrais pas de sitôt. Une femme de votre rang ne rend pas visite à un malheureux mécano tel que moi.

— Allons, vous êtes tout de même major, bientôt aspirant si ma mémoire est bonne ! Cela dit, même simple mécanicien, je vous aurais remarqué ! »

Clorinde n’en revenait pas que sa camarade trouve le moyen de badiner en un moment pareil.

« C’est un honneur que d’être flatté par vous, répondit le jeune homme en s’inclinant. Cependant, même si je suis ravi de votre visite, je crains de ne pouvoir laisser mes hommes plus longtemps. On vient de sonner l’alerte générale, voyez-vous, alors si vous voulez bien m’excuser…

— Attendez un instant ! s’écria Blanche, redevenant brusquement sérieuse. Je me demandais si vous nous laisseriez monter en haut de votre tour afin que l’on puisse observer le déploiement ennemi. »

Avec, sur le visage, l’air vaguement désabusé de celui qui n’est pas dupe des rapports de classes dans les jeux de séduction, Andrew laissa passer un bref instant de réflexion avant de répondre.

« Je ne sais pas si…, commença-t-il.

— S’il vous plaît ! insista Blanche. Je sais que vous êtes en état d’alerte, mais nous, nous en sommes réduites à attendre le rassemblement de notre unité ! Et cette attente nous tue, littéralement. Laissez-nous au moins voir l’ennemi qui vient nous combattre ! »

Le major soupira. Il n’avait ni l’envie, ni le temps d’affronter l’entêtement d’une fille de baron. Clorinde se sentit gênée.

« Très bien, répondit finalement Andrew, vous pouvez grimper jusqu’au poste de vigie circulaire, juste sous les batteries. De là, vous aurez une vue dégagée.

— Oh merci, Andrew ! Je vous promets que je n’oublierai pas ce geste.

— Par contre, si jamais vous entendez le signal de tir, redescendez en quatrième vitesse ! Si les batteries entrent en action alors que vous êtes encore là-haut, vous pourrez dire adieu à vos tympans. »

Le major n’avait pas menti. Du haut de la tour de défense primaire, Clorinde et ses deux amies disposaient d’une vue totalement dégagée sur la plaine circulaire entourant la Nouvelle Jérusalem. Et ce qu’elles y découvrirent en arrivant les impressionna tant qu’elles en perdirent la voix.

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