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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Par mimétisme avec l’ami encombrant qui leur avait tenu compagnie toute la nuit, les troupes atamides semblaient gagnées par une excitation fiévreuse. Son exosquelette de guerre déjà endossé, Tancrède sortit de sa tente et s’avança. La fébrilité qui régnait autour de lui l’atteignait à peine. Les inermes affairés ou les guerriers atamides rejoignant leurs troupes à la hâte le frôlaient, le bousculaient parfois, suscitant des nuages de poussière aussitôt rabattus par le vent infatigable sans que le Normand s’en préoccupe. Il marchait lentement vers son méca-perch en mesurant chacun de ses pas comme s’il refusait de prendre part à la frénésie générale, comme s’il se mouvait au ralenti dans une scène en accéléré. Il demeurait concentré sur la tâche qui l’attendait, s’efforçant de maintenir toutes ses pensées orientées dans un seul but, un seul objectif : tout à l’heure, il allait réclamer la victoire aux dieux de la guerre.

Une cacophonie épouvantable avait beau emplir tout le camp, Tancrède n’y prêtait pas la moindre attention. Il ne pouvait l’entendre, car son esprit était lui-même envahi par un véritable vacarme. Le mugissement du doute auquel se mêlait le hurlement de la culpabilité. Il avait tout fait pour que cette bataille ait lieu, et pourtant, c’était la dernière chose qu’il désirait voir se réaliser.

Mais il n’était plus possible de reculer. Tout à l’heure, il allait devoir faire face à la traduction dans la réalité du plan qu’il mûrissait depuis des mois. Tout à l’heure, des gens allaient mourir en le suivant ou en l’affrontant.

Il atteignit enfin le haut de la butte sur laquelle Liétaud l’attendait déjà, debout entre leurs deux percherons de combat. Le vent agita d’une rafale la tignasse rousse du géant flamand, dégageant entièrement ses yeux gris-bleu. Lui aussi avait cessé de se couper les cheveux dès son arrivée aux cavernes. Revêtu de son Weiner-Nikov modèle révisé, Liétaud Tournai était aussi impressionnant qu’un guerrier atamide.

Les deux hommes échangèrent un regard à la fois sombre et impatient. Ils avaient rejeté leurs doctrines antérieures, repoussé leurs anciens maîtres, ouvert les yeux sur leurs erreurs passées, et pourtant, ils restaient des soldats que l’imminence de la bataille rendait nerveux. Subitement, Tancrède saisit les épaules de son compagnon de route et l’attira à lui pour l’étreindre sans un mot.

D’un mouvement rendu souple et rapide par les servomoteurs de leurs combinaisons, ils grimpèrent sur les montures puis, tirant sur les barres de commande vers la droite, les firent pivoter face à l’ouest. Devant eux, trois cents mètres plus bas et s’étendant sur plusieurs kilomètres, s’ouvrait l’immense plaine qui cernait le plateau de la Nouvelle-Jérusalem. Contrairement à la dernière fois où Tancrède était passé ici, lorsqu’il avait fui le gigantesque camp croisé, l’endroit n’avait plus rien de désertique.

Aujourd’hui, un Bot atamide y déferlait, emplissant la plaine d’une multitude effrayante, d’un raz de marée de guerriers armés prêts à en découdre. Aux premières lueurs de l’aurore, les légions tribales étaient descendues de la vallée du grand rassemblement, quelques kilomètres au nord-est, pour se déverser aux portes de la Nouvelle-Jérusalem, l’encerclant en quelques heures.

« Combien sont-ils, selon toi ? fit Liétaud tout en balayant du regard l’armada atamide.

— Difficile de le savoir avec précision, répondit son ami. Pas loin de sept cent mille, d’après les dernières estimations du Conseil des sages.

— Et il en arrive encore… »

En effet, pas une heure ne s’écoulait sans qu’ils soient informés d’un nouveau renfort. À plusieurs milliers de kilomètres à la ronde, rares étaient les ethnies, les tribus ou les grandes familles qui avaient refusé d’envoyer des guerriers.

En bas, une rumeur sourde émanait de la foule immense qui, selon les instructions de Tancrède, se tenait dans une bande circulaire comprise entre trois et cinq kilomètres de la Nouvelle-Jérusalem. Trop loin pour les tours de défense primaire, trop près pour les rampes de missiles tactiques. Seuls les tanks Auroch M4 auraient éventuellement pu faire feu à cette distance et selon cet angle. Toutefois, Tancrède savait que les bords du plateau étaient bien trop instables pour que ces énormes machines puissent s’y mettre en position de tir.

Durant les jours précédents, le déplacement considérable de population qu’avait représenté le grand rassemblement était devenu impossible à dissimuler aux yeux de l’armée croisée. De nombreuses colonnes d’Atamides avaient ainsi subi des bombardements aveugles dont les victimes s’étaient comptées par milliers. Pour autant, pas un seul guerrier ne s’était arrêté, n’avait reculé, ni renoncé.

Jour après jour, les innombrables ruisseaux d’Atamides s’étaient réunis en rivières qui avaient coulé jusqu’à la vallée choisie des semaines plus tôt pour opérer le grand rassemblement. C’était la phase la plus dangereuse du plan élaboré par Tancrède, le moment où l’armée ata était la plus vulnérable parce que concentrée en un seul endroit. Seule l’intense guérilla technologique menée par les évadés inermes avait empêché l’armée chrétienne de déterminer avec précision la position de ce rassemblement, puis de le bombarder ou de le carboniser par des frappes énergétiques orbitales. Sans leurs attaques incessantes contre les réseaux com, sans leurs assauts implacables contre les DirSat ou les systèmes de détection, la grande armée tribale ne serait déjà plus qu’un souvenir fondu dans une montagne de cadavres calcinés.

Au bout du compte, l’unique option qui restait aux humains était de bombarder à vue avec des intercepteurs volant à basse altitude. Pour empêcher cela, Tancrède avait eu une idée quelques semaines auparavant.

« Tancrède au Chaudron, fit l’ex-lieutenant sur le canal prioritaire qui lui permettait de communiquer directement avec le QG technique installé aux cavernes.

— Chaudron à Tancrède, grésilla une voix familière dans son oreillette. Colin Fulbert en ligne, je t’écoute, Tancrède.

— Toujours pas de mouvement aérien signalé ? Aucune escadre en approche ?

— Négatif. Pas le moindre décollage. Tous les intercepteurs restent bien sagement au sol. Je crois qu’ils ont compris…

— Bien reçu, merci. Terminé.

— Terminé. »

La première fois qu’il avait vu les puissants archers Tar’sarus descendus des régions « froides » d’Akya pour rejoindre les rangs de la Grande Armée atamide, Tancrède avait tout de suite songé qu’il tenait peut-être là un moyen de neutraliser le pivot tactique des armées de l’ECM : les intercepteurs H6. L’envoi de ces engins volants surarmés était bien souvent décisif au cours d’un conflit et aucun général n’envisagerait sérieusement de se lancer dans une bataille sans le soutien aérien d’une ou plusieurs escadres de H6.

L’idée de Tancrède avait consisté à demander aux Atamides d’utiliser le même matériau blanc qui équipait leurs lances pour fabriquer des pointes adaptées aux flèches des fameux guerriers-archers. Les capacités tranchantes des lames blanches, qui pénétraient facilement le carbone-semtac des exos, alliées à la puissance considérable d’un tir sur de tels arcs devaient, selon Tancrède, être en mesure d’infliger suffisamment de dégâts à un intercepteur pour au moins l’obliger à rentrer à la base.

Il avait fallu du temps pour produire ces nouvelles pointes de flèches. Aussi, les premiers bombardements de colonnes de soldats atamides sur le chemin du rassemblement n’avaient pu être évités. Toutefois depuis quelques jours, la donne avait changé.

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