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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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�Car, une fois encore, sont � m�priser ces peuplades qui r�citent les po�mes d'autrui et mangent le bl� d'autrui ou font venir des architectes qu'ils paient pour �difier leurs villes. Ceux-l�, je les appelle des s�dentaires. Et je ne d�couvre plus, autour d'eux, comme une aur�ole, le poudroiement d'or du bl� que l'on bat.

�Car il est juste que je re�oive en m�me temps que je donne afin d'abord de pouvoir continuer de donner. Je

b�nis cet �change entre le don et le retour, qui permet de poursuivre la marche et de donner plus loin encore. Et si le retour permet � la chair de se refaire, c'est le don seul qui alimente le c�ur.

�J'ai vu des danseuses composer leur danse. Et la danse une fois cr��e et dans�e, certes personne n'emportait le fruit du travail pour en faire des provisions. La danse passe comme un incendie. Et cependant je dis civilis� le peuple qui compose ses danses, malgr� qu'il ne soit pour les danses ni r�colte ni greniers. Alors que je dis brut le peuple qui aligne sur ses �tag�res des objets, fussent-ils les plus fins, n�s du travail d'autrui, m�me s'il se montre capable de s'enivrer de leur perfection.

�L'homme, disait mon p�re, c'est d'abord celui qui cr�e. Et seuls sont fr�res les hommes qui collaborent. Et seuls vivent ceux qui n'ont point trouv� leur paix dans les provisions qu'ils avaient faites.�

On lui fit un jour une objection:

�Qu'appelles-tu cr�er? Car s'il s'agit d'une inven-tion qui se remarque, bien peu en sont capables. Et tu parles d�s lors pour quelques-uns seulement, mais les autres?�

Mon p�re leur r�pondit:

�Cr�er, c'est manquer peut-�tre ce pas dans la danse. C'est donner de travers ce coup de ciseau dans la pierre. Peu importe le destin du geste. Cet effort t'appara�t st�rile � toi, aveugle, qui te tiens le nez contre, mais recule-toi. Consid�re de plus loin le mouvement de ce quartier de ville. Il n'est plus l� qu'une grande ferveur et qu'une poussi�re dor�e du

travail. Et les gestes manques tu ne les remarques plus. Car ce peuple pench� sur l'ouvrage, bon gr� mal gr�, �difie ses palais ou ses citernes ou ses grands jardins suspendus. Ses �uvres naissent comme n�cessaire-ent de l'enchantement de ses doigts. Et je te le dis, elles naissent autant de ceux-l� qui manquent leurs gestes que de ceux-l� qui les r�ussissent, car tu ne peux partager l'homme, et si tu sauves seuls les grands sculpteurs tu seras priv� de grands sculpteurs. Qui serait assez fou, pour choisir un m�tier qui donne si peu de chances de vivre? Le grand sculpteur na�t du terreau de mauvais sculpteurs. Ils lui servent d'escalier et l'�l�vent. Et la belle danse na�t de la ferveur � danser. Et la ferveur � danser exige que tous dansent � m�me ceux-l� qui dansent mal � sinon il n'est point de ferveur mais acad�mie p�trifi�e et spectacle sans signification.

�Ne condamne pas leurs erreurs � la fa�on de l'historien qui juge une �re d�j� conclue. Mais qui reprochera au c�dre de n'�tre encore que graine ou tige ou brindille pouss�e de travers? Laisse faire. D'erreur en erreur se soul�vera la for�t de c�dres qui distribuera, les jours de grand vent, l'encens de ses oiseaux.�

Et mon p�re disait pour conclure:

�Je te l'ai d�j� dit. Erreur de l'un, r�ussite de l'autre, ne t'inqui�te point de ces divisions. Il n'est de fertile que la grande collaboration de l'un � travers l'autre. Et le geste manqu� sert le geste qui r�ussit. Et le geste qui r�ussit montre le but qu'ils poursuivaient ensemble � celui-l� qui a manqu� le sien. Celui qui trouve le dieu le trouve pour tous. Car mon empire est semblable � un temple et j'ai sollicit� les hommes. J'ai convi� les hommes � le b�tir. Ainsi c'est leur temple. Et la naissance du temple tire d'eux-m�mes leur plus haute signification. Et ils inventent la dorure. Et celui-l� qui la cherchait sans la r�ussir aussi l'invente. Car c'est de cette ferveur d'abord que la dorure nouvelle est n�e.�

Il disait ailleurs:

�N'invente point d'empire o� tout soit parfait. Car le bon go�t est vertu de gardien de mus�e. Et si tu m�prises le mauvais go�t tu n'auras ni peinture, ni danse, ni palais, ni jardins. Tu auras fait le d�go�t� par crainte du travail malpropre de la terre. Tu en seras priv� par le vide de ta perfection. Invente un empire o� simplement tout soit fervent.�

Mes arm�es �taient lasses comme d'avoir port� un lourd fardeau. Mes capitaines me venaient voir:

�Quand rentrons-nous chez nous? Le go�t des femmes des oasis conquises ne vaut pas le go�t de nos femmes.�

L'un me disait:

�Seigneur, je r�ve de celle-l� qui est faite de mon temps, de mes disputes. Je voudrais revenir et planter � l'aise. Seigneur, il est une v�rit� que je ne sais plus approfondir. Laisse-moi cro�tre dans le silence de mon village. Ma vie, j'�prouve le besoin de la m�diter.�

Et je compris qu'ils avaient besoin de silence. Car dans le silence seul, la v�rit� de chacun se noue et prend des racines. Car le temps d'abord compte comme dans l'allaitement. Et l'amour maternel lui-m�me est d'abord fait d'allaitement. Et qui voit cro�tre l'enfant dans l'instant? Personne. Ce sont ceux qui viennent d'ailleurs qui disent: �Comme il a grandi!� Mais la m�re ni le p�re ne l'ont vu grandir. Il est devenu, dans le temps. Et il �tait � chaque instant, ce qu'il devait �tre.

Voil� donc que mes hommes avaient besoin de temps, ne f�t-ce que pour comprendre un arbre. Pour s'asseoir chaque jour sur la marche du seuil en face du m�me arbre aux m�mes branches. Et peu � peu voil� que l'arbre se r�v�le.

Car ce po�te, un soir aupr�s du feu dans le d�sert, racontait simplement son arbre. Et mes hommes l'�coutaient dont beaucoup n'avaient jamais vu qu'herbe � chameau et palmiers nains et ronces. �Tu ne sais pas, leur disait-il, ce qu'est un arbre. J'en ai vu un qui avait pouss� par hasard dans une maison abandonn�e, un abri sans fen�tres, et qui �tait parti � la recherche de la lumi�re. Comme l'homme doit baigner dans l'air, comme la carpe doit baigner dans l'eau, l'arbre doit baigner dans la clart�. Car plant� dans la terre par ses racines, plant� dans les astres par ses branchages, il est le chemin de l'�change entre les �toiles et nous. Cet arbre, n� aveugle, avait donc d�roul� dans la nuit sa puissante musculature et t�tonn� d'un mur � l'autre et titub� et le drame s'�tait imprim� dans ses torsades. Puis, ayant bris� une lucarne dans la direction du soleil, il avait jailli droit comme un f�t de colonne, et j'assistais, avec le recul de l'historien, aux mouvements de sa victoire.

�Contrastant magnifiquement avec les n�uds ramass�s pour l'effort de son torse dans son cercueil, il s'�panouissait dans le calme, �talant tout grand comme une table son feuillage o� le soleil �tait servi, allait� par le ciel lui-m�me, nourri superbement par les dieux.

�Et je le voyais chaque jour dans l'aube se r�veiller de son fa�te � sa base. Car il �tait charg� d'oiseaux. Et d�s l'aube commen�ait de vivre et de chanter, puis, le soleil une fois surgi, il l�chait ses provisions dans le ciel comme un vieux berger d�bonnaire, mon arbre maison, mon arbre ch�teau qui restait vide jusqu'au soir��

Ainsi racontait-il et nous savions qu'il faut longtemps regarder l'arbre pour qu'il naisse de m�me en nous. Et chacun jalousait celui-l� qui portait dans le c�ur cette masse de feuillage et d'oiseaux.

�Quand, me demandaient-ils, quand finira la guerre? Nous voudrions aussi comprendre quelque chose. Il est temps pour nous de devenir��

Et, si l'un d'eux capturait un renard des sables encore jeune et qu'il p�t nourrir de ses mains, il le nourrissait, ou des gazelles quelquefois quand elles daignaient ne point mourir, et le renard des sables chaque jour lui devenait plus pr�cieux de s'enrichir de ses poils soyeux et de son espi�glerie et surtout de ce besoin de nourriture qui exigeait si imp�rieusement la sollicitude du guerrier. Et celui-l� vivait de l'illusion "vaine de faire passer de lui au petit animal quelque chose de soi comme si l'autre �tait nourri, form� et compos� de son amour.

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