Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Car la nuit, � peine faite, devient source de prodiges!
Chaque soir ainsi je consid�rais mon arm�e prise dans l'�tendue comme un navire, mais permanente, sachant bien que le jour la montrerait intacte et toute remplie comme les coqs par la jubilation du r�veil. Alors, tandis que l'on �quipe les montures, on entend ces �clats de voix qui sonnent dans le matin frais comme des cuivres. Alors les hommes, comme enivr�s par la liqueur du jour naissant, gonflent des poumons neufs et savourent l'�pre plaisir de l'�tendue.
Je les menais vers l'oasis � conqu�rir. Quiconque ne comprend pas les hommes e�t cherch� dans l'oasis m�me la religion de l'oasis. Mais ceux de l'oasis ignorent leur demeure. Et c'est au c�ur d'un rezzou rong� par le sable qu'il importe de la d�couvrir. Car je leur enseignais cet amour.
Je leur disais: �Vous trouverez l�-bas l'herbe odorante, le chant des fontaines, et des femmes aux longs voiles de couleur qui fuiront effray�es comme un troupeau de biches agiles, mais douces � saisir, faites comme elles sont pour la capture��
Je leur disais: �Elles croient vous ha�r et pour vous repousser useront des dents et des ongles. Mais il vous suffira pour les dompter de votre poing nou� dans les boucles bleues de leur chevelure!�
Je leur disais: �Il vous suffira d'exercer votre force dans sa douceur pour les retenir immobiles. Elles fermeront encore les yeux pour vous ignorer, mais votre silence p�sera sur elles comme l'ombre d'un aigle. Alors enfin elles ouvriront leurs yeux sur vous et vous les emplirez de larmes.
�Vous aurez �t� leur immensit�, comment vous oublieraient-elles?�
Et je leur disais pour conclure et les enivrer vers ce paradis:
�Vous conna�trez donc l�-bas des palmeraies et des oiseaux de toutes couleurs� L'oasis se rendra � vous parce que vous portez dans le c�ur la religion de l'oasis alors que ceux que vous en chassez n'en sont plus dignes. Leurs femmes elles-m�mes, lavant leur linge dans le ruisseau qui chante sur de petites pierres rondes et blanches, croient accomplir un triste devoir universel quand elles c�l�brent une f�te. Mais vous, qui vous �tes racornis dans le sable et dess�ch�s dans le soleil et sal�s de la cro�te br�lante des salines, vous les �pouserez et, les poings sur les hanches, les regardant laver leur linge dans l'eau bleue, vous savourerez votre victoire.
�Vous durez aujourd'hui dans le sable � la fa�on du c�dre gr�ce aux ennemis qui vous cernent et vous durcissent, vous durerez, l'ayant conquise, dans l'oasis si l'oasis pour vous n'est point l'abri o� l'on s'enferme et o� l'on oublie, mais une victoire permanente sur le d�sert.
�Ceux-l�, vous les avez vaincus, car ils s'enfermaient dans leur �go�sme, satisfaits par leurs provisions. Ils ne voyaient dans la couronne de sable qui les assi�geait qu'un ornement pour oasis, riant des importuns qui cherchaient � les �mouvoir afin qu'au seuil de cette patrie de fontaines l'on relev�t les sentinelles qui s'endormaient.
�Ils croupissaient dans l'illusion du bonheur qu'ils tiraient de biens poss�d�s. Alors que le bonheur n'est que chaleur des actes et contentement de la cr�ation. Ceux qui n'�changent plus rien d'eux-m�mes et re�oivent d'autrui leur nourriture, f�t-elle la mieux choisie et la plus d�licate, ceux-l� m�mes qui, subtils, �coutent les po�mes �trangers sans �crire leurs propres po�mes, jouissent de l'oasis sans la vivifier, usent des cantiques qu'on leur fournit, ceux-l� s'attachent d'eux-m�mes � leurs r�teliers dans l'�table et, r�duits au r�le de b�tail, sont pr�ts pour l'esclavage.�
Je leur ai dit: �L'oasis une fois conquise, rien d'essentiel n'a chang� pour vous. Ce n'est qu'une autre forme de campement dans le d�sert. Car mon empire est menac� de toutes parts. Sa mati�re n'est qu'un assemblage familier de ch�vres, de moutons, de demeures et de montagnes, mais si se rompt le n�ud qui les noue ensemble, il n'en restera rien que mat�riaux en vrac et offerts au pillage.�
VIII
Il m'apparut qu'ils se trompaient sur le respect. Car je me suis moi-m�me exclusivement pr�occup� des droits de Dieu � travers l'homme. Et certes le mendiant lui-m�me, sans m'exag�rer son importance, je l'ai toujours con�u comme un ambassadeur de Dieu.
Mais les droits du mendiant et de l'ulc�re du mendiant et de sa laideur honor�s pour eux-m�mes comme idoles, je ne les ai pas reconnus.
Qu'ai-je c�toy� de plus repoussant que ce quartier de ville b�ti au flanc d'une colline et qui coulait comme un �gout jusqu'� la mer? Les corridors qui d�bouchaient sur les ruelles versaient par bouff�es molles une haleine empest�e. La racaille n'�mergeait de ces profondeurs spongieuses que pour s'injurier d'une voix us�e et sans col�re v�ritable, � la fa�on des bulles molles qui �clatent, r�guli�res, � la surface des marais.
J'y ai vu ce l�preux, riant grassement et s'�pongeant l'oeil d'un linge sordide. Il �tait avant tout vulgaire et se plaisantait soi-m�me par bassesse.
Mon p�re d�cida l'incendie. Et cette tourbe qui tenait � ses bouges moisis commen�a de fermenter, r�clamant au nom de ses droits. Le droit � la l�pre dans la moisissure.
�Ceci est naturel, me dit mon p�re, car la justice selon eux c'est de perp�tuer ce qui est.�
Et ils criaient dans leur droit � la pourriture. Car, fond�s par la pourriture, ils �taient pour la pourriture.
�Et si tu laisses se multiplier les cafards, me dit mon p�re, alors naissent les droits des cafards. Lesquels sont �vidents. Et il na�tra des chantres pour te les c�l�brer. Et ils te chanteront combien grand est le path�tique des cafards menac�s de disparition.
��tre juste�, me dit mon p�re, il faut choisir. Juste pour l'archange ou juste pour l'homme? Juste pour la plaie ou pour la chair saine? Pourquoi l'�couterai-je, celui-l� qui vient me parler au nom de sa pestilence?