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Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
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Et de fait, personne ne l’a cru ! L’ultime confession était si peu crédible qu’elle a été immédiatement décryptée comme une mauvaise opération de communication visant à faire taire les rumeurs, qui se sont alors généralisées dans la presse germanophone, sur la supposée homosexualité du pape. En étant contre-intuitif, cette amourette secrète est peut-être même un aveu. S’agit-il de ces bergères de Virgile – qui sont en réalité des bergers ? Est-ce Albertine, le célèbre personnage de La Recherche, sous laquelle se cache le chauffeur moustachu de Proust ? Toujours est-il que l’anecdote est apparue à ce point fabriquée, et artificielle, qu’elle a eu pour effet paradoxal d’accroître un peu plus la suspicion. « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment », aimait dire le cardinal de Retz – une phrase valable pour tous au Vatican.

Ce qui est sûr : Joseph Ratzinger n’a fait le choix du sacerdoce qu’à moitié : prêtre, il sera aussi professeur ; pape, il continuera à passer ses vacances à Castel Gandolfo en journées entières d’écriture ; il hésitera toujours entre une vie de pasteur et une carrière de savant. Ce qui ne l’empêche pas d’aller vite, grâce à une intelligence et une force de travail hors pair : à peine ordonné, il devient professeur ; à peine évêque, il est créé cardinal. Son élection au fauteuil de Pierre est dans l’ordre des choses, dès la mort de Jean-Paul II.

Est-il progressiste ou conservateur ? La question paraît étrange, tant Joseph Ratzinger a été associé à l’aile droite du Vatican. Évidente dans le contexte d’aujourd’hui, la réponse à cette question est plus difficile à résoudre dans celui de l’époque. Contrairement aux qualificatifs dont on l’a affublé depuis◦– « Panzer-kardinal », « Rottweiler de Dieu », « Berger allemand » –, le jeune Ratzinger a commencé sa carrière à la gauche de l’Église en tant qu’exégète du concile Vatican II (auquel il assiste comme « peritus » ou expert). Les cardinaux qui l’ont connu à cette époque et les témoins que j’ai interrogés à Berlin, Munich, Francfort et Ratisbonne, m’en ont parlé comme d’un progressiste à la pensée complexe, peu intransigeant. Joseph Ratzinger est plutôt ouvert et bienveillant : derrière chaque dissension, il ne suspecte pas le luthérien ou l’athée. Dans le débat, il apparaît souvent hésitant, presque timide. « Les Ratzinger ne sont pas très exubérants », confiera-t-il lors d’un entretien. Jamais, dit-on, il n’impose son point de vue.

Pourtant, à rebours du chemin parcouru par son ex-ami théologien Hans Küng ou son concitoyen cardinal Walter Kasper, Joseph Ratzinger va faire peu à peu une lecture de plus en plus restrictive de Vatican II. Homme du concile, progressiste donc, il en devient le gardien exigeant, orthodoxe, au point de ne plus accepter d’autre interprétation que la sienne. Celui qui a mesuré l’importance de Vatican II, et salué sa modernité, va s’attacher par la suite à en maîtriser les effets. C’est qu’entre-temps, il y a eu les sixties et Mai 68◦– et l’inquiétude s’est emparé de Joseph Ratzinger.

— Ratzinger, c’est un théologien qui a pris peur. Il a pris peur du concile Vatican II, peur de la théologie de la libération, peur du marxisme, peur des sixties, peur des homosexuels, me dit le professeur Arnd Bünker, un influent théologien suisse alémanique, interrogé à Saint-Gall.

Plus qu’aucun pape avant ou depuis lui, Joseph Ratzinger déborde de « passions tristes ». Lui, si gai en général, est ennemi des plaisirs et de tous les « sexual-liberationists » : il est hanté par la peur que quelqu’un, quelque part, puisse avoir du plaisir ! De ses obsessions contre les « déviations nihilistes » (comprenez « Mai 68 »), il va rédiger des encycliques. De ses culpabilités, il va faire des bulles.

Le pontificat de Benoît XVI, durant lequel une stricte orthodoxie s’installe, apparaît déjà aux yeux de ses opposants comme une « restauration » : Benoît XVI emploie d’ailleurs le mot, synonyme de retour à la monarchie de droit divin, suscitant une polémique.

— C’est vrai, il a mis Vatican II au congélateur, concède un cardinal qui est proche de l’ancien pape.

Que pense-t-il, à cette époque, des questions de société et, parmi elles, de l’homosexualité ? Joseph Ratzinger connaît au moins la question par ses lectures. Il faut dire que plusieurs des auteurs catholiques qu’il vénère – Jacques Maritain, François Mauriac – en sont obsédés, et que le sujet a également terrorisé Paul Claudel.

Le futur pape Benoît XVI a d’ailleurs eu cette formule significative, en forme d’une autocensure qui est encore un signe d’époque : il affirme ne lire que les « écrivains respectables ». Jamais dans sa carrière, il n’a évoqué les noms de Rimbaud, Verlaine, André Gide ou Julien Green, des auteurs qu’il a forcément croisés, et probablement lus, mais qui étaient devenus infréquentables par leur aveu même. En revanche, il a pu afficher sa passion pour François Mauriac et Jacques Maritain, écrivains alors « respectables », puisque leurs inclinations n’ont été révélées que plus tard.

Enfin, s’agissant de sa culture, il faut ajouter ici que Joseph Ratzinger a fait sienne la petite philosophie nietzschéenne : « Sans la musique, la vie serait une erreur. » On peut même dire que le futur pape est à lui seul un « opéra fabuleux » : il est fou de musique allemande de Bach à Beethoven, en passant par l’homophile Haendel. Et surtout : Mozart, qu’il interprétait déjà enfant avec son frère (« Quand commençait le Kyrie, c’était comme si le ciel s’ouvrait », a raconté Ratzinger en repensant à sa jeunesse). Les opéras de Mozart l’enchantent alors que l’opéra italien◦– qui se résume souvent, selon un mot célèbre, aux « efforts d’un baryton pour empêcher le ténor et la soprano de coucher ensemble »◦– l’ennuient. L’inclination de Joseph Ratzinger n’est pas méridionale mais germanique : la subtilité de Cosí fan tutte, l’érotomanie ambiguë de Don Giovanni, et, bien sûr, l’androgynie quintessentielle d’Apollo et Hyacinthus. Mozart est le plus gender theory de tous les compositeurs d’opéra. Certains monsignori interrogés m’ont parlé de Joseph Ratzinger comme d’une « liturgy queen » ou d’une « opera queen ».

BENOÎT XVI C’EST AUSSI UN STYLE. À lui seul, c’est même une véritable théorie du genre. Sua cuique persona (à chacun son masque), dit l’expression latine.

L’excentrique pape devient, dès son élection, la coqueluche des gazettes italiennes : une figure de la mode, observée sous toutes les coutures depuis Milan, comme hier, Grace Kelly, Jacqueline Kennedy Onassis ou Élisabeth II.

Il faut dire que Benoît fait la coquette. Initialement, comme tous les papes, ses habits lui ont été fournis sur mesure par Gammarelli, le célèbre « tailleur clérical », situé à deux pas du Panthéon. Là, dans ce petit magasin sombre, discret et cher, on peut s’acheter une mitre, une barrette, une mosette, un rochet ou un simple col romain, toutes sortes de soutanes, des chapes curiales, ainsi que les célèbres chaussettes rouges Gammarelli.

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