Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
— Et ça n’a pas marché », lâcha laconiquement Pascal.
Clotilde, qui se tenait en biais sur le côté gauche de sa chaise pour regarder Yus’sur, se tourna vers Pascal et posa les mains à plat sur la table.
« Non, fit-elle d’une voix désabusée. Nous sommes bien placés pour le savoir. Les premiers troubles apparurent au milieu du siècle. Face à la montée en puissance des unionistes de tout bord, la réaction des factions communautaires fut longue à venir, mais terriblement violente. Beaucoup d’organisations terroristes se regroupèrent, et en 2055 une union internationale des mouvements indépendantistes et fondamentalistes fut proclamée, mettant toutes les nations du monde devant un nouvel ennemi : le Front Commun de Libération. Les actions perpétrées par le FCL ne furent qu’un long crescendo de violence, appliquant toutes les techniques de terreur et de guérilla inventées par les soldats de l’ombre depuis des décennies. Détournements d’avion, bombes dans des lieux publics, prises d’otages, empoisonnements de masse, meurtres aléatoires, kamikazes ; la liste était tristement longue.
— Je n’ai jamais entendu parler de ce FCL, intervint Tancrède, un pli songeur sur le front.
— Rien de plus normal, répondit Clotilde. Il a été soigneusement gommé de l’Histoire officielle. C’est une incarnation du mal bien trop ambiguë pour nos dirigeants. Les “puissances capitalistes apatrides et athées” font un épouvantail beaucoup plus explicite.
— Et personne ne pouvait rien faire pour arrêter cette vague de terreur ?
— Au prix de lois autoritaires, certains pays parvinrent à juguler le phénomène, d’autres en revanche furent totalement dépassés par l’ampleur des événements. En 57, la Corée Unifiée subit une guérilla de grande envergure qui se termina par un putsch permettant aux fanatiques de la branche néo-maoïste du FCL de prendre le pouvoir. En 58, le Pakistan tomba aux mains des islamistes de Kashur qui, profitant de l’anarchie régnant en Inde avec la guerre civile, annexèrent la province du Rajasthan. La même année, la République Démocratique de Chine dut faire face à son tour à une attaque de masse du mouvement néo-maoïste, qui disposait dorénavant de toute la logistique de la Corée. »
« La confédération panaméricaine, allié de la République chinoise, menaça d’intervenir dans le conflit, déclenchant ainsi les foudres des organisations terroristes fondamentalistes du Moyen-Orient. La récente république coranique indo-pakistanaise offrit son soutien à la nouvelle Corée, et les séparatistes saoudiens et iraniens lancèrent des offensives conjointes contre leurs propres gouvernements pour prendre le pouvoir. Un an plus tard, le FCL était parvenu à unifier tous ces mouvements et disposait dorénavant d’une part, que je qualifierai pudiquement de significative, des moyens de destruction militaires du globe. »
« La situation en 2060 était devenue explosive, le jeu des alliances intercontinentales laissant craindre une réaction en chaîne terrifiante en cas d’offensive. Les pacifistes ne cessaient d’organiser des manifestations de grande ampleur contre la guerre imminente, et les terroristes leur répondaient à coup de bombes humaines. Le paroxysme fut atteint en décembre lorsqu’un kamikaze, porteur d’une bombe à double-sphère, fit dix-sept mille morts dans une manifestation pour la paix à Amsterdam.
— Mon Dieu, quelle horreur, souffla Silvio en portant la main à sa bouche. Comment le monde a-t-il réagi à une telle monstruosité ?
— Le monde était impuissant face au Front Commun de Libération. Et de toute façon, les jours de la planète étaient comptés. Moins d’un an plus tard, le 28 septembre 2061, eut lieu la Guerre d’Une Heure. »
Clotilde s’interrompit le temps de se servir un verre d’eau. Lorsqu’elle avait commencé son récit, le ton qu’elle employait était celui de la simple conversation. Or, emportée par son sujet, elle s’était mise à parler d’une voix forte et pleine d’ardeur qui avait fait se lever ceux des tables voisines. Désormais, une vingtaine de personnes écoutaient la jeune femme.
« Ce jour-là, la province nouvellement indépendante du Rajasthan lança ses missiles balistiques contre la République Démocratique de Chine, dans l’intention de donner un avantage décisif aux néo-maoïstes. Ce fut le premier acte de la pire tragédie de l’Histoire humaine. Les pays alliés de la Chine ordonnèrent à leur tour une offensive tactique contre le Rajasthan, provoquant ainsi la riposte des pays amis de cette province belliqueuse. Telle une traînée de poudre, le déclenchement des représailles se propagea d’une nation à l’autre en fonction des traités internationaux et à la vitesse des transferts d’information sur les lignes de communication ultra rapides des gouvernements.
« En une heure, la quasi-totalité des ogives nucléaires ou bactériologiques actives sur terre, en mer ou dans l’espace, avait été tirée et s’abattait méthodiquement sur les pays belligérants. Soixante-dix pour cent de l’humanité périt dans cette conflagration ou de ses conséquences. Hormis quelques poches de survivants sur la côte est, l’Amérique du Nord fut entièrement dévastée, le Canada calciné. Bien que le sud du continent n’ait pas été épargné, les zones intactes et non irradiées étaient plus nombreuses qu’au nord. Certaines, situées en dehors de la route des vents, devaient rester vivables encore quelques années.
« L’Asie et le Moyen-Orient furent réduits en cendres par une grêle mortelle de bombes tombées du ciel, semant la destruction du cercle polaire russe jusqu’à la Birmanie et de la Corée jusqu’en Turquie. Seule une partie de l’Inde subtropicale survécut au cataclysme, très au sud de Bombay. Si l’Indonésie paya un lourd tribut aux nuages de radiations poussés par les alizés, la proche Australie échappa de justesse à ces poisons dérivants.
« Le sud de l’Afrique, uni dans la récente et fragile Fédération Noire, avait subi un intense bombardement du FCL en bombes bactériologiques et la moitié de la population succomba dans les affres de l’hyper-variole et de l’Ebola militaire. La seule zone du globe qui ne fut pas gravement et durablement saccagée par la Guerre d’Une Heure fut l’Europe.
— Pour quelle raison ? demanda Pascal. Ils s’étaient mieux défendus que les autres ?
— Non, pas du tout. Pour des raisons politiques d’abord. La grande Confédération Européenne n’était pas totalement impliquée dans le complexe jeu d’alliances et de traités de protection qui avaient embrasé le reste du monde. Pour des raisons techniques ensuite, parce qu’elle avait échappé à la part de destruction qui lui était destinée. Nous savons maintenant que dans sa démence apocalyptique, le FCL avait dérouté l’un de ses satellites offensifs au-dessus de l’Europe et pointé ses flèches de Némésis sur les capitales européennes. Toutefois, grâce à une défaillance inespérée, la machine infernale déversa ses sept cents têtes thermonucléaires en plein océan Atlantique, juste sous le 60e parallèle, provoquant tout de même un raz de marée destructeur sur les côtes écossaises.