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Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
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En fait-il trop ? Ce Narcisse contrarié adore se montrer aux côtés du saint-père. Des centaines de photographies existent : Don Giorgio tient la main du pape ; il lui chuchote à l’oreille ; l’aide à marcher ; lui tend un bouquet de fleurs ; lui remet délicatement un chapeau sur la tête, parce qu’il s’est envolé. Certains clichés sont plus inattendus encore, comme ceux où, façon Jack et Jacky Kennedy, Georg apparaît littéralement au-dessus du pape avec un large mantelet rouge vif, jaquette flottante littéralement au vent, qu’il pose délicatement sur les épaules du grand homme, dans un mouvement mâle protecteur, pour le préserver du froid, avant de l’enlacer tendrement et de lui nouer son habit. Sur cette série d’images, Benoît XVI est entièrement vêtu de blanc ; Georg, lui, porte une soutane noire, à peine ourlée d’une soie violette, et qui compte 86 boutons rose purple. Aucun assistant particulier de pape ne s’est jamais mis en scène ainsi◦– ni Pasquale Macchi avec Paul VI, ni Stanisław Dziwisz avec Jean-Paul II, ni Fabián Pedacchio avec François.

Enfin, un détail. Peut-être le lecteur n’y attachera aucune importance et dira que c’est une chose fréquente, un usage très répandu et qu’il n’a pas de signification. Mais l’écrivain pense autrement : rien n’est trop petit pour avoir un sens, et, soudain, des détails trahissent parfois une vérité qu’on a longtemps cherché à cacher. Le diable, comme on le sait, est dans les détails.

Voici : le pape aurait donné un nouveau nom à Georg : il l’appelle « Ciorcio », prononcé avec un fort accent italien. Il ne s’agit pas d’un surnom utilisé à la curie, mais d’un diminutif affectueux que seul le pape emploie. Une manière, bien sûr, de le distinguer de son grand frère, qui porte le même prénom Georg ; une façon, de dire que cette relation professionnelle est aussi une amitié ou de l’ordre de l’« amour d’amitié ».

Ce qu’on ne doit pas sous-estimer ce sont les rancœurs que la présence de cet Antinoüs lettré aux côtés du vieux cardinal Ratzinger a suscité au saint-siège. Tous les ennemis de Georg au sein de la curie apparaîtront en effet, lors de la première affaire Vatileaks. Lorsqu’on interroge les prêtres, les confesseurs, les évêques ou les cardinaux à l’intérieur même du Vatican, cette jalousie éclate, à peine voilée : Georg est décrit alternativement comme « une belle personne », « agréable à regarder », « George Clooney du Vatican » ou prélat « pour paparazzis » (un jeu de mots vicieux sur « Papa Ratzi », papa signifiant pape en italien). Certains me font remarquer que sa relation avec Ratzinger « faisait jaser » à l’intérieur du Vatican et que lorsque les photos de Georg, en tenue de trekking ou en short moulant, sont parues dans la presse mainstream italienne, le « malaise est devenu insoutenable ». Sans parler de la collection hommes automne-hiver 2007, lancée par Donatella Versace et baptisée « Clergyman » : la couturière de mode affirme s’être inspirée du « Beau George ».

Face à ces exubérances, visiblement tolérées par le saint-père, nombre de cardinaux refoulés et de monsignori placardisés ont été choqués. Leur ressentiment, qui était aussi de l’ordre de la jalousie, fut vif et il a eu sa part dans la faillite du pontificat. On a accusé Georg Gänswein d’avoir marabouté le pape et, sous couvert d’humilité, de cacher son jeu : le prélat allemand aurait une ambition de marbre. Il s’imaginerait déjà cardinal, voire « papabile » !

Ces ragots et ces rumeurs, qui m’ont été distillés régulièrement au Vatican, sans jamais être prouvés, sous-entendent tous une seule et même chose : une relation affective.

C’est d’ailleurs la thèse d’un livre de David Berger, en Allemagne, Der Heilige Schein (La Sainte Imposture). Témoin de première main, Berger fut un jeune théologien néo-thomiste de Bavière, qui connut une ascension rapide au Vatican lorsqu’il est devenu membre de l’Académie pontificale Saint-Thomas-d’Aquin de Rome et collaborateur de plusieurs revues du saint-siège. Les cardinaux et les prélats cajolent◦– et parfois draguent◦– cet homosexuel placardisé, bien qu’il n’ait jamais été ordonné prêtre. Le jeune homme leur rend leurs prévenances.

Pour des raisons quelque peu mystérieuses, le consulteur à l’ego démesuré bascule soudain dans le militantisme homosexuel, devenant le rédacteur en chef de l’un des principaux journaux gays allemands. Sans surprise, le Vatican lui retire immédiatement son accréditation de théologien.

Dans son livre, à partir de ses propres expériences, il décrit minutieusement l’esthétique liturgique homo-érotique du catholicisme et l’homo- sexualité subliminale de Benoît XVI. Livrant ses confidences de théologien gay au cœur du Vatican, il en profite pour évaluer le nombre d’homosexuels dans l’Église à « plus de 50 % ». Vers le milieu de son livre, il va plus loin en évoquant des photos érotiques et le scandale sexuel du séminaire de Sankt Pölten en Autriche, qui éclabousserait jusqu’à l’entourage du pape. Bientôt, dans une interview télévisée de la ZDF, David Berger dénonce la vie sexuelle de Benoît XVI en se référant à des propos de prêtres ou de théologiens qu’il a entendus.

Cette opération de « outing » dans les règles de l’art a suscité un vif scandale en Allemagne, mais elle n’a guère dépassé les milieux germanophones (le livre n’a pas été traduit à l’étranger). La raison en est peut-être la fragilité de la thèse.

Lorsque je le rencontre à Berlin, David Berger répond avec franchise à mes questions et fait son mea culpa. Nous déjeunons ensemble dans un restaurant d’immigrés grecs, lui qui est pourtant si décrié pour ses positions anti-immigration.

— Je viens d’une famille de gauche, genre hippies. Je reconnais que j’ai eu beaucoup de mal à admettre mon homosexualité à l’adolescence, et que la tension fut vive entre le fait de devenir prêtre et de devenir gay. J’étais séminariste et je suis tombé amoureux d’un garçon. J’avais dix-neuf ans. Plus de trente ans plus tard, je vis toujours avec lui, me confie Berger.

Lorsqu’il rejoint Rome, et s’immisce naturellement dans les réseaux gays du Vatican, David Berger se prend au jeu de la double vie, son amant le rejoignant régulièrement.

— De tout temps, l’Église fut un lieu où les homosexuels se sont sentis en sécurité. C’est cela la clé. Pour un gay, l’Église est « safe ».

Dans son livre, nourri de ses aventures romaines, David Berger décrit donc l’univers homo-érotique du Vatican. Pourtant, lorsqu’il accuse le pape et son secrétaire, ce témoin à charge qui a basculé dans le militantisme gay n’apporte aucune preuve. Il doit même finalement s’excuser pour être allé trop loin dans son interview de la ZDF.

— Je n’ai jamais désavoué mon livre, contrairement à ce qu’on a pu dire. J’ai simplement regretté d’avoir affirmé à la télévision que Benoît XVI était homosexuel, alors que je n’en avais pas de preuve. Je me suis excusé, me confie-t-il.

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