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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Le risque était trop grand. Il fallait tout annuler.

J’allai crier pour qu’on débranche Ouz’ka lorsque quelqu’un annonça d’une voix fébrile qu’il venait de localiser le secteur mémoriel recherché et qu’il commençait à fouiller les registres. Je hurlai que c’était trop tard, qu’il fallait nous déconnecter, mais le sage atamide insista pour que l’on continue. Il ne voulait pas avoir fait tout cela pour rien. En proie à une brusque panique, je déclenchai la procédure d’urgence : une vidange intégrale du secteur mémoriel directement dans notre base de données qui fit aussitôt sonner tous les systèmes de sécurité de l’Infocosme.

Mais ils étaient devenus inutiles. Au même moment, les cerbères venaient de se jeter sur nous.

Mon écran vira au noir. Je rejetai les sphères de commande sur le côté et me précipitai avec l’énergie du désespoir vers le fauteuil d’Ouz’ka afin de lui arracher les palpeurs avant l’émission du signal létal. Malheureusement, l’Atamide était déjà pris de violentes convulsions, une mousse blanchâtre lui sortait de la bouche. Dix secondes plus tard, il était mort.

Se remettre en question n’a jamais été facile pour personne. Lorsque cette remise en cause de vos idées n’est pas le fait d’une longue introspection, mais vous est imposée brutalement par les circonstances, c’est encore pire. Et lorsque les conséquences de vos actes ont provoqué le décès de quelqu’un, c’est tout simplement épouvantable.

Je ne suis pas général. Je ne me suis pas forgé cette froide indifférence qui permet d’envoyer des hommes à la mort sans sourciller au nom de je ne sais quelle fatalité. À la guerre comme à la guerre, dit-on. Moi, j’ai toujours vécu dans l’idée que provoquer la mort de quelqu’un était un acte impardonnable.

Je ne suis qu’un simple informaticien. Le geste le plus violent que j’aie jamais commis fut de frapper mollement un crétin qui bousculait ma sœur dans la file d’attente d’un magasin d’alimentation. Cette poussée de bravoure m’avait d’ailleurs valu un œil au beurre noir.

Chercher des preuves dans les mémoires du Nod2, c’était mon idée. Utiliser des sages atamides comme vecteur pour atteindre la fréquence nécessaire, c’était mon idée. C’étaient donc mes idées de génie qui avaient tué Ouz’ka. CQFD.

J’avais beau me raisonner, me répéter que nous étions en guerre, que beaucoup de gens avaient déjà perdu la vie et que beaucoup d’autres la perdraient à leur tour, que si j’avais pu me connecter moi-même à l’Infocosme, je l’aurais fait sans hésiter, cela ne rendait pas cet événement tragique plus facile à accepter.

Ce fut aussi un moment difficile pour Tan’hem. D’autant plus qu’Ouz’ka avait menti.

Tan’hem ne lui avait jamais demandé de prendre sa place, il n’avait pas le moins du monde ressenti de faiblesse passagère en ce début d’après-midi. Ouz’ka avait tout inventé afin de protéger son vieux mentor. Comprenant que cette tentative d’intrusion en zone noire faisait courir à celui-ci un danger encore plus grand que d’habitude, il avait raconté que je souhaitais reporter la séance au lendemain pour des raisons techniques. Tan’hem avait accepté cette déclaration sans méfiance et en avait profité pour rester au repos. Ouz’ka s’était ensuite présenté à moi avec le mensonge que l’on sait.

Bien entendu, personne ne me fit le moindre reproche. Il ne fallait pas se tromper de coupable, me disait-on, Ouz’ka n’était pas victime de mes actes, mais, indirectement certes, de la folie des Croisés. Je connaissais ce laïus, je l’avais déjà servi moi-même à plusieurs reprises.

Or, en mon for intérieur, je savais que le problème n’était pas là. Si je me sentais aussi mal, c’était parce que je n’étais pas sûr de m’être vraiment laissé abuser par Ouz’ka. Avais-je deviné la supercherie et feint le contraire afin de laisser le disciple prendre le risque à la place du vieux sage ? Je n’en savais rien, et le doute me taraude encore aujourd’hui.

Toutefois, le pire n’était pas là. Le pire était que nous avions fait tout cela pour rien.

L’opération était un échec. Même si la vidange in extremis des secteurs mémoriels avait bien fonctionné, il n’y avait plus aucune trace des communications que nous recherchions. Tout ce qui s’y rapportait avait été transféré dans des mémoires externes, hors de l’Infocosme, et les zones concernées avaient été intégralement réalignées. Il fallait croire que lorsque ceux d’en face avaient compris que les zones noires n’étaient pas totalement inviolables, la peur les avait poussés à se montrer nettement plus prudents. J’enrageais de ce sacrifice inutile. Ces salauds avaient pensé à tout.

Par-dessus tout, la vidange d’urgence avait révélé notre couverture au grand jour. Tous les programmes de hack que nous utilisions jusqu’à présent étaient grillés pour de bon. Il fallait tout reprendre à zéro.

Quand Tan’hem vint me voir, il me trouva effondré. Le vieil Atamide s’assit à côté de moi et demeura ainsi plusieurs minutes, le regard dans le lointain. Il ne pensa pas une parole. Ce n’était pas nécessaire, le champ émotionnel qu’il émettait était plus éloquent que n’importe quel discours. Il était désespéré à double titre, d’abord pour la mort d’Ouz’ka, ensuite pour le bain de sang imminent que nous n’avions su empêcher. Car il n’y avait plus aucun doute que les preuves que nous cherchions étaient désormais inaccessibles. Nous ne les trouverions jamais. Mon idée avait vécu.

Lorsque Tancrède apprit que nous avions abandonné la partie, il en fut attristé, mais je pense que de toute façon il n’avait pas placé d’espoirs inconsidérés dans notre démarche. Si nous avions réussi, il en aurait été ravi. Que nous ayons échoué n’entamait en rien sa détermination.

Il m’informa que les tribus voyageaient en ce moment même jour et nuit pour nous rejoindre. Dans quelques jours, l’armée atamide serait équivalente à l’armée croisée.

Le choc cataclysmique se profilait déjà à l’horizon. Désormais, plus rien ne pouvait épargner aux hommes ni aux Atamides l’horrible boucherie qui se préparait.

XII

6 mars 2206 TR
7 h 33

Toute la nuit, le vent avait rugi au-dessus des tentes, projetant une grêle de sable que même le feutre des toits ne parvenait pas à étouffer, secouant les poteaux pourtant fermement enfoncés dans le sol, soulevant parfois un rabat de toile afin de s’insinuer brutalement dans les abris et d’en réveiller les occupants. Toute la nuit il avait tempêté, hurlé, trépigné inlassablement, au point que chacun avait fini par le maudire pour avoir fait fuir le sommeil, pourtant si précieux avant la journée décisive qui approchait. Malgré cela, à l’aube, lorsque l’immense armée se remit à vivre, il était toujours là. Les malédictions ne l’avaient pas fait partir. C’était redevenu un ami qui, après s’être agité inconsidérément à l’heure du repos, tentait de se faire pardonner en tenant compagnie à ses frères d’armes au lieu de retourner aux cavernes qui l’avaient engendré pour s’y reposer à son tour.

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