Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Le spectacle est terminé, les filles. Nous devons rejoindre l’unité pour préparer les WN.
— Bon sang, s’écria Clorinde, et ces fichus techs qui ne m’ont toujours pas appelée pour me rendre le mien !
— Il est encore à l’atelier ? s’étonna Blanche.
— Pour la troisième fois ! répondit l’Italienne en fulminant. Toujours le même problème de régulation thermique !
— Dépêche-toi d’aller les voir, alors ! intervint Germandière en la poussant vers l’escalier. Tu as peut-être encore le temps d’aller le chercher et de nous retrouver aux quartiers ama.
— Tu as raison. À tout à l’heure ! » fit Clorinde en s’élançant vers la sortie.
« Absolument impossible ! grogna le chef d’atelier, lapidaire. Votre exo ne pourra jamais être réparé à temps ! »
Furieuse, Clorinde serrait et desserrait convulsivement les poings sans même s’en rendre compte. Ce type l’avait instantanément mise sur les nerfs. C’était l’exemple typique du technicien sûr de son importance et n’hésitant pas à abuser de sa position dominante. Grand et maigre, pour ne pas dire osseux, son visage revêche était surmonté d’une coupe au bol totalement démodée et absolument ridicule, et ses mains trop longues dépassaient démesurément des manches d’une combinaison trop courte.
« C’est inadmissible ! »
La jeune femme avait conscience que ce n’était pas une répartie bien fameuse, surtout prononcée de la voix stridente qu’elle prenait involontairement lorsqu’elle était excédée. Bien que la discussion ait démarré poliment – quoiqu’un peu sèchement –, maintenant, Clorinde criait presque.
« Les combats vont débuter d’ici quelques heures, et vous voulez m’empêcher d’y participer ?
— J’suis pas responsable des défauts de fabrication de votre Weiner-Nikov. »
L’Amazone devait se retenir pour ne pas le frapper. Un coup bien ajusté du tranchant de la main droite et son larynx serait écrasé ; un second, du plat de la main gauche, en plein plexus, et ce sale type ne pourrait même plus respirer.
« C’est la troisième fois que je le confie à vos équipes. À chaque fois pour le même problème. À chaque fois, vous prétendez que la réparation a été faite et pourtant, à chaque fois, le problème réapparaît au bout de quelques jours !
— Écoutez, mademoiselle, c’est p’t’être pas très marrant pour vous, mais nous, on a du travail par-dessus la tête ! Alors, votre WN, il attendra son tour comme tout le monde ! Vous auriez dû lui faire une révision complète il y a longtemps déjà.
— Par tous les saints, je vous jure que ça ne se passera pas comme ça !
— Laissez tomber les menaces, de plus puissants que vous ont déjà essayé et j’suis toujours là. »
Clorinde n’ignorait pas que le chef d’atelier qui supervisait tous les techs-WN n’avait effectivement rien à craindre d’elle. Ce personnage vulgaire était bien trop important dans la longue chaîne de compétences qui permettaient aux soldats d’arriver sur le terrain avec un équipement en état de fonctionnement.
De plus, il avait raison à propos de la révision complète. Elle aurait dû rendre cet exosquelette dès l’apparition des premiers problèmes, en début de campagne. Cependant, elle avait craint de manquer plusieurs jours de combat et avait tiré sur la corde jusqu’à la limite. Une lourde erreur en définitive puisque ce calcul allait la tenir éloignée de ce qui s’annonçait comme l’une des batailles les plus importantes de toute l’histoire de l’Empire Chrétien Moderne.
Elle décida de tenter l’apaisement.
« Allez, soyez compréhensif, fit-elle sur un ton qu’elle eut toutes les peines du monde à modérer. Mettez-vous à ma place, ainsi qu’à celles de mes camarades de régiment. Vous ne voulez tout de même pas priver les Amazones de leur seule Méta-guerrière ?
— Vous ne comprenez décidément pas. Quand bien même je vous ferais passer devant tout le monde – ce qui n’arrivera pas – il faudrait de toute manière plusieurs jours pour réaliser l’intervention ! Si vous voulez un bon conseil, plutôt que me faire perdre mon temps, vous feriez mieux d’en prendre un de rechange à la réserve et de passer les prochaines heures à le régler avant ce foutu combat ! »
Comment un tel crétin avait-il pu devenir spécialiste des exosquelettes Weiner-Nikov ?
Une rage effroyable au ventre, Clorinde partit sans répondre, plantant là le chef tech, qui renifla de mépris avant de retourner vers les dizaines de carcasses de WN éventrés suspendues dans le gigantesque atelier.
En sortant de ce lieu bruyant et chargé d’odeurs lourdes, Clorinde espérait prendre une grande bouffée d’air frais afin d’essayer de se calmer ; c’était sans compter sur le climat d’Akya du Centaure. La température, déjà élevée en dépit de l’heure matinale, lui tomba sur les épaules comme une chape étouffante.
L’agitation était à son comble dans la Nouvelle-Jérusalem. Des gens et des véhicules circulaient en tous sens, se croisant frénétiquement dans des tourbillons de poussière qui irritaient les yeux, brûlaient les muqueuses. Même si toutes les personnes qu’elle voyait à cet instant semblaient maîtres d’elles-mêmes autant que de la situation, effectuant les tâches qui leur étaient assignées avec calme et diligence, Clorinde percevait nettement des accents de panique derrière l’assurance de façade.
Cela ne la concernait pas. Bien au contraire, la seule crainte qui la taraudait était de ne pas pouvoir prendre part à un tel événement, de rester sur le côté tandis que les autres iraient bâtir leur légende et se couvrir de gloire. L’idée de revêtir un exosquelette autre que le sien, de ne pas combattre sous ses couleurs lui faisait horreur ; pourtant, il lui faudrait bien s’y résigner et suivre le conseil du chef d’atelier si elle voulait descendre dans la plaine tout à l’heure. Une crainte superstitieuse la fit frémir fugitivement, mais elle s’obligea à rester rationnelle.
« Assez ! gronda-t-elle en frappant du pied par terre. Je ne suis pas Méta pour rien ! Mon exo ou un autre, peu importe. Seul le combat compte ! »
Sans hésiter davantage, elle partit en direction des réserves. Si elle se hâtait, elle pouvait disposer d’un WN équipé et réglé par ses soins dans les trois heures. Le temps que l’état-major réorganise les troupes en fonction des nouveaux impératifs, les hostilités ne seraient sûrement pas engagées avant le début d’après-midi.
Elle s’imagina déjà en première ligne, à l’avant-garde des armées croisées. L’affrontement allait être d’une rare violence, plus proche d’une bataille rangée du Moyen Âge que d’une guerre technologique moderne. Tant mieux, elle pourrait ainsi épancher toute sa rage !
Dans la salle centrale du Quartier Général des armées croisées, on dénombrait bien plus de monde que les seuls membres de l’état-major habituellement accrédités. Au centre de ce vaste espace, l’hologramme géant de gestion tactique projeté par le générateur ISM-3n flamboyait plus que jamais. L’énorme sphéroïde lumineux envoyait des pseudopodes laiteux jusqu’au dôme qui coiffait la salle, diffusant sur ses murs les reflets déformés des multiples images qu’il affichait en son cœur.
Toutefois, une seule de ces images retenait l’attention de tous. Ce n’était pas les nombreux diagrammes techniques, ni celles des projections et simulations tactiques, ni même celle du Prætor peregrini s’apprêtant à prendre la parole, pourtant plus grande que toutes les autres. C’était la simple vue satellite du plateau de la Nouvelle-Jérusalem et de la plaine qui l’entourait. Cette vue, tous la connaissaient en détail pour l’avoir consulté à d’innombrables reprises ces derniers mois, mais, aujourd’hui, elle présentait un aspect radicalement différent. On y voyait parfaitement les centaines de milliers d’Atamides massés autour de la cité, tels des flots brunâtres menaçant de tout recouvrir, s’épaississant d’heure en heure.