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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Pas un des dix-sept seigneurs et des soixante-seize hauts gradés réunis sur la mezzanine de commandement, ni des cent trente-cinq officiers intermédiaires qui se tassaient au rez-de-chaussée ne regardait ailleurs. Leurs visages étaient blêmes. Et ce n’était pas simplement dû à la blancheur de la lumière qui se déversait sur eux.

Tandis qu’il les observait, le duc de Normandie, Robert de Montgomery, débordait de mépris et de colère.

Il avait pris place sur le siège du Préteur, installé pour l’occasion en hauteur, sur une estrade aménagée à l’ouest de la mezzanine, là où tout le monde – y compris les officiers subalternes regroupés au rez-de-chaussée – pourrait le voir. Pourtant, personne ne le regardait.

Osenin Tafur s’approcha et hissa sa lourde charpente jusqu’à l’oreille de son maître en prenant appui sur le bord de l’estrade.

« Tous ceux dont vous avez requis la présence sont là, Monseigneur, chuchota-t-il. Tous les seigneurs et officiers de haut rang jusqu’aux commandants. »

Le duc agita les doigts de la main gauche afin que son homme de main s’efface. Il n’aimait pas être vu en sa compagnie, surtout lors des circonstances officielles. Tafur n’avait pas, et n’aurait jamais, le minimum de prestance nécessaire pour figurer aux côtés du chef suprême de la neuvième croisade. Ce simple constat rappela à Robert quelle perte la mort d’Argant avait représentée pour lui.

D’un geste rapide et précis sur la plaque de commande accrochée à l’accoudoir de son siège, Robert de Montgomery ouvrit le canal vocal général.

« Seigneurs et officiers, je vous prie de m’accorder votre attention. »

Amplifiée sur tous les haut-parleurs de la salle centrale du QG, la puissance de la voix du Prætor peregrini fit tourner les têtes dans sa direction. Sans le vouloir, Robert parcourut rapidement l’assistance des yeux en cherchant ses principaux ennemis. Bohémond de Tarente était assis à l’autre bout de la mezzanine et gardait la tête ostensiblement tournée vers l’hologramme ; assis lui aussi, Godefroy de Bouillon se tenait près du groupe des barons de l’état-major, bien que celui-ci ne comptât que des ultras. Robert s’agaça aussitôt de n’avoir pu s’empêcher de les chercher du regard, preuve qu’il les craignait encore.

« Le moment est venu ! commença-t-il, tâchant d’insuffler dans sa voix autant d’intensité que Pierre l’Ermite en aurait mis en pareille circonstance. Le jour de l’affrontement final est arrivé. Celui qui décidera de l’issue de la guerre. L’Armageddon des créatures de Dieu contre les créatures impures ! Je sais que beaucoup parmi vous sont désemparés, que la vue de cet essaim de monstres se déversant sous nos murs fait frémir même ceux dont le courage est le mieux trempé. Aussi, j’ai voulu vous réunir tous ici afin de vous rappeler une dernière fois les enjeux du combat que nous menons ici depuis bientôt cent cinquante jours ! Nous sommes les éclaireurs de… »

Une crispation involontaire fit tressauter la mâchoire inférieure du Préteur, l’obligeant à interrompre sa phrase. Ce discours était mal engagé, il s’en rendait compte et la colère qui lui brûlait l’estomac depuis tout à l’heure s’accentua encore. Pourquoi diable n’avait-il pas les talents d’orateur de ce damné Pierre !

« Nous sommes les éclaireurs de l’humanité à la dérive, reprit-il, chassée de son propre monde par les vents empoisonnés que la Guerre d’Une Heure nous a laissés en héritage. Dans les heures qui vont suivre, aucun d’entre vous ne devra oublier cela ! Rappelez-vous les femmes ou les enfants, les parents ou les frères que tous nous avons laissés derrière nous, pleins d’espoir dans notre entreprise, car en vérité je vous le dis, maintenant que nous avons libéré le tombeau de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous allons suivre la voie que le Tout-Puissant nous a désigné et faire de ce monde notre nouvelle Terre promise ! »

Il y eut un léger flottement dans l’assemblée. Même si ce n’était un mystère pour personne, la politique de conquête intégrale de cette planète n’avait jamais été assumée aussi clairement au sommet de la hiérarchie. Conquérir toute une planète, cela signifiait une guerre longue, très longue. Décidément, ce discours que Robert voulait mobilisateur s’embourbait de plus en plus.

Au diable les grandes phrases ! pensa-t-il.

« Ces monstruosités osent se dresser face à nous ? À leur aise ! Nous les écraserons comme les cafards qu’ils sont ! Je veux qu’à la première heure de l’après-midi, nos troupes soient en mesure d’attaquer afin d’empêcher les Atamides de se déployer entièrement. Je veux que nos légions descendent dans la plaine et enfoncent leurs rangs pour leur montrer que nous ne les craignons pas et dissuader d’éventuels renforts ! »

Des remous agitèrent l’assistance. Un murmure de désapprobation s’éleva sans que l’on puisse, comme souvent dans ce genre de situation, en situer la source. Robert continua sur sa lancée, affectant l’attitude de celui qui n’a rien remarqué. Il dut néanmoins hausser légèrement le ton.

« Plus nous attendrons, plus nombreux ils seront ! Qui sait combien arriveront encore si nous tergiversons indéfiniment ? Je veux donc que nous lancions toutes nos forces – et croyez-moi qu’elles sont grandes – contre ces nuisibles et que nous les éradiquions sans délai. Le message adressé au reste des populations d’Akya n’en sera que plus éloquent : il est vain de se dresser devant les Croisés ! Je veux que… »

Soudain, une voix cria depuis le rez-de-chaussée.

« Seigneur Préteur ! fit un pupitreur d’une voix aiguë. Seigneur Préteur, un message urgent…

— Ne m’interrompez…, commença Robert de Montgomery, stupéfait de l’impudence du technicien.

— Je suis vraiment désolé, seigneur Préteur, mais il s’agit d’un message de Tancrède de Tarente ! »

Tout le monde se mit à parler en même temps, provoquant un brouhaha dans la salle. La nouvelle venait de faire monter d’un cran la tension générale, qui était déjà élevée.

Crétin de pupitreur ! fulmina-t-il intérieurement. Je te ferai payer ça.

Maintenant que le technicien avait annoncé publiquement l’arrivée de ce message, le Prætor peregrini se trouvait devant un dilemme, soit il se retirait pour en prendre connaissance en privé, soit il en ordonnait la lecture sur le champ, en public. Or, il ne voulait surtout pas donner l’impression de céder à la panique, ou pire, accroître l’importance de ce message en interrompant son conseil militaire juste pour lui. Il décida de prendre le risque de le diffuser.

« Affichez-le sur l’holo tactique », ordonna-t-il au pupitreur.

Le visage de Tancrède de Tarente se mit à flotter au-dessus de l’assistance, juste à côté de celui de Robert. La voix du plus célèbre déserteur de l’ECM retentit sous le dôme.

« Moi, Tancrède de Tarente, chef de la Grande Armée atamide, je propose des pourparlers honorables entre les états-majors des deux camps. J’attendrai pendant une heure entière aux coordonnées encapsulées dans cette communication. Je donne ma parole que tout homme qui se présentera en respectant la neutralité due à des pourparlers n’aura rien à craindre. Tout appareil désarmé qui décollera pour se rendre à ce rendez-vous ne sera pas abattu. Une fois le délai d’une heure écoulé, ma proposition deviendra caduque. »

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