Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Au 1er janvier 2062, il ne restait plus sur Terre qu’un milliard deux cents millions d’êtres humains et le monde avait frôlé l’anéantissement total. Comme tu le vois, Liétaud, le manque de foi n’a pas grand-chose à voir avec ce cataclysme. »
La plupart des bougies qui éclairaient la salle s’étaient éteintes et l’obscurité n’était maintenant troublée que par les veilleuses des lignes de sécurité tirées un peu partout dans le réseau de cavernes. Liétaud plissa les yeux pour regarder les deux Atamides en bout de table. Leur expression était encore plus indéchiffrable dans la pénombre, mais il était manifeste que leur attention se concentrait sur Clotilde.
Celle-ci portait ce soir-là une longue chemise d’un indigo sombre qui disparaissait presque entièrement dans la faible lumière ambiante, donnant l’impression que son visage flottait en l’air, ovale clair suspendu sur fond noir.
« Après le choc de la Guerre d’Une Heure, les structures économiques mondiales étaient anéanties et les échanges internationaux qui irriguaient la plupart des pays cessèrent brutalement. Les systèmes démocratiques européens encore en place n’y survécurent pas. Les crises énergétiques, les famines, la violence et la misère firent à la Confédération Européenne ce que la guerre n’avait pas réussi à lui infliger. Quatre ans seulement après l’apocalypse, les gouvernements des grandes nations d’autrefois n’étaient plus que de simples entités fantomatiques sans le moindre pouvoir dont les populations n’attendaient plus rien.
« S’ouvrit alors une période connue sous le nom de Grand Chaos qui dura presque un siècle. Ce fut un temps d’anarchie et de régression comme l’humanité n’en avait jamais connu, même après la chute de l’Empire romain. Chaque ville, chaque village se replièrent sur eux-mêmes, retrouvant par nécessité une organisation qui avait disparu depuis le Moyen Âge où chacun tentait de survivre et de se protéger à l’échelle locale, sans se préoccuper de ses voisins. Là où les grands centres urbains régissaient auparavant la vie des gens, les petites structures paysannes devinrent la règle. Puis, peu à peu, un système féodal similaire à celui qui existait à l’époque médiévale s’instaura un peu partout. Lentement mais sûrement, les anciennes cours royales se reformèrent et des pseudo-descendants d’anciens rois remontèrent sur les trônes. La plupart des nouveaux nobles prirent les noms d’anciens grands personnages afin de donner un peu de lustre à leur généalogie défraîchie, quand elle n’était pas carrément inventée.
« L’inévitable corollaire d’une société féodale étant la religion, les populations européennes connurent à cette époque une puissante flambée spirituelle, favorisée par l’idée que Dieu avait provoqué un miracle en déviant les foudres du satellite du FCL pour épargner les véritables croyants. C’est alors qu’un nouveau pape fut élu : Urbain IX. C’était en 2166, cent quatre ans s’étaient écoulés depuis l’holocauste mondial.
« En quelques années, cet homme avisé sut reconstruire de solides liens entre les peuples européens et se rendre indispensable auprès des diverses cours royales embryonnaires. Juste après la Guerre, les nations avaient dilapidé leurs dernières richesses dans de vains efforts pour tenter de soutenir leurs économies ou lutter contre les terribles virus militaires qui décimaient leurs habitants, mais le Vatican, avec une population de moins de mille personnes, avait pu sauvegarder ses considérables réserves. Le pape orchestra alors de massives campagnes de secours aux populations en subventionnant largement les seigneurs des pays voisins. Les peuples répondirent à cette générosité avec une ferveur décuplée et Urbain IX apparaissait de plus en plus comme le seul véritable recours à une situation menaçant de devenir désespérée. Un à un, les nouveaux princes et empereurs autoproclamés se soumirent à l’autorité de Rome et en 2170, Urbain IX était devenu de facto le maître de tout l’Occident. Des décombres de l’ancien monde venait d’émerger un nouvel ordre. L’Empire Chrétien Moderne était né.
« L’Europe connut enfin une nouvelle période d’expansion au cours de laquelle les peuples recommencèrent à manger à leur faim, les épidémies reculèrent et les économies repartirent. Les populations tenant les anciens politiciens pour responsables du malheur qui s’était abattu sur eux, le modèle féodal supplanta totalement les anciens systèmes politiques et s’ancra définitivement dans la plupart des pays. Jusqu’alors, l’Europe s’était reconstruite en s’isolant du monde extérieur et en refusant le moindre contact avec les autres peuples survivants de la Terre. Mais en 2176, Urbain décréta que l’humanité devait être entièrement convertie au christianisme pour ne pas encourir une fois encore la colère divine. C’était le renouveau d’une ancienne doctrine : le Dominium Mundi. Littéralement, la « domination du monde ». Rome voulait établir la monarchie absolue du Christ sur l’ensemble du monde, et donc celle de son vicaire, le pape. Dès lors, la conquête de nouveaux territoires pouvait commencer.
« Les armées papales annexèrent sans difficulté les petits pays frontaliers de l’Europe qui n’avaient pas encore reconnu l’autorité du Vatican, puis traversèrent la Méditerranée afin de prendre pied en Afrique du Nord. Là, les nouvelles guerres coloniales commencèrent pour de bon, avant de s’étendre progressivement au reste de la Terre. Les armées chrétiennes avançaient de pays en pays, écrasant la faible résistance qu’elles trouvaient encore ça et là, grossissant sans cesse leurs rangs de nouvelles recrues fraîchement formées dans les prestigieuses écoles militaires européennes et inventant constamment de nouvelles technologies militaires. En quinze ans, l’autorité d’Urbain IX s’était étendue à presque tous les peuples de la Terre et l’ECM était en passe de devenir le plus grand empire que le monde ait jamais connu.
« Mais une épée de Damoclès restait suspendue au-dessus de l’avenir de l’humanité : les radiations. Presque soixante-cinq pour cent des terres émergées avaient été rendues totalement inhabitables par la guerre, et les vents, transportant les particules radioactives, augmentaient tous les jours cette surface. Le développement démographique et la réduction des zones habitables créaient une situation intenable pour les années à venir.
« L’Office Pontifical des Sciences Astrales accoucha alors du programme le plus ambitieux et le plus coûteux jamais conçu par les hommes : la colonisation de nouvelles planètes. En 2195, après avoir englouti dans la recherche des sommes invraisemblables – même à l’échelle de l’Empire – la première mission de colonisation extra-solaire partit vers l’étoile la plus proche de la Terre : Proxima du Centaure. La suite, vous la connaissez aussi bien que moi. »
Tout l’auditoire réuni dans la demi-obscurité autour de Clotilde resta silencieux. Personne ne fit seulement mine de bouger. Malgré les blocs chauffants portatifs qui rougeoyaient au centre de la salle, quelques personnes frissonnèrent.
Même les plus éduqués des inermes ne connaissaient que les grandes lignes de la Guerre d’Une Heure. Or, connaître des bribes de l’histoire d’un tel cataclysme ne permettait pas d’en mesurer l’atroce inéluctabilité et la terrible absurdité comme lorsqu’on la relatait de bout en bout.
Ce que chacun ressentait en cet instant était tout simplement au-delà des mots. Donc tous gardaient le silence.
Tancrède, le premier, trouva la force de s’exprimer. D’une voix éteinte, il dit simplement :
« Nous ne pouvons laisser les hommes faire aux Atamides ce qu’ils se sont fait à eux-mêmes. »
Il y eut des murmures d’assentiment et des hochements de tête vigoureux dans l’assistance. L’ex-lieutenant avait exprimé ce que les inermes ressentaient en cet instant.