Sodoma: Enquête au cœur du Vatican
- Автор: Martel Frédéric
- Год: 2019
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 978-2-221-22208-9
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:
Pape François
— Nous sommes un couturier ecclésiastique et nous sommes au service de tout le clergé, depuis les séminaristes, jusqu’aux cardinaux, en passant par les prêtres, les évêques et, bien sûr, le saint-père qui est notre plus précieux client, me dit Lorenzo Gammarelli, le responsable du magasin, lors d’un entretien.
Qui ajoute :
— Mais, bien sûr, lorsqu’il s’agit du pape, nous nous déplaçons au Vatican, dans ses appartements.
Lors de mon entretien, je sens néanmoins qu’il y a un « loup ». On vénère ici Paul VI, Jean-Paul II et François, mais le nom de Benoît XVI reste difficile à prononcer. Comme mis entre parenthèses.
L’affront fait à Gammarelli reste dans toutes les mémoires : Benoît XVI a fait ses courses chez Euroclero, un concurrent, dont la boutique est située près de Saint-Pierre. Son patron, le désormais célèbre Alessandro Cattaneo, a fait fortune grâce à lui. Critiqué sur ce point essentiel de la liturgie, le pape Benoît XVI fera un retour remarqué chez le couturier officiel, sans abandonner Euroclero pour autant : « On ne peut pas se passer de Gammarelli ! » avouera-t-il. Deux couturiers valent mieux qu’un.
Deux seulement ? Benoît XVI s’est enflammé pour la haute couture au point d’avoir une ribambelle de couturiers, de chapeliers et autres bottiers, accrochés à ses baskets. Bientôt, c’est Valentino Garavani qui lui confectionne sa nouvelle cape rouge ; puis Renato Balestra qui lui coud sa grande chasuble, véritable robe bleue. En mars 2007, lors d’une visite dans une prison de garçons, le pape surgit toutes voiles dehors dans une extravagante robe longue rose bonbon !
Un autre jour ensoleillé, les Italiens découvrent médusés que leur pape porte des Ray-Ban ; et bientôt, il chausse ses Geox à trous signés du semelier vénitien Mario Moretti Polegato.
Étrange casting au demeurant pour ce pape si chaste que ces couturiers et bottiers dont certains sont connus pour leurs mœurs « intrinsèquement désordonnées ». Critiqué pour les Ray-Ban, le représentant du Christ sur terre opte pour des lunettes de soleil de la marque Serengeti-Bushnell, moins m’as-tu-vu ; critiqué pour ses Geox, le voici qui troque ses chausses casual pour de sublimes mocassins Prada étincelants comme le plus vif des rouges à lèvres vermillon.
Les mules Prada ont fait couler beaucoup d’encre◦– des centaines d’articles au bas mot. Au point que des enquêtes approfondies et un reportage de la star Christiane Amanpour sur CNN ont montré qu’il ne s’agissait, finalement, peut-être pas de chaussures Prada. Si le diable s’habille en Prada, ce n’est pas le cas du pape !
Benoît XVI a le goût des accoutrements. Plus qu’aucun pape avant lui, il a donné à son camérier, celui qui lui prépare ses tenues, bien du labeur. Et quelques frayeurs. Sur une photo, Ratzinger apparaît avec un sourire d’adolescent qui vient de faire une grosse bêtise. Cette fois-ci, le pape a-t-il caché à son tailleur sa nouvelle folie ? Car le voici tout gai avec sur la tête un bonnet rouge doublé d’hermine. Il s’agit certes du fameux « camauro » en langage ecclésiastique, ou couvre-chef d’hiver, mais les papes ont cessé de le porter depuis Jean XXIII. Cette fois, la presse commence à se moquer franchement de Papa Ratzinger qui porte un bonnet ridicule de papa Noël !
Alerte au saint-siège ! Incident au Vatican ! Benoît XVI a été sommé de s’expliquer. Ce qu’il a fait dans cette confession dite du bonnet du père Noël : « Je ne l’ai porté qu’une fois. J’avais tout simplement froid et je suis sensible de la tête. Et j’ai dit, puisque nous avons déjà le camauro, alors coiffons-nous-en. Depuis je m’en suis abstenu. Afin de ne pas susciter d’interprétations superflues. »
Frustré par ces grincheux et ces croquemitaines, le pape est retourné plus classiquement à ses chasubles et à ses mosettes. Mais c’était mal connaître notre queeny : le voici qui ressort du placard une mosette en velours rouge fluo bordée d’hermine. Showgirl, le pape remet également au goût du jour la chasuble moyenâgeuse en forme de violon !
Et bien sûr, les chapeaux. Arrêtons-nous un instant sur ses choix de coiffes rigolotes, dont l’audace dépasse l’entendement. Porter de tels bicornes, de telles coiffures pour un non-pape serait s’exposer, sinon à aller au purgatoire, du moins à un contrôle d’identité des carabiniers. Le plus célèbre fut un chapeau de cowboy, version Brokeback Mountain, de couleur rouge vif. En 2007, le célèbre magazine américain Esquire classe le pape premier dans son palmarès des personnalités, en tête de la catégorie : « Accessoire de l’année ».
Ajoutons une vieille montre en or de marque allemande Junghans, un iPod Nano, des justaucorps à franges, et les fameux boutons de manchettes qui, a confessé le pape, lui « ont donné du fil à retordre » : le portrait en cape de Benoît est fait. Même Fellini dans le défilé ecclésiastique de son film Roma, qui ne manquait pourtant pas d’hermine et de chaussettes roses, n’aurait jamais eu l’audace d’aller aussi loin. Et si l’on osait, on évoquerait à son endroit, pour décrire le pape ainsi attifé, les rimes inversées d’un célèbre sonnet de Michel-Ange : « Un uomo in una donna, anzi uno dio » (Un homme dans une femme, ou bien plutôt un Dieu).
Le portrait le plus fidèle du cardinal Ratzinger, nous le devons à Oscar Wilde. Il a magistralement décrit le futur pape dans le chapitre célèbre du Portrait de Dorian Gray lorsque son héros se transforme en dandy homosexualisé et s’éprend des vêtements sacerdotaux du catholicisme romain : le culte mêlé au sacrifice ; les vertus cardinales et les jeunes élégants ; l’orgueil « qui entre pour moitié dans la fascination du péché » ; la passion pour le parfum, les bijoux, les boutons de manchettes à rebords dorés, les broderies, le pourpre et la musique allemande. Tout y est. Et Wilde de conclure : « Dans l’usage mystique assigné à ces objets, il y avait quelque chose qui excitait son imagination. » Et encore ceci : « L’insincérité est-elle vraiment quelque chose d’abominable ? Je ne le crois pas. Ce n’est rien d’autre qu’une méthode qui nous permet de multiplier nos personnalités. »
J’imagine Joseph Ratzinger s’écriant, comme le dandy Dorian Gray, après avoir essayé tous les bijoux, tous les parfums, toutes les broderies, et bien sûr tous les opéras : « Comme la vie était exquise, autrefois ! »
ET PUIS IL Y A GEORG. Outre les habits et les chapeaux, la relation du cardinal Ratzinger avec Georg Gänswein a été tellement discutée, a suscité tant de rumeurs, qu’il faut l’aborder ici avec la prudence qui n’a pas toujours été celle des polémistes.
Le monsignore allemand n’a pas été le premier protégé du cardinal. Avant Georg, on connaît au moins deux autres amitiés particulières de Ratzinger avec de jeunes assistants. À chaque fois, ces relations vertigineuses ont été de véritables osmoses et leurs ambiguïtés ont suscité des rumeurs récurrentes. Tous ces garçons ont en commun une beauté angélique.
Le prêtre allemand Josef Clemens a longtemps été le fidèle assistant du cardinal Ratzinger. Avec un physique avantageux (mais avec dix ans de plus que Georg), Clemens aurait eu un véritable coup de foudre intellectuel pour le jeune prêtre Gänswein au point de le recruter comme son propre assistant. Selon un scénario bien rodé dans les opéras italiens, mais plus rare dans le lyrique allemand, Gänswein, qui est l’assistant de l’assistant, se débrouille bientôt pour prendre la place de Clemens, entre-temps promu et consacré évêque. Ce « capo del suo capo », consistant à se rapprocher « du patron de son patron » (la formule est plus belle en italien), restera célèbre dans les annales du Vatican.