Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Pas une parole ne fut prononcée durant plusieurs minutes tandis qu’elles observaient ces myriades de créatures envahissant progressivement tout le paysage. L’embouchure d’une étroite vallée au nord-ouest les déversait par milliers vers la Nouvelle-Jérusalem comme si un barrage avait cédé en amont et libérait un lac fétide aux eaux corrompues, engloutissant tout sur son passage. Clorinde crut même sentir que le vent portait jusqu’à eux une repoussante odeur animale. Même si les Croisés l’emportaient sur cette armée maléfique, la plaine en resterait souillée à jamais. La jeune femme en éprouva un profond dégoût.
« Dieu tout puissant, souffla Germandière, c’est proprement effrayant…
— Effrayant, en effet, renchérit Blanche d’une voix éteinte. À ce rythme, nous serons encerclés avant la fin de la matinée…
— Regardez là-bas ! reprit Germandière en montrant un point au loin. Ceux qui volent sont là aussi ! »
En effet, à quelques kilomètres au sud, on distinguait clairement un essaim d’Atamides aériens. Ce n’était pas la première fois que Clorinde en voyait, mais jamais encore ils ne s’étaient montrés en si grand nombre. Il y en avait des milliers. Et pourtant, ce n’était qu’une goutte d’eau face à la multitude qui remplissait la plaine.
« Leur nombre sera bientôt supérieur au nôtre… »
Cette phrase, Blanche l’avait prononcée d’une voix neutre, mais Clorinde y avait perçu la vibration du doute. Peut-être même celle de la peur. Or, ce n’était pas la première fois, ces derniers jours, qu’elle entendait un membre de l’armée chrétienne exprimer ouvertement ce genre de sentiment. Elle méprisait cette attitude.
« Tu veux bien faire la guerre, mais uniquement à la condition d’avoir la supériorité numérique et technologique, c’est cela ? »
Blanche de Chausaley se tourna vivement vers elle, comme si elle avait reçu une gifle. Le sang lui monta au visage.
« Ah oui, j’oubliais que mademoiselle est une Méta-guerrière et qu’elle a des leçons de courage à donner à tout le monde !
— Je ne te donne pas de leçon de courage. Je t’ai vu combattre, je sais que tu n’en as pas besoin. Je dis simplement que si toutes les batailles étaient aussi aisées que les premières, l’armée n’aurait pas besoin d’un corps d’élite comme le nôtre !
— Tu ferais bien de ne pas t’aventurer sur ce terrain ! s’emporta la fille de baron. Si tu avais su retenir ton fichu petit ami, nous n’en serions pas là ! »
Clorinde sursauta à son tour. Elle pâlit, puis s’avança vers Blanche.
« Je… je ne peux pas croire que tu viens de proférer une telle… monstruosité. »
Blanche s’approcha à son tour, piquée au vif.
En un clin d’œil, Germandière s’interposa entre les deux jeunes femmes. Elle lança un regard lourd de reproches à la jeune aristocrate et lui dit avec sévérité :
« Retire ça, Blanche ! C’était très injuste. »
Toute la colère de cette dernière parut s’envoler d’un coup et ses épaules s’affaissèrent.
« Pardonne-moi… Clorinde, fit-elle la voix tremblante. C’était stupide de dire cela. Je suppose que c’est l’inquiétude qui m’a fait déraper. Et puis, tu sais très bien que tu es plus courageuse que moi. Tu es d’ailleurs plus courageuse que n’importe qui dans cette armée. C’est bien simple, on dit de toi que tu ne connais pas la peur. »
Devant un tel élan de sincérité – très inhabituel pour la fille du baron de Chausaley –, Clorinde aurait dû faire preuve d’élégance et prétendre qu’elle n’accordait aucune importance à l’incident. Toutefois, la réplique de sa camarade de régiment l’avait tant heurtée qu’elle n’y parvenait pas. Elle savait que beaucoup pensaient réellement ce qui venait d’être dit dans un accès de colère.
Clorinde tourna la tête vers la plaine et plissa des yeux. Tancrède se trouvait-il parmi ces démons ? Commandait-il vraiment à cette armée impie ? Même si cette information avait été officiellement démentie par l’état-major, c’était l’opinion la plus répandue. Et si l’ex-lieutenant était unanimement détesté pour avoir uni les tribus atamides contre l’ECM, Robert de Montgomery et Clorinde n’en étaient pas moins tenus pour responsables. Le premier pour avoir tellement manigancé contre lui qu’il l’avait poussé à déserter et la seconde, comme venait de le dire Blanche, pour n’avoir pas su le retenir. Pour elle, c’était comme si on lui reprochait de n’avoir pas su l’aimer.
D’ailleurs, depuis qu’elle l’avait revu lors de l’embuscade, les sentiments contradictoires que Clorinde éprouvait à l’égard de Tancrède s’étaient encore accrus, comme si, au lieu de reprendre pied sur la berge après avoir failli se noyer dans un torrent, elle découvrait qu’elle était entraînée droit vers une cataracte.
Je l’aime tant ! Je le déteste et l’adore en même temps, c’est insoutenable !
Nul ne pouvait résister à un tel écartèlement. Clorinde craignait d’arriver au bout de ses limites et de craquer nerveusement.
« Tu n’as pas à t’excuser, Blanche, finit-elle par dire simplement. Je n’aurais pas dû me montrer arrogante.
— À la bonne heure ! s’exclama Germandière. Il aurait été triste que notre amitié éclate alors qu’une bataille capitale s’annonce. Si je dois me présenter devant mon Créateur avant la fin du jour, je ne voudrais pas que ce soit avec le remords de ne pas vous avoir réconciliées. »
Une clameur monta de la plaine. Des légions entières de démons hurlaient et frappaient leurs lances contre leurs armures. Vu du plateau, il était impossible de deviner la raison de cet emballement soudain.
« Si seulement nous pouvions leur envoyer nos intercepteurs, gronda Germandière, ils ne plastronneraient pas ainsi ! »
Clorinde se souvenait très bien du choc qu’avaient éprouvé les troupes, trois jours auparavant, lorsque la nouvelle de la destruction de neuf intercepteurs s’était répandue. C’était un coup terrible porté au moral des Croisés. Même si on ne savait pas très bien comment les Atamides s’y étaient pris pour descendre des H6, cela ne les avait pas empêchés de réitérer leur exploit quarante-huit heures plus tard. Treize autres aéronefs avaient été abattus.
« Peu importe, rétorqua Blanche, dès qu’ils seront suffisamment près, ces tours se chargeront de les réduire en pièces ! »
Elle avait frappé la rambarde du garde-corps du plat de la main pour souligner son propos.
« Ils ne feront pas cette erreur », fit Clorinde pensivement, les yeux dans le lointain.
Blanche la regarda avec surprise. La Méta-guerrière poursuivit :
« Jusqu’à maintenant, ils ont pris soin de demeurer hors de portée de tir des tours de défense primaire. Mais tu remarqueras qu’ils sont également trop près pour les missiles. Restent les Aurochs. Eux seuls pourraient les atteindre, mais nos ingénieurs ont si intelligemment choisi ce plateau pour établir le camp qu’on ne peut pas s’approcher des bords pour mettre les tanks en position. Donc, tu peux être sûre que nos ennemis ne bougeront pas de cette bande circulaire qu’ils sont en train d’occuper, lentement mais sûrement. »
Cette impeccable stratégie d’élimination systématique des options de l’adversaire, il n’était pas nécessaire de réfléchir bien longtemps pour deviner à qui on la devait.
Où pouvait-il bien se trouver au sein de cette masse grouillante ? Car il était là, cela ne faisait aucun doute.
Soudain, les messageurs des trois Amazones bipèrent simultanément. Germandière fut la plus prompte à sortir le sien et à lire le texte qui s’y affichait.